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Dans son nouveau projet pour l’éducation, le PS propose de "regarder sans tabous" la politique d’éducation prioritaire et d’organiser des Assises dès l’automne 2022 (Le Café, ToutEduc)

7 mai Version imprimable de cet article Version imprimable

Les socialistes et l’après-Blanquer : Faut-il tout annuler ?
Quel projet pour l’Ecole et que faire de l’héritage de JM Blanquer ? A un an de la présidentielle, deux partis de gauche, le PS et Générations, le parti de Benoît Hamon, commencent à dévoiler leur projet éducatif. Dans l’hypothèse d’un retour au pouvoir, la rupture avec le quinquennat Blanquer reste à penser tant les projets sous-estiment l’héritage.

Un nouveau projet pour l’Ecole

Des propositions nouvelles, le Parti socialiste n’en manque pas. Le 6 mai, il organisait une présentation en live de son projet pour l’Ecole : "la république éducatrice à l’assaut des inégalités". "Nous sommes le parti de l’école et nous ne croyons pas au discours menteur servis par le gouvernement actuel, mettant dos à dos le mérite et l’égalité et abandonnant en définitive les « vaincus de la compétition scolaire » à ce qu’il pense être leur destin de perdant. Nous ne souscrivons pas non plus au fantasme de l’égalitarisme et d’un prétendu « nivellement par le bas », ni à la fable d’un élitisme bienfaisant consistant, en réalité, essentiellement à substituer à la promesse républicaine d’« une place pour chacun », l’injonction du « chacun à sa place ». Nous continuons de défendre, contre le malthusianisme rampant des réformes en cours du lycée ou de la formation professionnelle, l’objectif de démocratisation scolaire et d’élévation générale du niveau de formation", annonce le PS.

La mixité sociale y compris pour le privé

On retrouve dans ce nouveau projet des éléments nouveaux et d’autres plus anciens. Le PS défend toujours l’alliance éducative "non seulement au coeur des établissements mais également aux abords des établissements en associant tous les acteurs de l’éducation populaire". Ainsi il est question de "renforcer les continuités et complémentarités éducatives entre l’école et l’extérieur". Le PS propose la création d’un "service public de l’accompagnement éducatif individuel de chaque jeune" qui reposerait sur les enseignants et CPE mais aussi sur "l’ensemble de la communauté éducative".

Un autre élément important du projet éducatif , c’est l’accent mis sur la mixité sociale. Le PS "rompre avec la ségrégation sociale" en agissant sur la carte scolaire "dès la maternelle" en intégrant l’enseignement privé dans la carte scolaire. Le PS propose d’intégrer dans le cours d’EMC la compréhension des modes de production des inégalités sociales et scolaires.

Le parti souhaite aussi "casser les barrières entre les filières générales, technologiques et professionnelles" des lycées sans pour autant réunir les lycées professionnels et LGT. Il annonce une "refonte de l’éducation prioritaire" avec des "assises" à l’automne 2022.

Majorité sociale à 18 ans

Tout un pan du nouveau programme concerne les jeunes. Le PS propose de fixer la majorité sociale à 18 ans, c’est à dire de combler le vide entre 18 et 25 ans pour l’accès aux aides sociales. La crise actuelle impacte fortement les jeunes, obligés de retourner chez leurs parents ou de faire la queue pour pouvoir manger. Un "minimum jeunesse" automatique serait créé à 18 ans , du même montant que le RSA. Quant à la majorité politique , le PS demande qu’elle soit avancée à 16 ans.

Réforme du prioritaire et priorité au primaire

Tout cela fait il une rupture avec l’ère Blanquer ? On trouve des points communs. Ainsi la réforme de l’éducation prioritaire. " C’est parce que l’éducation prioritaire est essentielle que cette politique publique doit être regardée sans tabous et sans oeillères", écrit le PS. " Il faut produire une nouvelle réflexion collective sur ce sujet qui ne soit ni un récit historique, ou une somme d’expériences d’acteurs, ni une compilation de bilans, ou une liste d’évaluations. Il faut trouver le chemin commun pour interroger et analyser cette politique autour d’un fil rouge : la lutte contre les inégalités. Car force est de constater qu’une question majeure se pose : quel est le rôle politique actuel de l’éducation prioritaire : accompagner le public le plus en difficulté ou lutter vraiment contre les inégalités ?" Certes il n’est pas question de démanteler l’éducation prioritaire, comme JM Blanquer le prépare en transférant les fonds consacrés aux banlieues populaires vers les territoires ruraux qui en réalité n’ont pas de déficit scolaire.

