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Evaluations nationales : - Franck Ramus (Conseil scientifique) répond aux interrogations et objections du SNUipp (Touteduc) - Ce que confirme la recherche internationale depuis 20 ans (Innoedulab)

17 septembre 2018 Version imprimable de cet article Version imprimable

Evaluations : Franck Ramus répond aux interrogations et objections du SNUIPP

Prévenu par ToutEduc des objections faites par le SNUIPP à l’évaluation nationale des élèves de CP et CE1, Franck Ramus a modifé sur son "ramus-méninges" ses réponses aux questions que les enseignants peuvent se poser. En ce qui concerne la difficulté de certains items, le chercheur, membre du Conseil scientifique placé auprès du ministre, commente : "un test qui donnerait le score maximal à 95% (ou à même à 50%) des élèves serait peu informatif. C’est pour cela que les tests sont conçus de manière à ce que l’obtention du score maximal soit difficile. Le symétrique est vrai également : si tous les élèves échouent, le test est aussi peu informatif. La plupart des tests visent donc une difficulté intermédiaire." Les tests proposés cette année "ont fait l’objet d’une étude pilote menée par la DEPP sur 6000 élèves" et leur difficulté "ne doit donc rien au hasard".

D’ailleurs, "dans l’étude pilote réalisée à la fin de GSM (grande section de maternelle) pour les tests de début CP, plus de la moitié des élèves ont réussi au moins 5 items sur 8 au test consistant à repérer le mot commençant par le même phonème que le mot cible. Ce test est donc tout à fait au bon niveau de difficulté". Franck Ramus n’a pas modifié un autre élément de sa réponse, "certains exercices sondent effectivement des compétences qui sont probablement encore insuffisamment développées chez les élèves de début CP (...).
S’il s’avère que ces compétences sont très importantes pour la suite, et qu’elles sont insuffisamment maîtrisées par la plupart des élèves en début de CP, cela serait un argument fort pour motiver l’introduction de ces compétences dans les programmes de maternelle."

Il précise en revanche que, "contrairement à un exercice, un test vise à évaluer une fonction cognitive bien précise", non pas "faire quelque chose (par exemple, reconnaître des lettres), mais l’automaticité de cette capacité" : "la mesure pertinente est le nombre de réponses correctes qu’un élève est capable de produire dans un temps donné (...) C’est pour cela que la liste d’items est trop longue pour pouvoir être terminée."

Le chercheur conteste de plus que certains tests comportent des "pièges" : Si un test vise à évaluer, par exemple, la sensibilité aux phonèmes (est-ce que deux mots commencent par le même phonème ?), il est crucial de s’assurer que les réponses des élèves reflètent bien leur sensibilité aux phonèmes, et pas aux rimes, ni au sens des mots, ni à toute autre similarité de surface entre deux mots." C’est pourquoi "il convient de mettre parmi les mots proposés comme réponse possible certains qui présentent d’autres similarités que celle qui est testée.
Ainsi, si un élève choisit régulièrement la bonne réponse, on est sûr que c’est bien le phonème initial qu’il a repéré. Si au contraire il se laisse souvent ’piéger’ par un mot qui rime, alors c’est qu’il ne maîtrise pas encore parfaitement la distinction entre rime et phonème. Dans le cadre d’un test, il importe de le savoir, c’est justement ce niveau de précision qui va aider les enseignants à mieux connaître les besoins des élèves."

Et il conclut : "Ces différences entre les tests des évaluations nationales et les exercices habituels, qui semblent dérouter certains enseignants, ce sont précisément les caractéristiques qui leur donnent leurs qualités psychométriques, et qui font que ces évaluations nationales sont plus précises, plus valides et plus fiables que tout autre outil à leur disposition. Elles sont donc un complément indispensable à la panoplie d’exercices qu’utilisent déjà les enseignants."

Extrait de touteduc.fr du 14.09.18 : Evaluations : Franck Ramus répond aux interrogations et objections du SNUIPPhttp://www.touteduc.fr/fr/abonnes/a...

