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La 10ème rencontre de la Réussite éducative (Anaré). Deux autres comptes rendus après celui de ToutEduc

4 juin 2018 Version imprimable de cet article Version imprimable

Quelle place pour les Programmes de Réussite éducative aujourd’hui ? Quelle question !
Par Stéphanie Morel
Comme tous les deux ans, les acteurs de la Réussite éducative se sont réunis, grâce au dynamisme de l’Association Anaré, portée par des coordonnateurs bénévoles. J’ai eu le plaisir d’animer...

Comme tous les deux ans, les acteurs de la Réussite éducative se sont réunis, grâce au dynamisme de l’Association Anaré, portée par des coordonnateurs bénévoles. J’ai eu le plaisir d’animer l’atelier sur l’évaluation avec Olivier Brito, chercheur en Sciences de l’Education à l’Université Paris Ouest Nanterre.

Le titre de la rencontre : « Dans un contexte éducatif et social en mutation : quels enjeux et quelle place pour les Programmes de Réussite éducative ? »… A l’heure des débats sur un hypothétique « Plan Banlieues », voici mes éléments de réponse à cette question, qui sont l’occasion de rappeler les conditions fondamentales de la « réussite » : l’importance des compétences « soft » – dont l’estime de soi, le sentiment de compétence et la persévérance.

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Voilà plus de 15 ans que les équipes de réussite éducative et leurs partenaires ont été chargés de mettre en place un dispositif inédit, le Programme de Réussite éducative (PRE), pour accompagner les enfants et les jeunes habitant dans les quartiers Politique de la Ville. La méthode : suivre les enfants de manière individualisée, mobiliser l’ensemble des partenaires (sociaux, éducatifs, associatifs…) pour mettre en place un « parcours » composé d’un bouquet de solutions sanitaires et éducatives qui placent ces enfants en situation de « réussir ». Il est question de traiter tous les problèmes de santé qui ne leur permettent pas de suivre correctement leur scolarité, mais également de travailler avec la famille pour installer leur enfant dans des dispositions psychologiques propices à l’apprentissage, ou encore de faire intermédiation entre l’école et les familles, de jouer un rôle de relais local vers les professionnels adéquats mais aussi de vigilance sociale…

Dans un contexte de fonctionnement institutionnel en silo, les PRE inventent ainsi de nouvelles manières de faire les politiques publiques, sous l’égide de municipalités qui ont souvent su intégrer le dispositif dans une stratégie éducative locale cohérente.

Outils de progression des politiques publiques, les PRE constituent également un levier d’innovation pour trouver des solutions aux problématiques éducatives des quartiers : actions pédagogiques originales pour restaurer la motivation des enfants, projets montés par des jeunes pour leur donner le goût de la persévérance, médiation ethnoculturelle école/familles, actions de prévention du décrochage précoce des collégiens, ateliers artistiques et culturels pour activer les compétences soft des élèves…

Les PRE ont permis, dans ce contexte, de développer des modes de collaboration inédits avec les acteurs de l’Éducation nationale et, progressivement, d’organiser et de concrétiser l’articulation entre réussite scolaire et réussite éducative. Un enfant en mal-être et non épanoui, peu disponible psychologiquement et ne disposant pas des « codes » et ressources nécessaires pour comprendre ce que l’école attend de lui n’est pas en capacité de s’investir dans sa scolarité et d’y réussir. Cela paraît évident. Comme l’a fait François Dubet dans sa conférence à La Rochelle lors de la rencontre, il est utile de rappeler qu’à l’école française les inégalités scolaires sont plus fortement liées aux inégalités sociales que dans d’autres systèmes scolaires dans le monde. Pour le sociologue, la norme sociale appliquée à l’école est celle des élites et l’accumulation de multiples inégalités (sélection par les disciplines ou les filières, manière de regrouper les enfants, impacts des préjugés des enseignants ou « effet Pygmalion », capacité des parents à coacher leurs enfants dans la compétition scolaire…) est créatrice d’un système profondément inégalitaire, également marqué par les mécanismes de ségrégation lourds (vis-à-vis des « minorités »). Dans ce système, le diplôme est roi, et la responsabilité de l’échec est attribuée aux enfants eux-mêmes, sans grande bienveillance. Une sorte de fatalité du tri, orchestrée par une « machine imperturbable », pour reprendre l’expression de François Dubet, laissant paraître une certaine résignation concernant le « destin des vaincus » …

