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Premiers résultats de l’enquête sur les pratiques d’enseignement, Epode, en 2018 au collège (Depp)

1er juillet Version imprimable de cet article Version imprimable

Additif du 02.07.20

Profs de collège : Quelles pratiques pédagogiques ?
Les enseignants des collèges se soucient-ils vraiment de la réussite de leurs élèves ? Quelles sont leurs pratiques pédagogiques ? Quels profils d’enseignants peut-on distinguer ? Une nouvelle étude de la Depp apporte des réponses intéressantes à ces questions. Alors que certains opposent les « pédagogistes » aux autres, l’étude montre que les professeurs partagent beaucoup de points communs dans leurs pratiques pédagogiques. Les différences tiennent souvent au contexte dans lequel ils enseignent. Les enseignants font corps.

Epode et Talis

Pour connaitre les pratiques pédagogiques des enseignants, la meilleure source était l’enquête Talis, réalisée par l’OCDE. Voilà que la Depp (division des études du ministère de l’éducation nationale) publie les résultats d’Epode, une nouvelle enquête sur les pratiques pédagogiques des professeurs de collège. L’enquête porte sur les scénarios pédagogiques, l’évaluation et les pratiques collaboratives et éducatives. Elle a vocation à être réalisée tous les 3 ans. La prochaine est prévue en 2021.

Des enseignants très engagés

Ce que montre d’abord Epode c’est le haut niveau d’engagement éducatif des professeurs de collège. « Huit à neuf professeurs sur dix rapportent collaborer fréquemment avec leurs collègues pour fournir une réponse collective à un problème d’ordre éducatif : 94 % d’entre eux tiennent fréquemment les tiers (CPE, services sociaux ou de santé scolaire, etc.) informés en cas de comportement à risque de la part d’un élève, 85 % collaborent fréquemment avec la vie scolaire pour le respect du règlement intérieur par tous les élèves en dehors de la salle de classe ». Tout cela montre une conscience professionnelle partagée construite au tour des valeurs de l’Ecole.

Epode montre aussi un souci très important de la réussite de tous les élèves. 69% des enseignants adaptent leur pédagogie aux difficultés de leurs élèves, 74% prennent en compte le PPS (adaptation aux élèves aux besoins particuliers). A l’opposé des « professeurs décrocheurs » présentés par certains médias, les enseignants se soucient de l’éducation des jeunes qu’on leur confie. Par contre ils sont moins nombreux à travailler avec les parents : seulement 34% d’entre eux sollicitent souvent les parents poru réfléchir à la réussite des élèves.

Attachement à l’enseignement explicite

La deuxième caractéristique c’est que cette dimension collaborative du travail enseignant est plus tournée vers l’éducatif que vers la pédagogie. Seulement 14% des enseignants sollicitent fréquemment des collègues pour la mise en œuvre de séquences. C’est une dimension qui avait été remarquée par Talis.

Autre conclusion commune avec Talis, « les professeurs plébiscitent l’enseignement explicite, c’est-à-dire un mode d’enseignement caractérisé par une démarche directe, structurée et fortement guidée. Ainsi, 81 % d’entre eux font fréquemment reformuler les consignes par les élèves pour s’assurer qu’ils les ont bien comprises…Les pratiques visant l’implication active des élèves dans les apprentissages (dimensions « Pédagogie active » et « Évaluation formative ») sont moins fréquentes et considérées comme moins faisables et moins prioritaires : seuls 54 % des professeurs proposent fréquemment des démarches d’investigation (ou des démarches inductives) aux élèves et 33 % proposent fréquemment aux élèves des outils d’auto-évaluation ». Talis remarquait que seulement 26% des enseignants français invitent les élèves à résoudre des tâches complexes selon leur propre procédure contre 44% en moyenne dans l’Ocde. Ils sont seulement 26% encore à donner des tâches où la réponse n’est pas évidente (contre 34%). Mais Talis ajoutait que le travail de groupe est bien implanté (49% contre 50%) et que c’est un gros changement depuis 2013 (+12%).