La "priorité au primaire" est aussi dans le programme PS. " Il faudra reprendre la priorité à l’école primaire, qui ne saurait se réduire au dédoublement de certaines classes. Nous consacrons 18 % de moins que nos voisins à l’école primaire – et 38 % de plus pour les lycées. Ce chiffre montre bien l’ampleur de l’effort à réaliser. C’est un plan de rattrapage et un plan d’investissement qui doivent être engagés pour l’école maternelle et élémentaire".

Revalorisation et missions des enseignants

Pour les enseignants, le PS veut une revalorisation salariale et non des primes et instaurer une médecine du travail. Rappelons que la dernière revalorisation remonte à 2016 avec le dégel du point fonction public, qui sera regelé par E Macron, et les accords PPCR (gelés eux aussi durant un an par E Macron).

Mais il s’agit de "mieux identifier les missions des enseignants". Même si le PS prend ses distances avec le Grenelle de l’éducation. " Une telle réflexion doit être conduite dans le cadre d’un dialogue social avec les syndicats d’enseignants. Elle ne pourra se mettre en place que dans un cadre restauré de confiance que le ministre Blanquer n’a jamais su installer, bloquant toute réflexion sur l’avenir du métier".

Assumer la rupture

On le voit le programme n’est pas totalement imperméable aux thèmes lancés par JM Blanquer qui sont liés au nouveau management public. Il n’assume pas une rupture idéologique totale avec le quinquennat Blanquer à l’exception de la formation des enseignants qu’est en train de mettre en place JM Blanquer qui est vivement condamnée.

Rien n’est dit sur les nouveaux programmes, très fortement modifiés par JM Blanquer de l’élémentaire au second degré et bientôt en maternelle. Rien sur l’obsession des fondamentaux qui marque le règne de JM Blanquer, rien sur l’échec des dédoublements. Rien sur la réforme de l’apprentissage de la lecture et la pénétration des associations proches de JM Blanquer. Rien même sur les établissements internationaux, une filière qui ramène l’Ecole publique à l’avant guerre.

Il est vrai que le ministre a su remarquablement communiquer sur ses réformes, dont les finalités gestionnaires sont embrumées par un discours sur la réussite scolaire qui arrive à camoufler l’école du tri accéléré depuis 2017.

Ce travail de décryptage des choix politiques du ministre semble mieux porté par Générations, la petite formation de l’éphémère ministre de l’éducation Benoît Hamon. "Tout pour l’opinion publique, rien pour les élèves", écrit dans un communiqué Générations le 7 mai. "Blanquer n’a fait que renforcer ce qu’il y a de pire dans notre système scolaire. A tous les niveaux de l’enseignement public et notamment dans l’architecture de son nouveau bac. Il met l’évaluation au centre et non les savoirs. C’est l’école des premiers de cordées, de la mise en concurrence des élèves... A cela nous opposons un autre projet social. Une école de la coopération... C’est pourquoi il faudra revenir sur ces "réformes" qui sont porteuses d’un projet de société destructeur".

La question des cadres

Si elle revient au pouvoir la gauche n’aura pas qu’à se mettre au clair par rapport à l’idéologie du nouveau management public et aux orientations budgétaires dans un pays en crise. Elle aura un dernier défi à relever. En 5 années, JM Blanquer a totalement renouvelé les cadres de l’éducation nationale. Cela concerne les directeurs de la centrale et les recteurs. Mais aussi les dasen et dasen adjoints. La formation des inspecteurs a elle aussi été prise en main. Pour effacer le quinquennat Blanquer il faudrait aussi s’attaquer à cette difficulté. Ou s’attendre à voir longtemps continuer l’oeuvre de JM Blanquer.

F Jarraud

Le programme du PS

Extrait de cafepedagogique.net du 10.05.21

 

Le projet du PS pour l’éducation, de la petite enfance aux "cités des utopies"

"Chacun le sait, le voit, le vit, mêmes les plus aveugles ou les plus égoïstes le sentent confusément (...), les inégalités et les injustices sociales sont partout et emprisonnent les plus fragiles, ou simplement les plus modestes, dans des destins écrits d’avance." C’est partant de ce constat que le Parti socialiste présente à la presse, ce 6 mai, ses propositions pour l’éducation, de la toute petite enfance à l’entrée dans la vie active, et au-delà... Ce document, d’une vingtaine de pages très denses, se garde de faire le procès de Jean-Michel Blanquer, même si les responsables du PS, interrogés par ToutEduc, parlent d’un "bilan catastrophique sur tous les plans", qu’il s’agisse "de pédagogie, de gouvernance ou de stigmatisation des familles". Il s’agit, expliquent-ils, "de penser et de panser" l’Ecole, mais seul le premier volet fait à ce jour l’objet d’une publication. Le PS pose un principe, favoriser "la coopération et l’entraide, plutôt que la hiérarchisation et la compétition".

