> PÉDAGOGIE(S), DISCIPLINES, ACTIONS LOCALES > PEDAGOGIES (LES) > Pédag. Psycho. cognitive, Neurosciences > Thèse. Les déterminants cognitifs, génétiques et environnementaux du rendement (...)

Voir à gauche les mots-clés liés à cet article

Thèse. Les déterminants cognitifs, génétiques et environnementaux du rendement scolaire, par Philippe Carpentier, Université de Laval (Québec), 2021

11 août Version imprimable de cet article Version imprimable

Les déterminants cognitifs, génétiques et environnementaux du rendement scolaire.
Thèse

Philippe Carpentier
Doctorat en psychologie - recherche et intervention
Philosophiæ doctor (Ph. D.)
Québec, Canada
2021, 149 p.

Résumé
Le rendement scolaire est un élément essentiel pour le succès socioéconomique, le bien-être personnel et la santé physique des individus. Par conséquent, il est nécessaire de bien comprendre les facteurs associés et les déterminants du rendement scolaire. Alors qu’il est clair que les habiletés cognitives fluides (habiletés cognitives visuo-spatiales, flexibilité cognitive, mémoire à court terme) et cristallisées (connaissances précoces des lettres et des nombres) sont de bons prédicteurs du rendement scolaire, les processus qui sous-tendent leurs associations avec le rendement scolaire sont encore ambigus.
Dans le cadre de la présente thèse de doctorat, deux échantillons populationnels ont été utilisés pour documenter le rôle médiateur des habiletés cristallisées préscolaires sur la relation entre les habiletés fluides préscolaires et le rendement scolaire au primaire. Les modèles d’équations structurelles ont montré que les habiletés cristallisées préscolaires sont un médiateur de la relation entre les habiletés fluides et le rendement scolaire au début du primaire. En d’autres mots, l’association entre les habiletés fluides et le rendement scolaire est expliquée par les habiletés cristallisées. Les résultats montrent également que les habiletés cristallisées prédisent le rendement scolaire au-delà des habiletés fluides, mais seulement au début du primaire. De plus, des modélisations génétiques effectuées sur le rendement scolaire au primaire montrent que celui-ci est majoritairement expliqué par des facteurs génétiques et que le rôle de ces facteurs génétiques augmente au début du primaire, au détriment des facteurs environnementaux. Les résultats révèlent aussi des facteurs génétiques et environnementaux qui sont communs aux habiletés cognitives préscolaires et au rendement scolaire durant tout le primaire.
De plus, des facteurs génétiques indépendants des habiletés fluides sont communs aux habiletés cristallisées et au rendement scolaire. Ensemble, ces résultats mettent en évidence le rôle central des habiletés cristallisées pour le rendement scolaire futur et renforcent l’importance d’intervenir durant la période préscolaire pour éviter le développement de difficultés académiques futures.

EXTRAIT (pages 25-26)
FACTEUR DE L’ENVIRONNEMENT
Le facteur de l’environnement le plus fréquemment associé au rendement scolaire est le niveau socioéconomique (NSE) de la famille. En effet, une méta-analyse résumant plus de 74 études indique que la relation entre le NSE et le rendement scolaire serait modérée (r=.29), mais varierait selon plusieurs modérateurs, notamment la mesure de NSE utilisée (Sirin, 2005). Le NSE se mesure par différentes composantes, mais il est généralement accepté que les trois principales composantes du NSE sont le revenu familial, le niveau de scolarité des parents et le statut d’occupation des parents (Duncan et al., 1972 ; Sirin, 2005).
Ces trois composantes indiquent dans quelle mesure l’enfant a accès à différentes ressources sociales et financières, ressources qui pourraient influencer, avant même l’entrée à l’école, la capacité de l’enfant à avoir un bon rendement scolaire futur. Le NSE a donc un effet sur le rendement scolaire par l’entremise de divers processus, notamment les comportements parentaux. En effet, les parents qui présentent un NSE plus faible ont moins de ressources (argent, temps et énergie) à allouer à la préparation à l’école de leurs enfants (Foster et al.,2005). Par conséquent, les enfants provenant d’un NSE plus faible ont moins accès à des livres ou des jeux et passent moins de temps à lire ou à jouer avec leurs parents, ce qui est associé au développement de leurs habiletés cognitives fluides (Gershoff et al., 2007 ; Raikes
et al., 2006), ainsi qu’au développement de leurs connaissances précoces en littéracie (p.ex. Dickinson & Tabors, 2001 ; Hartas, 2011) et en numératie (LeFevre et al., 2009). Ces enfants commencent donc l’école avec un retard sur le plan des habiletés fluides et cristallisées et sont donc plus à risque de développer des difficultés scolaires.
De plus, le NSE contribue indirectement au rendement scolaire des enfants en déterminant à quel type d’école ou d’environnement scolaire l’enfant aura accès (Reynolds & Walberg, 1992). En effet, les écoles situées dans des milieux socioéconomiques défavorisés diffèrent des écoles se situant dans les milieux socioéconomiques favorisés au plan du matériel disponible, de l’expérience des enseignants, ainsi que du ratio enseignant/élève (Wenglinsky,1998). Étant donné que la qualité d’environnement de la classe est associée au rendement scolaire des élèves (p. ex, Blankson & Blair, 2016 ; Reynolds & Ou, 2011), les enfants provenant d’une famille dont les parents ont un faible NSE sont plus à risque d’avoir des difficultés scolaires. Il est donc pertinent de considérer et de contrôler pour le NSE dans les
14 études qui visent à mieux comprendre les déterminants précoces du rendement scolaire audelà des différences sociales.
Les différentes études mentionnées jusqu’à présent montrent que les facteurs propres à l’enfant, tels que les habiletés cognitives et les facteurs présumés de l’environnement, dont le NSE, sont importants pour favoriser le rendement scolaire. Toutefois, ces différentes études ne permettent pas de statuer définitivement sur la contribution unique de l’environnement et des facteurs propres à l’enfant pour le rendement scolaire. En effet, tel que mentionné plus haut, l’environnement est associé aux habiletés cognitives (Niklas et al., 2016). De plus, Krapohl et Plomin (2016) ont montré qu’environ la moitié de la corrélation entre le NSE et le rendement scolaire à 16 ans s’explique par des facteurs génétiques partagés.
En effet, certains facteurs génétiques sont associés à la fois au rendement scolaire et au NSE et ces facteurs expliquent l’association entre le rendement scolaire et le NSE. Bref, des facteurs de l’environnement sont associés aux facteurs propres à l’enfant, dont les habiletés cognitives, et des facteurs propres à l’enfant, notamment d’ordre génétique, sont impliqués dans les facteurs environnementaux. Par conséquent, afin de favoriser une meilleure compréhension des processus développementaux liés au rendement scolaire et pouvoir intervenir de façon efficace auprès des enfants, il est primordial de pouvoir départager la contribution unique des facteurs d’ordre génétique propres à l’enfant et ceux qui relèvent véritablement de l’environnement. Pour ce faire, la méthode des jumeaux constitue une approche unique qui permet de départager et de quantifier les contributions relatives des facteurs individuels et des facteurs de l’environnement associées à différents construits, dont le rendement scolaire.

Extrait de corpus.ulaval.ca

Répondre à cet article