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Une synthèse du dossier Education Prioritaire d’"Administration et Education" par ToutEduc

14 janvier Version imprimable de cet article Version imprimable

Education prioritaire : les termes du débat (revue de l’AFAE)

"Conduite avec volonté et persévérance, la refondation de l’éducation prioritaire pourrait permettre de passer de succès localisés mais remarquables à une réduction significative des écarts de réussite dans tous les quartiers concernés", estime Marc Douaire. Le président de l’OZP (l’observatoire de l’éducation prioritaire) le dit dans sa contribution au dernier numéro de la revue de l’AFAE, "Administration et Education". Il rappelle que l’histoire de l’éducation prioritaire est caractérisée par une "succession d’abandons, de silences, de relances…", alors que la "seule politique publique de lutte contre les inégalités sociales à l’école" requerrait des pilotages ministériel et académique forts et continus. Il fait également valoir que "l’institution scolaire a su créer des fonctions spécifiques : coordonnateurs des zones puis des réseaux, enseignants référents chargés des articulations pédagogiques école/collège, formateurs académiques Rep+", mais qu’il faut donner au travail collectif "le temps de se déployer, de se consolider, de se corriger et de diffuser dans l’ensemble de l’institution scolaire".

Patrick Picard (ancien responsable du centre Alain Savary) décrit longuement ce travail collectif et ses difficultés mais "ces collaborations fructueuses ont souvent amené à réinterroger les priorités centrées sur des ’projets’, des ’innovations’, pour aller vers une analyse plus documentée des problèmes rencontrés par les élèves et les enseignants". Il ajoute que "les inflexions successives des politiques éducatives nationales rendent très aléatoire la construction de ces dynamiques collectives". Certaines académies ont d’ailleurs dissous cette année les décharges horaires des FEP", les formateurs en éducation prioritaire...

Des enseignants qui lisent les rapports de l’inspection générale

La soif de formation est pourtant évidente, montrent Matthieu Coste de Bagneaux et Xavier Gauchard, co-pilotes du REP+ des Provinces à Cherbourg  : "Connaissez-vous beaucoup d’enseignants qui lisent les rapports de l’inspection générale et s’en servent de façon constructive ? Au collège Les Provinces, il n’est pas rare d’avoir une discussion en salle des professeurs sur un rapport concernant l’éducation prioritaire ou sur le dernier article de Stéphane Bonnéry ou encore à propos de la dernière visio-conférence avec Sylvain Connac. Ce climat de réflexion et cette culture sont très prégnants." Mais il faut dire que ce Réseau, "en éducation prioritaire depuis sa création en 1981 a une histoire qui se transmet grâce à la stabilité des personnels".

Pour Jean-Yves Rochex (Paris-8), la refondation de 2014 proposait de rompre avec une conception reposant "pour l’essentiel sur l’initiative locale" et de s’appuyer "sur le souci et l’exigence d’enseigner plus explicitement, de traquer les pédagogies implicites ou invisibles, de promouvoir les dispositifs et modes de travail pédagogiques que l’on peut aujourd’hui penser comme les plus propices aux apprentissages et à la réussite scolaire des élèves de milieux populaires". Mais le ministère n’a pas poursuivi sur cette lancée, "sans pour autant afficher des orientations claires". Il met en oeuvre "une approche compensatoire" avec dédoublement des classes de CP et CE1 mais "découplée de toute approche sociologique". Or, pour Jean-Paul Delahaye, "le pilotage de l’éducation prioritaire ne saurait être réduit à être une sorte d’accompagnement des quartiers populaires", il doit s’accompagner d’ "une véritable mobilisation générale contre les inégalités", "avec toutes les composantes de l’État".

De même Choukri Ben Ayed déplore que, "depuis l’alternance politique de 2017, la thématique (de la mixité sociale) semble avoir disparu de l’agenda politique. Le ministère actuel n’a pas poursuivi le suivi des expérimentations, ni relancé une nouvelle phase institutionnelle." Il est vrai que l’initiative en revient aux Conseils départementaux, ce qui a fait "de la mixité sociale une politique partielle, limitée à certains territoires" et qu’ "il serait abusif de parler d’une politique publique de mixité sociale à l’école en France." Ce à quoi d’ailleurs souhaite répondre Vincent Léna avec les "Cités éducatives" (voir aussi ToutEduc ici et ici).

Des bénéfices symboliques

Mais la revue se garde bien de présenter l’éducation prioritaire uniquement sous sa face sombre. Marc Bablet et Annie Tobaty ont interrogé des membres de l’AFAE, et trois d’entre eux expliquent "que c’est l’exercice en éducation prioritaire en tant que professeur qui leur a donné l’envie de devenir personnel de direction", un autre que le travail avec un préfet alors qu’il était principal d’un collège REP+ lui permet d’envisager une évolution de carrière vers la préfectorale. Beaucoup signalent d’importants "bénéfices symboliques et professionnels" et "tirent une grande satisfaction d’une expérience ’réjouissante", ’passionnante’, et disent la ’satisfaction du travail accompli pour des populations en difficulté’, ’l’empathie’ pour ces publics."

Laurent Clavier, enseignant, rêve de "placer chacun, membre de la communauté éducative comme élève, en sujet de savoir, en mouvement, dans un établissement lui-même apprenant (...). Dans les territoires concernés par l’éducation prioritaire, où cinq années d’expérience font souvent de vous un ancien, ce mode de fonctionnement collectivement apprenant devient précieux pour la formation de tous, permettant un partage des étonnements, une construction collective d’outils et de savoirs liés au métier, une capitalisation en réseau, une ouverture intellectuelle et sociale sur le territoire."

Un débat qui n’est pas tranché

Dès lors se pose la question d’une réforme de l’éducation prioritaire, évoquée par Ariane Azéma et Pierre Mathiot (voir ToutEduc ici, mais aussi par Alain Boissinot. L’ancien recteur propose "de jouer au cas par cas sur toute la gamme des leviers possibles", sans se fonder "sur une base binaire, ZEP vs non-ZEP, mais en mettant à disposition de l’établissement "une enveloppe de moyens" qu’il "utiliserait dans le cadre de son projet", "pour prendre en compte les temps de concertation nécessaires ou pour aménager les conditions d’enseignement".

L’AFAE se garde trancher le débat qu’a ouvert Jean-Michel Blanquer en confiant une mission à Ariane Azéma et Pierre Mathiot.

Extrait de touteduc.fr du 12.01.20

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