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Devoirs faits : les enquêtes de l’Unsa auprès des établissements et de ToutEduc auprès des syndicats concluent à une mise en oeuvre "hétérogène et chaotique"

24 novembre 2017 Version imprimable de cet article Version imprimable

Devoirs faits : les résultats de l’enquête

Le ministre de l’Éducation nationale a annoncé au retour des vacances que le dispositif « devoirs faits » était mis en place sur tout le territoire.

Le SE-Unsa, attaché au suivi sur le terrain des dispositifs qui ont fait l’objet d’annonces dans les médias, a d’autres sons de cloche.
Notre enquête sur échantillon réalisée du 10 au 20 novembre fait le point de la mise en œuvre de « devoirs faits » dans 282 établissements répartis sur 80 départements en métropole et en outre mer.

« Devoirs faits », quelle réalité dans la vie des établissements ?
Pour 30 % des interrogés, le dispositif « devoirs faits » n’était pas mis en place.
Par ailleurs, pour 34 % des répondants, le sujet n’a pas été évoqué en conseil pédagogique.
Le SE-Unsa, attaché à une vision démocratique et collective du pilotage des établissements, regrette la mise en œuvre précipitée du dispositif qui n’a pas permis d’impliquer les différents acteurs de la communauté éducative.

Contrairement aux annonces du ministre, le nombre des élèves accompagnés est inférieur à 25 % selon notre enquête.
De même, les élèves ne bénéficient pas de 4 heures hebdomadaires d’accompagnement.

Et les moyens alors ?
Les enseignants (85 % des établissements), les personnels d’éducation (66%) sont les principaux acteurs impliqués dans le dispositif. Les associations (10%) et les services civiques (21%) sont bien moins présents que le ministère ne l’avait annoncé.
Quant aux moyens financiers, la situation est diverse sur le territoire. 21 % des répondants assuraient que leur établissement avait reçu les moyens nécessaires, 19 % signalaient que leur établissement n’avait rien reçu, et dans les autres cas, c’est-à-dire la majorité, c’est encore l’inconnue.

Pour le SE-Unsa, la mise en place réelle de « devoirs faits » est hétérogène voire chaotique.
Elle ne doit pas condamner un dispositif qui pourrait pourtant répondre aux besoins des élèves.
Le sujet de fond doit rester une réflexion globale sur le travail des élèves en dehors de la classe, et notamment à la maison pour combattre la reproduction des inégalités sociales.

Et vous, dans votre établissement, qu’en est-il ?
voir la suite de l’article d’Ecole et Société

Pour compléter l’enquête, rendez-vous sur

Extrait de ecoleetsociete.se-unsa.org du 22.11.17 : Devoirs faits : les résultats de l’enquête

 

Devoirs faits : une mise en œuvre très hétérogène et qui s’appuie surtout sur l’existant (enquête)

"C’est du vent !" François André est président de la FCPE 78 (Yvelines) et il s’est d’abord interrogé après avoir reçu la demande de ToutEduc concernant la mise en œuvre effective de la mesure dans les collèges. "Je me suis demandé pourquoi je n’avais aucune nouvelle dans les Yvelines", explique-t-il. "Et en fait, c’est parce ça n’a pas démarré !" De fait, les rectorats, même s’ils signalent qu’ "officiellement" la mesure est en train de se mettre en place, sont bien en peine de dire dans quels établissements et reconnaissent ne pas avoir de remontées précises sur ce qui a été décidé par les conseils pédagogiques des collèges.
Et beaucoup d’informations recueillies auprès des syndicats, fédérations de parents d’élèves, institutions concordent : de nombreux établissements n’avaient pas démarré à la rentrée des vacances d’automne et ceux qui avaient pu mettre en place la mesure avaient déjà une politique en la matière. François André aime bien raconter d’ailleurs l’article, "très sympa", qu’il a lu dans le Télégramme durant son séjour à Roscoff, dans le Finistère, la semaine de la rentrée. "En fait", précise-t-il, "il y a deux types de collèges : ceux qui font ça depuis des années et ceux qui sont dans l’incapacité technique de mettre en place la mesure."

Le président de la FCPE 78 égrène alors les difficultés auxquelles sont confrontés les établissements : "on a démarré l’année, refaire les plannings et recruter en externe, c’est compliqué, et se pose la question de la synchronisation avec les transports scolaires qui, en zones rurales, ont été organisés pour repartir à la fin des cours..." Et même si cette heure de devoirs faits peut être placée ailleurs dans la journée, durant la pause méridienne par exemple, "c’est aussi compliqué car il y a déjà des services fractionnés".

Un démarrage "chaotique" et "hétéroclite"
Nathalie Faivre, secrétaire du SNES de l’académie de Besançon, est encore plus sévère : "soit ça ne se met pas en place, soit c’est très chaotique. On n’a pas de moyens en heures supplémentaires, on a des moyens en services civiques mais on n’en trouve pas car c’est très mal payé... En réalité, ça ne se met pas en place !"

