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La dernière partie du rapport de l’Ecole d’Economie de Paris sur les clubs Coup de Pouce ne convainc pas Tout Educ

17 juin 2013 Version imprimable de cet article Version imprimable

Le FEJ (Fonds d’expérimentation pour la jeunesse) vient de publier la dernière pièce du rapport d’évaluation des Coup de Pouce CLE, à savoir la deuxième partie du rapport quantitatif de l’EEP (Ecole d’économie de Paris), dont la conclusion ne correspond pas à celle du rapport qualitatif.
L’EEP estime en effet, comme dans son rapport intermédiaire, que les élèves qui ont bénéficié de ce dispositif "expriment un goût plus marqué pour la lecture, et généralement pour les matières scolaires", mais qu’ils "n’ont pas de compétences en lecture différentes de celles des élèves présélectionnés, parfaitement semblables initialement, et qui ont bénéficié [d’autres] formes de soutien mis en oeuvre par l’Education nationale".

Les auteurs du rapport rappellent que chacun de ces "clubs lecture-écriture" concerne cinq enfants de cours préparatoire "choisis dans chaque classe parmi ceux présentant le plus de risques d’être en difficulté et pris en charge pendant 1h30 tous les soirs après l’école. Les enfants sont amenés à manipuler les mots de façon ludique et à apprécier la lecture d’histoires (...). Ce travail est doublé d’une sensibilisation des parents à l’ensemble de la démarche, avec l’ambition que les activités réalisées dans les clubs CPC soient reprises et prolongées en famille."

Langage et lecture
La lecture du rapport lui-même appelle à nuancer sérieusement le jugement exprimé dans le résumé. Les auteurs, Marc Gurgand et Eric Maurin (Ecole d’économie de Paris), Dominique Goux (CREST) et Adrien Bouguen (J-Pal Europe) notent d’abord que la littérature scientifique mondiale sur "ce type d’intervention" est "encore d’ampleur limitée". Les recherches démontreraient que "les programmes de lecture partagée (avec des enseignants ou des parents) peuvent avoir des effets significatifs sur le langage (...), mais [ils n’auraient] en revanche aucun impact sur les capacités en lecture des enfants". L’EEP estime que les résultats de sa recherche sont "cohérents avec la littérature existante", bien qu’elle porte en général sur des enfants plus jeunes. Ils ajoutent que les Coups de pouce CLE "semblent atteindre le résultat premier qu’ils se sont assignés [sic] : développer le goût de la lecture – et il semble que cela s’étende aux activités scolaires en général", tandis que les soutiens "plus traditionnellement scolaires reçus par le groupe témoin ne développent pas au même point cette dimension sociocognitive des apprentissages."

Le rapport met en évidence le coût, qu’il juge élevé, du dispositif, 1 200 € par enfant, mais les auteurs reconnaissent qu’ils ne sont pas "en mesure de rapporter [ce coût] au coût par élève des prestations offertes à [l’] échantillon témoin". On ignore en effet de quels soutiens les enfants du "groupe témoin" ont bénéficié de la part de leurs enseignants, les auteurs ne disposant pas "d’informations fines sur le nombre d’heures de chaque intervention affectée à chaque élève dans l’année". C’est d’ailleurs le principal reproche que Dominique Glasman (université de Savoie, président du conseil scientifique de l’APFEE, l’association qui porte les "Coups de pouce CLE") avait adressé au rapport d’étape. L’échantillon témoin a été constitué avec des classes à qui on avait laissé entendre qu’elles bénéficieraient de ces clubs, et à qui on a notifié ensuite qu’elles n’avaient pas été tirées au sort. On peut penser que les enseignants ont mis en place des compensations pour les enfants qui auraient dû bénéficier de cette forme de soutien. Les auteurs, implicitement, en reconnaissent la pertinence et y apportent des réponses partielles.

Les parents et les élus
En revanche, ils ne donnent aucun élément d’évaluation de l’impact du dispositif sur les parents, ni sur leur capacité à suivre la scolarité de leurs enfants, pourtant évoquée dans le rapport comme l’une des ambitions de ce dispositif, et souvent soulignée par les élus locaux. Plusieurs d’entre eux ont dit leur attachement au "partenariat entre les parents, les enfants, les élus, l’Éducation Nationale" dans une lettre au président de la République.

Interrogé par ToutEduc, Marc Depriester du cabinet AURES, qui avait participé à l’évaluation qualitative (menée sur une vingtaine de clubs, avec le cabinet ACADIE), rappelle que "ce dispositif atypique" et "difficilement comparable aux autres dispositifs" de soutien, "active avec succès une dynamique positive entre estime de soi et réussite scolaire" pour la prévention des échecs. Il ajoute, à propos de l’étude quantitative, menée par l’Ecole d’Economie de Paris, que le protocole lui a d’abord apparu intéressant, mais qu’il s’étonne de voir le rapport mettre l’accent sur le coût du dispositif, dont l’évaluation n’était pas prévue.
"C’est une question importante, qui mériterait d’être creusée en évaluant le coût des autres formes d’accompagnement." Il constate aussi que l’analyse a été faite sur des clubs dont c’était la première année d’existence, donc qui étaient dans une phase d’expérimentation.
Au total, Marc Depriester s’étonne "du décalage" entre les conclusions de l’étude quantitative et celles de l’étude qualitative. L’APFEE pour sa part souligne que le protocole suivi par les animateurs des clubs est le "fruit de recherches scientifiques et de 17 ans d’expérience", et elle met en cause les conditions de passation des tests et de constitution des groupes témoins.

Cette évaluation avait été demandée après que la fondation Total, qui avait un projet de mécénat pour l’APFEE eut demandé que ces 3 millions d’euros (sur 3 ans) transitent par le FEJ. Le FEJ avait conditionné ce financement à une évaluation pour laquelle un budget de 500 000 euros a été prévu. Selon les informations recueillies par ToutEduc, l’étude qualitative a été financée à hauteur de 16 % de ce budget. A noter encore que Marc Gurgand, co-auteur de cette évaluation, préside le conseil scientifique du FEJ.

Le rapport est téléchargeable ici, le rapport qualitatif, hors annexe, est inclus dans le rapport intermédiaire, téléchargeable sur le même site.

Pascal Bouchard (membre du conseil scientifique et du CA de l’APFEE)

Extrait de touteduc ;fr du 10.06.13 : Coups de pouce CLE : l’Ecole d’économie de Paris persiste, mais son rapport souligne les limites de sa méthode

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