L’utilisation du numérique est considérée comme la pratique la moins prioritaire et la mois faisable, affirme la Depp. Talis remarquait aussi que seulement 36% des enseignants invitent à utiliser les TICE (contre 53% en moyenne dans l’Ocde). La crise sanitaire a évidemment fait évoluer ce pourcentage. Mais les enseignants ont pu aussi constater les limites de ces usages.

Des pratiques plus homogènes qu’il parait

La Depp tire une conclusion intéressante des résultats de son enquête. Un travail pour identifier des groupes d’enseignants montre moins des profils traditionnalistes contre « pédagogues » que des degrés d’intensité dans les pratiques. « Une classification ascendante hiérarchique (CAH) réalisée sur les scores de fréquence relatifs à toutes les dimensions permet d’identifier quatre groupes homogènes de professeurs. Les enseignants du groupe 1 se distinguent par des pratiques professionnelles plus fréquentes quelle que soit la dimension considérée. À l’inverse, ceux du groupe 4 déclarent des pratiques moins fréquentes pour l’ensemble des dimensions ». Il n’y a pas de distinction par la nature des pratiques mais par leur fréquence.

Ce qui semble orienter cette fréquence c’est la nature de la classe. « Les professeurs décrivant un profil de classe très favorable aux apprentissages rapportent davantage des pratiques professionnelles fréquemment déployées (29 %) que ceux qui sont en charge de classes présentant un profil peu propice aux apprentissages (16 %) ». C’est la situation pédagogique qui dessine le profil d’enseignant plus que des orientations pédagogiques. « Les pratiques visant le développement de l’autonomie des élèves, la collaboration avec l’équipe à finalité pédagogique et l’évaluation formative sont beaucoup plus souvent réalisées par les enseignants décrivant un profil de classe très favorable aux apprentissages ».

Autrement dit l’étude Epode nous apporte quelque chose d’important. Au-delà des débats médiatiques entre « Républicains » et « Pédagogistes », malgré tous les efforts faits pour diviser et opposer les enseignants, le corps enseignant existe encore avec les mêmes références en terme de valeurs. Et ça c’est une bonne nouvelle.

François Jarraud

Etude Epode
Talis

Extrait de cafepedagogique.net du 02.07.20

 

Depp, Note d’information statistique, n° 20.23, juin 2020
Premiers résultats de l’enquête sur les pratiques d’enseignement,
EPODE, en 2018 au collège

 L’Enquête PériODique sur l’Enseignement (EPODE) interroge les professeurs de collège sur leurs pratiques d’enseignement.
Menée pour la première fois en 2018, elle est construite à partir du référentiel des compétences des métiers du professorat et de l’éducation. Elle fait état d’une culture fortement partagée autour de la fonction éducative du métier d’enseignant.
Les pratiques associant l’ensemble de l’équipe éducative pour résoudre des problèmes ayant trait à des incivilités ou à des comportements à risque sont fréquemment mises en œuvre par huit à neuf enseignants sur dix. Si les pratiques collaboratives constituent un élément essentiel du métier, l’enquête EPODE montre que les enseignants de collège privilégient la collaboration à fi nalité éducative plutôt que la collaboration à finalité pédagogique ou le lien avec les familles qu’ils jugent moins prioritaires.
Très largement plébiscité par les professeurs, l’enseignement explicite fait partie des modalités d’enseignement les plus fréquemment mises en œuvre et partagées alors que celles visant le développement de compétences transversales proches des compétences du XXIe siècle restent relativement peu fréquentes et sont déclarées moins faisables. La réussite de tous les élèves apparaît comme une préoccupation
ajeure des enseignants qui s’astreignent à mettre en place des pratiques
en direction des élèves à besoins particuliers ou en diffi culté alors qu’ils les jugent diffi cilement faisables dans leur contexte d’enseignement. Les enseignants ne se différencient pas par la nature de leurs pratiques mais par la fréquence de réalisation de celles-ci. Les professeurs décrivant des profi ls de classe parmi les plus favorables aux apprentissages rapportent de façon générale des pratiques professionnelles plus fréquentes et sont ceux qui semblent les plus à l’aise dans la prise en charge de l’hétérogénéité des élèves.

Extrait de education.gouv.fr de juin 2020

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