De fait, les acteurs font un double constat : faible nombre d’établissements concernés pour l’instant et hétérogénéité. C’est ce que l’on peut déjà voir dans un document d’une dizaine de pages qui rassemble les premières remontées concernant le dispositif, et que le SNES a fourni à ToutEduc. En Bretagne, par exemple, le syndicaliste Pierre-Yves More rapporte que "les équipes enseignantes se saisissent très variablement de ’devoirs faits’ et, sur une échelle qui va de ’tout, tout de suite’ à ’rien du tout’". Et "on peut observer l’ensemble des possibles", y compris des "permanences" rebaptisées "devoirs faits".

Même si l’académie de Montpellier annonce que 78 % de ses collèges "ont commencé à déployer le dispositif", à hauteur en moyenne de 2,25 heures par semaine, et "environ 16,7 %" de collégiens qui en bénéficieront, ou que des territoires affichent davantage d’optimisme, comme dans l’académie de Bordeaux - le rectorat a d’ailleurs organisé un plan de formation pour accompagner la mise ne œuvre du dispositif (lire ici) -, on confirme aussi "une hétérogénéité". Et, en fin de semaine dernière, la présidente de la FCPE Gironde, Stéphanie Anfray, ne recensait qu’une dizaine de réponses confirmant des dispositifs effectivement mis en œuvre dans ce département et qui concerneraient pour l’instant entre 10 et 15 % de leurs élèves (à Bordeaux, Créon, Mérignac, Pessac, Villenave d’Ornon, Gradignan, Cestas, Saint-Jean-d’Illac, Mios), dont 2 qui existaient auparavant.

"Devoirs faits" là où ils étaient déjà faits et "recyclage"
Quand un dispositif existe, les retours mettent surtout l’accent sur deux types de configuration. D’abord la continuité de dispositifs d’aide qui étaient déjà une priorité des établissements. C’est le cas au collège Adrienne Bolland de Bessières dans l’académie de Toulouse, au collège Charles Rivière à Olivet dans le Loiret ou celui de La Nadière, à Port La Nouvelle dans l’académie de Montpellier.
Deuxième grand cas de figure, observe Sandrine Fontaine du SGEN de Besançon qui, dès avant l’été avait interpellé son DASEN sur la question des budgets et s’était vu répondre que les établissements disposaient maintenant "d’une marge d’autonomie", la mise en œuvre a consisté "à prendre les heures mises sur des élèves en difficulté, sur du tutorat, des heures d’accompagnement éducatif, etc.", principalement en éducation prioritaire. Gênant, estime la syndicaliste qui fait pourtant partie de ceux qui accueillent la mesure de manière plutôt positive. Du "recyclage" dénoncé aussi par un délégué syndical du SNES de l’académie de Grenoble, puisqu’il concerne les plus de 700 heures mobilisables notamment fléchées pour suivre les élèves en difficulté dans son collège de Saint-Martin-d’Hères (Fernand Léger), où les moyens de l’accompagnement avaient été maintenus malgré la sortie de l’établissement de l’éducation prioritaire.

Les établissements tributaires des politiques académiques
Les moyens et les agendas constituent les principaux points d’achoppement sur le terrain. Sachant que "l’attribution des moyens varie d’une académie à l’autre", constatent le syndicat indépendant des personnels de direction de l’éducation, ID FO et Valérie Sipahimalani, la secrétaire générale adjointe du SNES. À Paris, "on sait par exemple qu’il n’y a quasiment pas de moyens", précise-t-elle, alors qu’à Rennes "le dispositif a été très fortement anticipé, pas forcément avec des moyens enseignants mais aussi des services civiques".

Ses représentants en régions signalent pour la période Toussaint-Noël, une première enveloppe d’HSE (heures supplémentaires effectives) attribuée à Marseille à tous les collèges pour assurer le dispositif, sauf pour ceux de l’éducation prioritaire qui doivent donc impérativement réorienter celles de l’accompagnement éducatif vers ce nouveau dispositif ; à Toulouse, l’enveloppe, présentée au représentants du CTA (Comité technique académique) le 9 novembre, s’élève à 40 000 HSE (pour rémunérer CPE, enseignants et AED) et 86 022 euros pour payer les intervenants extérieurs (associations). Enveloppe répartie dans les établissements publics au prorata des effectifs (environ 200 sur les 317 collèges que compte l’académie et qui accueillent 111 000 collégiens), précise le rectorat ; en Bretagne, la coordination est rémunérée "par une demi-IMP (indemnité pour mission particulière) sur une enveloppe académique spécifique".

Des services civiques difficiles à recruter
Mais même là où il y a des moyens, le dispositif peut se heurter à la faiblesse du volontariat. Le SNES rapporte que dans un collège d’Orléans de 650 élèves, où "plus de 238 HSE sont destinées à ’devoirs faits’ pour la première période, "aucun collègue ne s’est précipité sur ces heures, mis à part ceux qui faisaient déjà de l’aide aux devoirs à l’internat pour les sports études foot".