Le travail réalisé par les équipes de Réussite éducative dans les quartiers les plus en difficulté ne constitue pas un simple dispositif de compensation des dysfonctionnements du système. En premier lieu, la part d’innovation que les PRE distillent dans les politiques publiques est importante, et produit d’autant plus d’impacts lorsqu’elle s’inscrit dans une stratégie municipale intelligente, couplant innovation éducative, travail sur la sectorisation scolaire et articulation entre rénovation urbaine et action socioéducative. Par ailleurs, les PRE, comme les actions qu’ils soutiennent, tels le Coup de Pouce, ou encore d’autres actions innovantes « périscolaires » qui foisonnent aujourd’hui, telles les Savanturiers ou Énergie Jeunes, apportent de la transformation pédagogique, redessinent les modes de fonctionnement de l’organisation scolaire, ouvrent l’instruction à l’éducation, diversifient les modes d’apprentissages et les perspectives d’avenir, pluralise l’utilité de la connaissance…

En travaillant sur le sentiment de compétence, mais aussi sur l’autonomie et les compétences sociales et transversales, les PRE permettent aux enfants de redonner sens à leur scolarité et de s’y sentir mieux, ce qui est déjà une « réussite » en soi. Ils accompagnent également la construction d’un individu renforcé dans ses compétences premières – son entreprenance– qui vont lui permettre de développer l’estime de soi, sa « volonté » (la « grit » d’Angela Dukworth, au sens de persévérance), la confiance en sa capacité à progresser (le « growth mindset » de Carol Dweck), la perception de sa propre identité (prendre conscience de sa valeur, contre les stéréotypes négatifs qui fleurissent à l’école française), la capacité à se projeter dans l’avenir… Toutes ces habiletés et compétences sont considérées aujourd’hui par de nombreux chercheurs comme déterminantes dans la réussite scolaire des individus, mais également dans leur réussite de vie ou professionnelle ! Et, loin d’être « innées », ces compétences peuvent être activées et renforcées par des interventions appropriées. Et les neurosciences nous démontrent que ces compétences soft activent les compétences hard…

Centrer le propos sur les compétences transversales n’est pas anodin en ce qui concerne les quartiers, marqués par le faible sentiment de compétence, l’autocensure, la difficulté à se projeter… Proposer un tel point de vue permet de redonner sens à une espérance démocratique ébréchée par la mythification de l’école républicaine (parler de mythe est faible) dans la mesure où il n’est pas nécessaire de disposer d’un capital cognitif, social et culturel pour développer ces capacités que chacun a en soi. C’est aussi qualifier et faire confiance en ce qui se trame aujourd’hui en termes d’interventions éducatives, aux contours de l’école, stimulées par des formes d’action publique inédites, exceptionnelles, innovantes (La France S’engage, les PIA…).

Considérons que nous sommes dans une émergence, prometteuse de nouvelles perspectives. Ces interventions, autour de l’école ou dans l’école, offrent une vision de la réussite éducative plus large que l’obtention d’un diplôme et la poursuite d’un parcours élitiste dont sera évincée, mécaniquement, une bonne partie des élèves… Dans ce paysage, les PRE parviennent à lier réussite éducative et réussite scolaire, tout en agissant sur des données de base pour tout élève de classe moyenne et supérieure, la santé et le soutien familial, et en activant des collaborations d’acteurs inédites.

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La place des PRE dans le contexte éducatif et social actuel est centrale, parce qu’ils répondent à des besoins éducatifs et sociaux primaires pour les enfants les plus défavorisés et qu’ils leur offrent des ressources innovantes, activant des compétences du XXIème siècle !

