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"Leurs pistes à creuser pour l’éducation prioritaire". ToutEduc analyse l’article d’A. Azéma et P. Mathiot dans la revue de l’Afae

13 janvier Version imprimable de cet article Version imprimable

Azéma - Mathiot : leurs pistes "à creuser" pour l’éducation prioritaire (revue de l’AFAE)

"L’articulation entre les objectifs nationaux d’égalité et leur mise en oeuvre territoriale effective peut apparaître comme la quadrature du cercle (...) : Pour mettre en oeuvre une politique dérogatoire, celle-ci suppose un zonage et un cadrage nationaux, lesquels (...) viennent gommer toute spécificité et limitent substantiellement les capacités d’adaptation des acteurs locaux." Ariane Azéma et Pierre Mathiot ont été chargés par le ministre de l’Education nationale "d’une mission relative aux Territoires et à la réussite". Ils donnent une contribution au dernier numéro de la revue de l’AFAE, "Administration et Education", consacré à l’éducation prioritaire. Ils précisent bien que "les propos contenus dans cet article n’engagent pas ladite mission", et qu’ils ne permettent pas de préjuger du contenu de leur rapport. Ils n’en donnent pas moins des indications sur les fondements théoriques de leur réflexion.

Pour eux en effet, la politique d’éducation prioritaire est fondée sur un "zonage établi à partir d’indicateurs statistiques nationaux", au risque d’ "une focalisation récurrente, peut-être insoluble, sur les seuils et la cartographie des périmètres concernés". Ces critères nationaux s’appliquent "à l’ensemble des écoles et établissements quelle que soit leur localisation (...), quels que soient leur configuration ou leur lieu d’implantation. Dans ce cadre juridiquement normé, le territoire n’est cependant pas tout à fait absent. En effet, le projet pédagogique est laissé à l’appréciation des équipes et emporte potentiellement une dimension locale incarnée par l’invitation au partenariat."

Les deux auteurs, l’une inspectrice générale, l’autre directeur de l’IEP de Lille, estiment que cela revient à "considérer le territoire comme un stock, dont on décompterait les composantes par écart à la norme nationale, alors qu’il s’agit tout autant d’un ensemble de flux (...) aux incidences non négligeables sur les enjeux scolaires", mais dont "nombre de mécanismes nous échappent encore", certains quartiers fonctionnant "comme des nasses pour des populations en difficulté, y compris en termes scolaires", tandis que d’autres " sont autant de sas dont l’apparente stabilité de la composition sociale masque en fait la constante substitution de populations en difficulté, sous l’effet de mobilités sociales et résidentielles réussies, y compris grâce aux réussites scolaires".

Dès, lors, "sans prétendre résoudre une telle complexité", les auteurs évoquent trois pistes "à creuser" et "à adapter à la nécessité d’assurer une certaine continuité des politiques publiques". Il faudrait distinguer "des configurations exceptionnelles ou extrêmes, justifiant d’une action dérogatoire massive dans la durée", et qui relèvent de politiques nationales, et "des configurations locales particulières ou encore transitoires" qui supposent "des priorisations académiques". Deuxième piste, "favoriser un débat et une négociation en académie concernant les écoles et établissements à enjeux qu’ils soient urbains, péri-urbains ou ruraux pour construire une priorisation territoriale adaptée".

Il faudrait "enfin, dissocier et diversifier les mesures destinées à répondre aux difficultés rencontrées". Les politiques d’éducation prioritaire se sont en effet "développées de façon cumulative, la mise à jour cartographique s’accompagnant d’un ajout de mesures dérogatoires destinées à être appliquées en bloc et ce quel qu’en soit le contexte". Ils évoquent à ce sujet la taille des classes et "des mesures de ressources humaines (indemnités, mobilité, carrière)".

"Au final, en lieu et place d’une conception nationale du service public d’éducation prescrivant un zonage et des mesures tout en renvoyant in fine aux acteurs académiques et aux équipes éducatives la tâche de gérer au mieux l’échec scolaire, ces pistes nous sembleraient de nature à faciliter et amplifier la prise en charge effective par les acteurs académiques et locaux des composantes territoriales de la difficulté et de la réussite scolaires."

Extrait de touteduc.fr du 12.01.20

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