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Relations école-familles : un rapport parlementaire met en cause la distance entre les enseignants et les parents des quartiers. Le commentaire du Café

1er février 2018 Version imprimable de cet article Version imprimable

Des professeurs au vocabulaire parfois "opaque" qui vivent "de moins en moins" dans le quartier où ils enseignent : c’est le constat dressé par les députés Aurore Bergé et Béatrice Descamps, dans un rapport remis mercredi au ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer. Les élues proposent des chartes et des formations pour améliorer les relations entre parents et enseignants.

Les deux élues ont été désignées en octobre par la commission des Affaires culturelles et de l’Education pour mettre à jour les préconisations d’une précédente mission d’information, menée en 2014.

Les deux députées soutiennent également l’élaboration, dans chaque établissement, d’une charte "sur l’égale dignité des acteurs éducatifs", c’est-à-dire une charte des relations parents-enseignants-élèves. "A l’instar de la charte de la laïcité", écrivent Aurore Bergé et Béatrice Descamps, ce "support de référence" aura pour but de rappeler que "le respect réciproque des acteurs de la communauté éducative est au cœur de la réussite des enfants".

Des enseignants formés à la "sociologie du quartier" de leur établissement ?
Les deux députées recommandent ainsi la mise en place d’une formation spécifique pour tout enseignant qui prend ses fonctions dans un nouvel établissement, afin que celui-ci puisse se "former à la communication à destination des parents". Le but ? "Dédiaboliser" ces derniers.

Lorsqu’ils sont affectés dans des quartiers difficiles, ils n’en sont le plus souvent pas originaires, ils n’en connaissent pas les spécificités et vivent de moins en moins là où ils enseignent.
— Communication de Aurore Bergé et Béatrice Descamps

Il serait certainement utile aux enseignants qui arrivent en poste de connaître la sociologie du quartier dans lequel s’implante l’établissement...

Une charte des relations parents-profs ?
Pour favoriser le lien entre les enseignants et les parents "les plus éloignés de l’institution scolaire", Aurore Bergé et Béatrice Descamps citent "l’Association Unis-Cité", qui propose d’associer des "jeunes du service civique qui, bien souvent, viennent des mêmes quartiers que les parents en difficulté et partagent avec eux les mêmes codes sociaux".

Éviter les remarques "désobligeantes voire stigmatisantes" pour l’élève
Les deux députées recommandent également que les enseignants évitent de recourir à un vocabulaire "involontairement opaque". Autre préconisation : éviter dans les bulletins scolaires les remarques "désobligeantes voire stigmatisantes sur le long terme pour l’élève et son orientation".

Les deux élus mettent par ailleurs en cause "les réformes de l’éducation trop rapidement mises en application une fois la décision prise". Selon elles, les enseignants et les personnels de direction "ne disposent pas toujours de la bonne information à donner aux parents", ce qui nuit à leur "crédibilité".

Des parents apportant "une spécialité culinaire de (leur) pays"
Autre proposition : que les enseignants organisent des "prétextes inclusifs" et des "rituels positifs" pour favoriser le retour à l’école des parents qui se sont "éloignés"

Enfin, les deux députées saluent le dispositif "devoirs faits" mis en place par le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer. Celui-ci permet à chaque élève d’un collège public qui le souhaite de bénéficier gratuitement d’un temps d’étude accompagnée, en dehors des heures de classe, pour réaliser ses devoirs.

Mais, précisent Aurore Bergé et Béatrice Descamps, celui-ci doit encore faire l’objet d’un "approfondissement à la maison afin de ne pas conduire les parents à se désintéresser de ce qui est fait dans la classe".