Il faut donc continuer à nourrir et à donner des moyens à ces équipes, valoriser leur expertise et les accompagner dans les démarches les plus ardues, telles l’évaluation de leur dispositif, afin de démontrer la qualité sociale de leurs impacts. Les PRE ont construit une action collective inédite dans les banlieues, il est temps de la reconnaître au niveau national, d’en tirer expérience et d’en diffuser la méthode.

Extrait de lasosialab.fr du 25.05.18 : Quelle place pour les Programmes de Réussite éducative aujourd’hui ? Quelle question !

 

10ème Rencontre Nationale de la Réussite Educative
23-24 mai 2018, La Rochelle

La 10ème rencontre nationale de l’ANARE a rassemblé à l’Espace Encan de la Rochelle les acteurs de la Réussite éducative : professionnels du terrain (coordonnateurs PRE, référents de parcours, animateurs, acteurs de l’action sociale, etc.), institutionnels (CGET, DDCS, etc.), élus des collectivités en charge de l’éducation, de la jeunesse, pour débattre des enjeux actuels de la réussite éducative. Plus de dix ans après la mise en place des PRE (émanation de la loi de programmation pour la cohésion sociale de 2005), les interrogations étaient nombreuses quant à l’avenir, dans un contexte de doute sur les perspectives et les moyens alloués à la politique de la ville. [...]

Extrait de observatoire-reussite-educative.fr du : 10ème Rencontre Nationale de la Réussite Educative

 

La réussite éducative est-elle "un sport de combat" ? Echos des 10èmes rencontres nationales de l’ANARE

La réussite éducative doit être mieux connue, reconnue, médiatisée, financée... Sous des formes diverses, le même constat est revenu dans les propos des intervenants des 10èmes rencontres nationales qu’organisait à la Rochelle, les 23 et 24 mai, l’ANARE. Les acteurs de la réussite éducative et leur association nationale en reconnaissent eux-mêmes la difficulté, évoquant "une notion toujours à redéfinir", même si Jean-Louis Borloo l’a inscrite dans la loi de cohésion sociale de 2005. "L’objectif de ces programmes est d’accompagner dès les premières années de l’école maternelle et jusqu’au terme de leur scolarité, des enfants et des adolescents qui présentent des signes de fragilité, en prenant en compte la globalité de leur environnement et de leurs difficultés", résumait un "document de référence" publié en 2014. Mais qu’en est-il dans la réalité quotidienne ?

Olivier Noblecourt (délégué interministériel en charge de la prévention et de la lutte contre la pauvreté des enfants), rappelle que lorsqu’il l’avait lancée, l’initiative de J-L Borloo avait été très mal vécue par l’Education nationale. Pascal Bouchard (ToutEduc) se souvient de la nomination de George Pau-Langevin, ministre déléguée "à la réussite éducative" par un Premier ministre qui pensait manifestement "réussite scolaire", confondant les deux notions. Elle avait pourtant pu proposer un "pacte pour la réussite éducative" qui soulignait son rôle dans la mise en oeuvre des PEL (projets éducatifs locaux) et des PEDT (projets éducatifs de territoire, créés par la loi de 2013).
Et si Jacky Harouna (responsable politique de la Ville à Koungou, Mayotte) estime que la notion de réussite reste centrée sur la réussite scolaire, plaçant les programmes de réussite éducative "en concurrence avec l’Education nationale", d’autres sont plus optimistes. Vincent Léna qui a travaillé au chapitre éducation du "plan Borloo", et qui, implicitement, rejette l’idée que celui-ci aurait été enterré, s’adressant aux quelques 350 participants, leur dit : "vos efforts imprègnent les politiques publiques". Pour lui, le "plan mercredi" qui sera annoncé dans les prochains jours pour "revitaliser" les rythmes scolaires, contribuera à promouvoir "une école ouverte aux partenariats".

