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Le dossier "Education prioritaire " de l’Afae vu par le SNUipp

17 janvier Version imprimable de cet article Version imprimable

Education prioritaire : L’analyse du Snuipp Fsu

C’est une des impasses du numéro 164 d’Administration & éducation. La revue ne donne pas la parole aux syndicats. Chacun a pourtant une vision différente de la politique d’éducation prioritaire. Nous avons choisi le Snuipp parce que l’école primaire est plus touchée par la nouvelle politique menée par JM Blanquer que le second degré et parce que c’est le premier syndicat de ce niveau. Nous lui avons demandé de lire ce numéro et de réagir aux choix effectués dans Administration & éducation.

C’est un document très intéressant avec une relecture de la politique d’éducation prioritaire (EP) par des acteurs qui ont porté ou portent encore la mise en œuvre ainsi que des chercheurs et une juxtaposition de points de vue, avec des entrées différentes qui permettent d’avoir une vision globale de l’EP, du travail effectué par les équipes (pilotage, enseignants, chercheurs) avec comme visée la démocratisation de l’école. C’est en quelque sorte une synthèse de ce qui s’est fait, se fait en EP, une mise en lumières des multiples leviers à actionner ou à continuer d’actionner pour faire réussir les élèves, pour en faire des citoyens éclairés avec à la fin 3 pistes à suivre pour poursuivre la politique d’EP.

Ce document permet un éclairage exhaustif de l’EP depuis sa création jusqu’à maintenant en mettant la focale sur la refondation de l’EP. Des pistes à continuer d’explorer en lien avec le référentiel de l’éducation prioritaire et le travail en réseau, fourmillent. Il met en lumière que la politique d’EP est une politique complexe avec de nombreuses interactions et ne peut se résumer à la révision de la carte et aux dédoublements des classes.

Sont présents dans ce document les différents leviers que le SNUipp-FSU revendique. Avoir une politique d’EP efficace qui vise à réduire les écarts de résultats entre les élèves implique d’actionner plusieurs leviers simultanément :

- Avoir une politique nationale d’EP

- Pour constituer la carte de l’EP : des critères objectifs nationaux et nécessité d’une concertation locale avec recteurs et représentants des personnels pour identifier les écoles et établissements concernés. Rattacher les écoles orphelines, avoir des mesures de sauvegarde pour ceux qui perdent la labellisation

- Avoir comme boussole le principe d’éducabilité de tous les élèves comme fondement de la culture et du projet collectif. La démocratisation et le sort des élèves les plus défavorisés doivent constituer l’horizon de la reconfiguration de l’EP.

- Travailler à la stabilité des personnels (pilotes, enseignants) pour favoriser le climat de réflexion, de confiance, d’innovation…

- Travailler en EP : des incidences positives sur la carrière et rémunération, sur la professionnalité, la valorisation du métier, enseignants reconnus comme des experts de la pratique pédagogique

- Travailler avec la recherche : recherche action, accompagner les acteurs de terrain sans prétendre donner des solutions toute faites aux problèmes rencontrés. Co élaboration, tests, évaluations des changements de pratiques, démarche de partage, d’analyse, d’écriture, de créativité de co-construction.

- Travailler en coopération avec la recherche permet un développement personnel et une certaine émancipation

- Poursuivre les travaux du CRESAS et du centre Alain Savary avec une grande attention à la professionnalité enseignante et à l’évolution du métier. Poursuivre l’articulation de l’expertise scientifique et les ressources utiles aux acteurs de terrain et aux politiques

- Accompagnement des équipes, formation initiale et continue : levier essentiel du changement des pratiques. Des formations en lien avec les besoins du terrain

- Importance du collectif de travail, alterner les temps réflexifs et d’expérimentations tout en veillant à l’importance de la nécessité de formaliser le travail réalisé.

- Importance de la posture du chercheur : il ne doit pas dire ce qu’il faut faire mais doit questionner, encourager, éclairer, orienter par des connaissances actées. Il impulse une dynamique de développement professionnel et favorise un engagement positif des acteurs.

- Nécessité d’avoir l’engagement des acteurs pour modifier les pratiques, les outils doivent répondre aux préoccupations du terrain, aux besoins des enseignants et des apprentissages des élèves. Pas de bouleversements brusques mais une appropriation des changements.

- Travailler avec les partenaires et notamment la place des parents. Etablir relation de confiance, décrypter les attendus de l’école, respect mutuel…

- Travailler la continuité des apprentissages entre maternelle/élémentaire, élémentaire/collège, collège/lycée. Avoir des temps dédiés et reconnus pour ces concertations nécessaires, poursuivre le travail inter degré.

- Préserver le rôle des IG comme observateur et non comme contrôle

- Former les enseignants à enseigner explicitement

- Maintenir des exigences ambitieuses, d’acquisition de savoirs complexes auprès des élèves d’EP. Raisonner, réfléchir, argumenter, problématiser pour comprendre et élaborer des objets de savoirs, conceptualiser. Travailler la compréhension dès le début de la scolarité

- Poursuivre la baisse des effectifs dans toutes les classes

- Travailler localement en respectant les prérogatives et la professionnalité de tous les acteurs, reconnaitre le besoin de formation au travail en équipe et de temps spécifique pour la concertation et la construction de projets communs (cités éducatives)

- Nécessité de poursuivre la politique de mixité sociale.

- L’école ne peut pas tout seule, nécessité de coordonner les politiques publiques (emploi, logement, urbanisme, santé)

La période de refondation est très valorisée. Elle avait toutefois ses défauts : Plus de maîtres que de classes pas présents en maternelle, montée en charge moins rapide qu’il aurait fallu. La formation au travail en co-animation n’a pas été suffisamment diffusée à l’ensemble des enseignants. Les temps d’allègements de service étaient différents entre le 1er et le 2d degré. Il aurait fallu les étendre aux REP. La mise en oeuvre à la fois des remplacements, des formations, du lien avec les partenaires a été variable d’un département à l’autre.

Si des efforts ont été fait pour la scolarisation des moins de 3 ans, les effectifs en maternelle étaient particulièrement chargés, l’évaluation positive en maternelle avec la mise en place des carnets de progrès s’est faite sans accompagnement, laissant les enseignants trop souvent seuls face à ces demandes institutionnelles. La liaison école collège s’est faite sur le temps personnel pour les enseignants du 1er degré. Une différence de traitement entre le 1er et 2d degré. Autant d’éléments à prendre en compte également pour la suite

L’EP a toujours été un laboratoire d’expérimentations où les différents acteurs s’investissent fortement au quotidien.

Le SNUipp-FSU rejoint la vision de Marc Douaire sur la poursuite de la politique de l’EP. La direction empruntée par le ministère actuel ne prend pas en compte la diversité des leviers en EP. Il se focalise sur les dédoublements, remet en cause l’expertise enseignante et nombre de travaux de la recherche en s’appuyant quasi uniquement sur les neurosciences. Au lieu d’un travail horizontal sous impulsion verticale, on voit des prescriptions descendantes qui ne font pas sens sur le terrain. Les choix pédagogiques sont l’automatisation, la répétition au détriment de la compréhension. Des choix qui risquent d’échouer à réduire les échecs, voire même concourir à accroitre les écarts. Se pose la question de quelle école nous voulons ? Une école émancipatrice ou une école qui persiste à reproduire les inégalités ?

Par fjarraud , le vendredi 17 janvier 2020.

Extrait de cafepedagogique.net du 17.01.20

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