 

Voir aussi Le débat sur les évaluations nationales de CP et CE1 (suite) : Frank Ramus, membre du Conseil scientifique (Touteduc), une tribune, un rappel historique (Le Café) et un communiqué du SNUipp

 

Comment évaluer les élèves : ce que confirme la recherche internationale depuis 20 ans

En 1996, l’Assessment Reform Group (ARG), auquel contribuaient les chercheurs Black et Williams, et dont la préoccupation première était de produire des données permettant de conduire une politique d’évaluation du système éducatif anglais, jugea qu’une exploration plus approfondie de l’évaluation était primordiale. Le groupe de recherche et d’expertise obtint un financement de la fondation Nuffield pour conduire une revue de la littérature de recherche sur cette question. Cette enquête s’effectua à partir de la lecture de nombreux livres et de numéros de plus de 160 revues sur une période de 9 ans. Environ 580 articles ou chapitres de livres furent étudiés. Une importante revue de la littérature fut publiée dès 1998 (Black & William, 1998) qui portait principalement sur des travaux empiriques, à la fois quantitatifs et qualitatifs, concernant différents aspects de l’évaluation formative.

Progressivement, d’autres études furent prises en compte parce qu’elles affichaient des gains significatifs et substantiels des élèves confrontés à des pratiques de l’évaluation formative comparés à d’autres situations pédagogiques où elle était absente. Les recherches sur les pratiques enseignantes montraient également que l’usage de l’évaluation formative demeurait assez faible, et assez superficiel en termes d’efficacité sur les apprentissages. Elles soulignaient aussi que les croyances des élèves concernant les objectifs d’apprentissage, les risques qu’ils percevaient dans la manière dont ils répondaient aux enseignants et s’engageaient dans le travail scolaire, affectaient fortement leur motivation. D’autres travaux insistaient sur l’importance du discours en classe, tel qu’il est organisé par le jeu des questions/réponses des enseignants. Enfin, certaines recherches démontraient l’importance du retour d’information ou rétroaction (feed-back) pour l’amélioration des apprentissages.

L’ensemble de ces études mena aux conclusions suivantes :

* le travail d’évaluation formative génère de nouvelles façons de mettre en valeur le retour d’information (feedback) entre l’enseignant et les élèves, ce qui nécessite de nouvelles pratiques pédagogiques et des changements significatifs dans la classe
* l’engagement actif des élèves dans les apprentissages garantit leur efficacité
* l’évaluation n’est formative que si les résultats sont utilisés par les enseignants pour ajuster leur enseignement aux apprentissages des élèves
* la manière dont est utilisée l’évaluation affecte la motivation et l’estime de soi des élèves, elle est bénéfique quand ceux-ci sont engagés dans une procédure d’auto-évaluation

L’évaluation sommative et la notation nuisent à la motivation des élèves

[...] En résumé, l’évaluation peut avoir un impact positif sur la motivation des élèves dans l’apprentissage si :
elle ne crée pas une culture du groupe classe qui favorise la transmission collective des connaissances et sous-évalue la variété des façons d’apprendre
elle ne se centre pas sur le contenu étroit de ce qui est noté ou testé
elle ne conduit pas les élèves à adopter des objectifs de performance plutôt que des objectifs d’apprentissage
elle ne propose pas essentiellement un retour d’information en termes de notes ou de niveaux obtenus

Ces situations peuvent être évitées en persuadant les enseignants que des niveaux de réussite peuvent être atteints par d’autres visées que la notation. Les effets négatifs de l’évaluation sommative et de la notation sur les élèves les plus faibles proviennent de leur expérience répétée de l’échec en comparaison avec d’autres élèves. Il existe deux sortes d’action envisageable pour minimiser cet aspect négatif. Le premier consiste à s’assurer que le devoir ou le test correspondent aux capacités réelles des élèves et qu’il n’est pas hors d’atteinte. Si tous les élèves peuvent faire l’expérience du succès, cela améliorera leur estime de soi et le sentiment de leur efficacité. Les résultats peuvent aussi aider les élèves à reconnaître leurs progrès dans les apprentissages (Roderick & Engle, 2001, Duckworth et al., 1986). La seconde action consiste pour les enseignants à promouvoir cette conscience du progrès parmi les élèves et à les décourager de se comparer entre eux en termes de notes ou de scores obtenus.

Extrait de innoedulab.com du 16.09.18 : Comment évaluer les élèves : ce que confirme la recherche internationale depuis 20 ans

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