La construction de partenariats de long terme
Dans l’atelier qu’il anime, Laurent Sochard (psychosociologue) n’en définit pas moins la réussite éducative comme "un sport de combat", ne serait-ce que pour ses acteurs qui doivent lutter en permanence contre des effets pervers, quand, par exemple, un enseignant se dit, à propos d’un enfant inscrit dans un tel parcours, que d’autres s’en occupent, et que c’est, de toute façon, trop compliqué pour lui... A l’inverse, le simple fait de demander aux parents de participer au PRE, c’est reconnaître qu’on a besoin d’eux, les remettre en position d’acteurs. Et Vincent Léna insiste pour sa part sur le rôle des programmes de réussite éducative dans la construction, sur le long terme, de logiques partenariales. Plutôt que d’être sensible aux "cahots" de l’actualité politique, il invite la salle à "construire sur la durée". "Vous êtes dans le sens de l’histoire". Et il voit les coordinateurs de ces programmes comme des "ensembliers", des "chefs d’orchestre" des "cités éducatives" dont il prédit l’émergence dans les dix ans qui viennent.

Frédéric Jésu (pédopsychiatre) les invite à s’appuyer sur les droits de l’enfant, tels qu’ils sont reconnus par la CIDE (la convention internationale), y compris certains qu’on oublie trop souvent, comme le droit au repos et aux loisirs, le droit d’être élevé par leurs deux parents, et celui de voir leur point de vue pris en considération pour toutes les décisions qui les concernent. Jacky Harouna ajoute "le droit de réussir à aller à l’école sans se faire agresser". Olivier Noblecourt souligne que les outils mis au point par les CAF (caisses d’allocations familiales) pour détecter la fraude permettent aussi de repérer les familles qui ne font pas valoir leurs droits.

Le quartier, la ville, l’agglomération...

Autres thèmes récurrent de ces deux journées, le périmètre et l’action des PRE. Pour Jean-Marc Berthet (sociologue), ce sont des "outils de veille sociale", et il est important de s’appuyer sur les élus, et même au niveau national, sur les réseaux d’élus, notamment des villes moyennes. Anne Dillenseger, qui représente le RFVE (le réseau français des villes éducatrices) de même insiste sur le rôle des communes. Vincent Léna met en évidence celui des agglomérations et des intercommunalités, tout en sachant que l’éducation reste une compétence municipale. D’ailleurs, la réussite éducative doit-elle limiter son action au périmètre des quartiers politique de la Ville ? Mais comme le fait remarquer Bertrand Gohier (président de l’Anare), les programmes de réussite éducative sont aussi pour les collectivités, un outil de légitimation de leur action.

Cette question de la légitimité des PRE renvoie à celle de la professionnalité des acteurs, fait remarquer Jean-Marc Berthet, mais aussi à leur statut. Faut-il être soi-même précaire pour s’occuper des précaires ? demande avec insistance la salle, qui n’aura pas vraiment de réponse, sinon pour souhaiter des budgets pluriannuels. Que dira à ce sujet la future COG (convention d’objectifs et de gestion) de la CNAF ? Les 70 millions inscrits au budget de l’Etat au titre de la réussite éducative valent-ils reconnaissance, comme le soutient V. Léna ?
Olivier Noblecourt insiste sur le rôle des PRE pour "voir quels sont les trous dans la raquette" à l’échelle des bassins de vie, les "préjudices singuliers" au regard des droits fondamentaux des enfants. Il cite la nécessité de renforcer les continuums, par exemple entre PMI et structures d’accueil périscolaire, mais aussi certains droits comme l’accès à la cantine, ou, pour les familles, les moyens d’acheter du lait maternisé 2ème âge, trop souvent remplacé par du lait de vache, moins cher...

La réussite de qui ?
Frédéric Jésu, chargé de tirer les leçons de ces journées, pose la question du sens même de la réussite. "La réussite de quoi ? de qui ? La réussite sans complément ouvre la voie à tous les implicites qui se bousculent, on réussit trop souvent contre au lieu de réussir avec..." Ce n’est d’ailleurs pas seulement la réussite des enfants qui est en jeu, mais aussi celle des parents, s’ils réussissent à ne plus voir leur enfant "comme un futur chômeur", et à travers le prisme de ses (mauvais) résultats scolaires. C’est aussi la réussite des acteurs de la réussite éducative...

Extrait de touteduc.fr du 24.05.18 : La réussite éducative est-elle "un sport de combat" ? Echos des 10èmes rencontres nationales de l’ANARE

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