Des difficultés de recrutement sont constatées aussi. Une difficulté "accentuée voire impossible en zone rurale", poursuit ID FO mais aussi par le fait qu’à cette période de l’année "les associations ont déjà capté l’essentiel de la ressource disponible". Beaucoup soulignent surtout les difficultés à recruter les volontaires en service civique et l’inadéquation de leurs profils, souvent, aux attendus du dispositif. Les remontées concernant ces difficultés, voire l’impossibilité de recruter, ne manquent pas. Dans l’aire urbaine de Belfort, Montbéliard, Héricourt et Delle, 84 offres d’emplois en service civique n’ont reçu qu’une vingtaine de candidatures et 5 ont déjà été "retoquées" faute de compétences suffisantes, rapporte Sandrine Fontaine. Faibles rémunérations et déplacements peuvent également les faire fuir. Anecdote parmi d’autres, dans l’académie de Grenoble le SNES signale qu’au collège Barnave, à Saint-Égrève, 2 services civiques, "annoncés pour la rentrée", "ne sont pas venus, l’emploi était trop loin de chez eux et trop mal payé".

Des moyens qui en font disparaître d’autres ?
Enfin, certains témoignent de la désaffection de collectivités engagées auparavant dans ce type de dispositif, comme en Seine-Maritime où le Département finance depuis une dizaine d’années un accompagnement scolaire dans le cadre d’un dispositif appelé CRED (Contrat de réussite éducative départemental). "Des sommes relativement importantes qui permettaient de financer beaucoup d’aides aux devoirs, notamment dans les collèges d’éducation prioritaire" et "de très nombreux intervenants (étudiants, AED…)" mais que "le Département - qui ne devait attendre que ça - arrête" à la fin de l’année civile. L’enseignant qui rapporte le fait souligne l’absence de "visibilité sur les moyens accordés pour devoirs faits" et craint que l’entrée en vigueur de ce dispositif dans son collège REP, "où l’aide aux devoirs fonctionnait énormément (plus de 100 élèves concernés sur à peine 300 élèves)", empêche au final "les élèves de faire leurs devoirs au collège, puisque cela aura mis fin au dispositif qui marchait pour le remplacer par… rien !"

Beaucoup évoquent les difficultés concernant "l’agenda de l’élève", celle de positionner ces heures systématiquement en fin de journée, "ce qui n’est pas forcément une bonne solution à cause de la fatigue", mais aussi la problématique du ramassage scolaire dans les territoires ruraux. Au collège de Créon en Gironde, a été décidé de caler le dispositif sur la pause méridienne car les élèves "sont tributaires des transports départementaux", mais la solution n’est pas accueillie idéalement par tous. La problématique du transport semble bien réelle, selon certains témoignages du SNES, puisque certains établissements, comme le collège Albert Camus de Briare (Loiret), dont les élèves "sont dans la grande majorité transportés par les bus du CD45", proposait déjà de l’aide aux devoirs sur un créneau à partir de 16h40 mais "l’an dernier, faute de volontaires disponibles, un seul créneau dans la semaine avait été assuré à 16h40". Résultat, les créneaux envisagés cette année sont de 11h10 à 12h05 puis de 14h35 à 16h40. Dans ce même département, au collège Denis Poisson de Pithiviers, et bien qu’il ait fait "l’objet de deux conseils pédagogiques", le dispositif reste proposé "sur le créneau 17h-18h, sachant que la plupart [des] élèves sont transportés et seront donc de fait exclus du dispositif".

Des organisations "floues", des établissements qui "pataugent"
Des syndicalistes évoquent une "organisation" "encore floue" dans le Loiret ou dans le Doubs, du bricolage à Marseille ou encore, à Strasbourg, des établissements qui "pataugent". Dans cette académie, "le résultat" d’une réflexion menée par des groupes de travail avec DASEN, IPR (Inspecteur pédagogique régional) et chefs d’établissement "devrait être distribué à l’ensemble des chefs d’établissement pour la fin novembre".

"Le dispositif est louable car les devoirs doivent relever des établissements et non des parents, mais je pense c’est une mauvaise réponse à une bonne analyse", résume Sandrine Fontaine qui estime que le statut même de l’enseignant doit être "réinterrogé", car selon elle, il est primordial "que le prof de l’élève s’en occupe et non un tiers", pour assurer la continuité avec sa pédagogie. Le syndicat ID FO, qui rapporte que "7 principaux sur 10 partagent la pertinence du dispositif", fait de son côté des demandes qui vont dans ce sens : que "devoirs faits soient intégrables comme discipline au service des enseignants" et "dans le temps scolaire de l’élève et à la conception initiale de l’EDT (emploi du temps)".
Camille Pons

Extrait de touteduc.fr du15.11.17 : http://www.touteduc.fr/fr/abonnes/a...

 

Voir aussi vousnousils.fr du 24.11.17 : Devoirs faits : des disparités de moyens et des procblèmes de recrutement

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