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Selon une étude de Marcel Lebrun, qui confirmerait des recherches précédentes, les pratiques de classes inversées profitent majoritairement aux élèves plus "faibles" (ToutEduc)

9 août Version imprimable de cet article Version imprimable

Les pratiques de classes inversées profitent majoritairement aux élèves plus "faibles" (recherches, Marcel Lebrun)

"La classe inversée semble d’autant plus profitable à l’élève que son niveau académique est faible". Alors qu’une étude, menée en France en 2014 par Vincent Faillet, identifiait déjà cette tendance, d’autres recherches ou méta-recherches (démarche scientifique qui combine les résultats d’une série d’études indépendantes) sont venus confirmer cette tendance si l’on s’en réfère aux articles auxquels fait référence Marcel Lebrun, docteur en sciences et professeur en sciences de l’éducation, dans un post publié sur son blog en juillet. "Ce sont les élèves de niveau faible qui sont majoritairement performants en classes inversées", écrit ainsi celui qui est aussi conseiller au Louvain Learning Lab de l’université catholique de Louvain, et qui détaille les résultats de plusieurs travaux publiés entre 2014 et 2018.

Ainsi, une récente publication de 2018 (Stylianos et al.) fait état des résultats observés auprès d’élèves âgés de 14 à 16 ans, sur trois cours différents : un cours de technologies (TIC) et un cours de sciences humaines et socio-économie avec des élèves de 14 ans, ainsi qu’un cours d’algèbre avec des élèves de 16 ans. La recherche, menée conjointement par des enseignants et des chercheurs, portait à la fois sur des éléments cognitifs (les acquis d’apprentissage, savoirs et compétences) mais aussi sur des éléments relatifs à la motivation ou encore à l’autodétermination. Suite à un pré-test, les élèves ont été classés en 3 groupes, de niveaux "faibles, moyen et élevé" à la fois pour le groupe contrôle et le groupe expérimental qui a donc fonctionné en classes inversées. Résultat observé, même si tous les élèves bénéficient de cette approche, "les plus forts gains relatifs sont ceux des élèves de la catégorie des élèves les plus faibles", rapporte le chercheur.

Pour expliquer ces résultats, "plusieurs hypothèses se côtoient actuellement", détaille Marcel Lebrun : les élèves les plus forts, ceux "qui ont le mieux intégrés ’la coutume scolaire’" pourraient notamment être "davantage déstabilisés par cette méthode plus ouverte, plus autonome" ; "à l’inverse les élèves les plus faibles, peu enclins à adopter les routines de l’école ou alors avides d’exercer des compétences d’un autre ordre [les compétences créatives par exemple] trouvent dans la classe inversée une sorte d’exutoire". "Il serait donc injustifié voire fallacieux de croire que ces méthodes interactives et interactives seraient défavorables aux élèves les plus faibles", conclut le chercheur.

Accroissement du temps d’activité et intégration de nouvelles connaissances
Chung Kwan Lo a également publié en 2017 une méta-analyse d’études qui comparent un enseignement en classes inversées à un enseignement traditionnel chez des élèves du primaire et du secondaire. Ses travaux démontrent également "un avantage certain aux classes inversées" et pointent les avantages principaux de cette approche, notamment "un accroissement du temps d’activité et de l’application", "l’intégration de nouvelles connaissances modifiant les préconceptions" et "la possibilité de recevoir des feedbacks ’en temps réel’ (sans attendre que les enseignants aient corrigé les copies)".

Marcel Lebrun cite enfin l’étude de Vincent Faillet), qui avait mis en avant le même type de résultats chez des élèves de deux classes de première scientifique d’un lycée parisien. L’expérimentation consistait à observer et évaluer (y compris au travers d’entretiens et de questionnaires en fin d’expérimentation) une même cohorte dans deux situations expérimentales différentes : classe traditionnelle ou classe inversée. Les élèves avaient donc été observés, sur une année scolaire, sur l’étude de quinze chapitres du programme de sciences physiques et chimiques, dont huit avaient abordés dans le cadre d’un enseignement traditionnel et sept dans le cadre d’un enseignement inversé. Cette étude montre ainsi "que les élèves de bon niveau en sciences dans le système de classe traditionnelle sont globalement moins performants en classe inversée alors que les élèves de niveau plus faible dans la classe traditionnelle sont plus performants dans le système de classe inversée", écrit Vincent Faillet qui invite néanmoins à prendre du "recul" sur les résultats chiffrés au regard des faibles effectifs, 54 élèves, pris en compte dans l’étude.

Les bons élèves davantage "formatés" au système transmissif
L’analyse qualitative des entretiens avait par ailleurs permis de dégager des éléments de réponses "sur les raisons susceptibles d’expliquer cette inversion de la performance". Le chercheur concluait à "une adaptation des élèves de bon niveau au système traditionnel" et "aux modalités de la pédagogie transmissive" (il doit écouter, être attentif et suivre). Dès lors, "positionner la phase d’acquisition hors du temps scolaire peut dérouter les élèves que le système transmissif a valorisés et sélectionnés tout au long de leur scolarité pour leur qualité d’écoute, de prise de note et d’interaction avec l’enseignant au moment de la leçon", écrit Vincent Faillet. En revanche, l’étude qualitative concluait à "une tendance à travailler plus pour les élèves de moins bon niveau lorsqu’ils sont dans un système de classe inversée". Parmi les explications données par ces élèves qui trouvaient ainsi un nouvel élan pour revoir la leçon à la maison, figuraient l’absence d’obligation de prises de notes et la nécessité d’apprendre puisque chaque cours démarrait ensuite par un contrôle de connaissances, évaluation plus attendue de ces élèves qui pouvaient espérer ainsi une "note facile".

Si, au travers de cet article, Marcel Lebrun met en avant les mérites de l’approche inversée, celui-ci prône néanmoins le développement de davantage d’études longitudinales et transversales "d’ordre qualitatif", "en examinant ce qui se passe en classe". Car, avertit le chercheur, "il ne faut pas conclure trop vite que des méta-analyses portant sur la comparaison de différentes méthodes via des observables comme l’acquisition de connaissances et leur application (les résultats) peuvent être généralisées à d’autres compétences de haut niveau ou à des compétences transversales". Ces travaux s’avéreraient d’autant plus intéressants que les études qu’il a passées en revue "montrent de grandes fluctuations" (comme celles de Chung Kwan Lo de 2017) puisque "les gains, selon les études, vont de 0 à 1".

Lire l’intégralité de l’article sur le blog de Marcel Lebrun
Camille Pons

Extrait de touteduc.fr du 08.08.18 : Les pratiques de classes inversées profitent majoritairement aux élèves plus "faibles" (recherches, Marcel Lebrun)

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