Extrait de lcp.fr du 31.01.18 : Les enseignants sont-ils déconnectés de la réalité

 

Relations parents - école : Les professeurs mis en accusation
"Non les relations parents école ne sont pas mauvaises partout et toujours". Le rapport des députés Aurore Bergé (En Marche) et Béatrice Descamps (Les constructifs) ne lésine pas sur les lieux communs sur les enseignants et les relations forcément mauvaises qu’ils entretiendraient avec des parents jamais démissionnaires... Présenté devant la commission de la culture et de l’éducation de l’Assemblée nationale le 31 janvier, le rapport invite à former les enseignants et à informer les parents. Il égratigne aussi les associations de parents d’élèves.

L’important rapport de 2014

La question des relations entre l’école et les parents n’est pas nouvelle. Elle a fait l’objet, en 2014, d’un important rapport réalisé par X Breton et V Corre. En 2018, les députées Aurore Bergé et Béatrice Descamps sont chargées d’observer ce que sont devenues les recommandations de 2014 et de formuler leurs propres observations.

En 2014, le rapport Corre Breton avait dressé un constat équilibré des relations parents - profs. Le rapport constatait que 67% des parents ont confiance en l’Ecole, 79% jugent positivement l’école maternelle et 68% l’école élémentaire. Mais il parlait aussi de défiance. Il listait les "irritants", les facteurs qui alimentent cette défiance : les problèmes de carte scolaire (un tiers des réclamations des parents chez la médiatrice), l’accueil des jeunes handicapés, les devoirs à la maison, les sanctions et al discipline, les pratiques pédagogiques.

Selon ce rapport, la distance est particulièrement grande avec les familles les plus populaires. "Le rapport avec l’école des parents issus des milieux populaires ou vivant dans la grande pauvreté peut être empreint de méfiance, apprise ou « héritée », voire de rejet. Cette attitude explique « l’absentéisme » de ces adultes dans la vie des établissements", notaient les rapporteurs Xavier Breton et Valérie Corre.

Les accusations d’A Bergé et P Descamps

L e31 janvier, Aurore Bergé et Beatrice Descamps ont plutôt mis en accusation l’Ecole. "Les familles ne peuvent plus être considérées comme suspectes et le temps de la Convention... a vécu", écrivent-elles.

Elles ont dressé un portrait sévère des enseignants accusés de "diaboliser" les parents. Les enseignants sont invités à "mieux expliciter leurs objectifs aux parents en évitant le recours à un vocabulaire qui donne très vite l’image d’une boite noire". Embourgeoisés depuis la masterisation, les enseignants ne connaissent pas les quartiers où ils sont affectés. Ils écrivent des remarques "désobligeantes voire stigmatisantes" dans les bulletins.

Les recommandations des deux députés restent pourtant des plus modestes. Elles souhaitent que les enseignants soient formés à la relation avec les parents et que les parents soient informés des attentes des enseignants. Cela passerait par une nouvelle "charte" rédigée dans l’établissement.

Elles recommandent aussi des rencontres informelles entre parents et enseignants. Elles constatent que les espaces parents prévus par la loi de refondation sont des plus rares et ne sont pas animés. Elles demandent que l’on s’appuie sur des jeunes du service civique pour faire le pont entre parents et enseignants.

Une dernière recommandation vise les associations de parents. Les deux députés recommandent d’attribuer une partie des postes de représentants par tirage au sort. Il s’agit pour elles d’impliquer tous les parents. Mais cela affaiblirait les associations et décrédibiliserait leur élection.

Ouverture aux parents et politique de la ville

Des députés sont intervenus pour injecter un peu de réalisme dans le débat sans que leurs propositions soient reprises par les rapporteures. Ainsi pour Elsa Faucillon, le passage a la semaine de 4 jours réduit les moments de rencontre avec les parents, par exemple les samedis matins. G Pau Langevin a posé la question de la réduction des moyens de la politique de la ville. Par exemple les cours d’alphabétisation pour les parents qui ont lieu à l’école souffrent de la baisse des crédits de la politique de la ville.
F Jarraud

Extrait decafepedagogique.net du 01.02.18 : Relations parents - école : Les professeurs mis en accusation

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