Voici une sélection des propositions du PS

Pour la petite enfance : "Il est proposé de mettre en place, dans tous les départements, des équipes autonomes de prévention, composées de professionnels chargés du suivi éducatif des enfants confiés à la protection de l’enfance. Ils devront faire le lien avec tous les acteurs locaux de l’enfance (État, collectivités concernées, ARS, centres de loisir).

Enfance en danger : "Il est proposé d’organiser de véritables états généraux de la protection de l’enfance, précédés d’assises locales (...). L’objectif à moyen terme serait l’élaboration d’un véritable Code de l’enfance adapté à la Convention internationale des droits de l’enfant".

Santé. La politique de prévention "pourrait s’appuyer sur un grand service de prévention de la santé des enfants (SPSE) né de la fusion entre la PMI et la santé scolaire". Le document propose également "la création de nouveaux réseaux de santé mentale de proximité" qui supposent "une nouvelle coopération fonctionnelle des psychologues scolaires avec des psychologues libéraux remplissant des missions de service public".

Jeunes majeurs. "Il est proposé de rendre obligatoire la proposition par le conseil départemental d’un contrat ’jeune majeur’ aux jeunes confiés (aux services de protection de l’enfance) de 18 à 21 ans, et de façon optionnelle jusqu’à leurs 25 ans."

MNA."Il convient d’améliorer le fonctionnement partenarial entre l’Éducation nationale et les services sociaux concernant la scolarisation des mineurs non accompagnés. Faire respecter le droit à la scolarité réelle pour tous les MNA ne doit plus être une option."

Vacances. "Le droit aux vacances doit être pleinement intégré aux politiques familiales, sociales et de jeunesse de l’État", avec la création d’un "fonds national d’aide au départ afin de financer le départ des 3 millions d’enfants totalement exclus du droit aux vacances".

Ressources. Le PS demande "la création d’un minimum jeunesse, ouvert aux 18-24 ans" et qui viendrait "en complémentarité de la garantie jeunes et non en remplacement".

Citoyenneté. Le PS propose le droit de vote à 16 ans.

Europe. "Nous mettrons en place un ’Erasmus pour tous’ qui permettra à̀ chaque jeune européen de 16 à 25 ans de bénéficier d’une bourse à la mobilité allant jusqu’à 5 000 euros pour mener un projet éducatif, professionnel ou associatif dans un autre pays européen que le sien (...). Nous créerons un contrat d’apprentissage européen, valable dans les entreprises de tous les pays d’Europe (...). Nous proposerons la création d’un service civique européen."

Finalités du système scolaire. "La bataille pour l’élévation générale du niveau de formation doit faite l’objet d’un consensus national" et "s’inscrire dans la durée", ce qui suppose de "déterminer nos objectifs collectifs communs (au-delà des clivages politiques, ndlr) en matière d’éducation", puis d’engager "un débat au Parlement pour évaluer et ajuster les politiques éducatives" et d’ "accompagner ce débat d’une loi d’orientation et de programmation".

Toutefois, avant même ce débat le PS estime qu’ "une vision étroite de l’ ’élitisme pour tous’ s’est installée, qui dévalorise in fine nombre de formations et d’individus à travers une logique d’hyper-sélection des ’plus méritants’ – toujours au détriment des autres – comme si l’échec de la majorité était la condition de la réussite de quelques-uns." Il estime que l’Ecole n’est pas seulement "un lieu de transmission des savoirs et d’accès à la connaissance", qu’avec le socle commun, "son spectre s’est élargi aux compétences, valeurs et attitudes nécessaires pour réussir sa scolarité, sa vie d’individu et de futur citoyen", mais que "reste à envisager le lien avec le monde du travail". Si l’école ne doit pas former à un métier, "elle ne peut pas non plus ne former que des esprits", et elle doit "inscrire sa démarche dans la réalisation d’un parcours de professionnalisation et d’entrée dans la vie active".

Recrutement des enseignants. La réforme de Jean-Michel Blanquer (de la formation des enseignants) "allonge d’un an la préparation aux concours, met en concurrence les nouveaux instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation (Inspé) avec les universités, et transforme radicalement les stages en formation". Il faudrait "faciliter l’entrée dans le métier avec l’invention d’une formation initiale spécifique par alternance", "encourager l’accès au professorat des jeunes issus des familles populaires pour avoir un corps enseignant à l’image de la société".

Pédagogie. Pour "permettre l’autonomie pédagogique des enseignants", il faut faciliter, "par des temps de concertation pédagogique, l’appropriation conjointe entre pairs des objectifs et contenus des réformes et programmes".

Il faudrait aussi "former les enseignants aux discours sur les carrières scolaires plurielles, sur la fin nécessaire d’une conception unique de l’excellence scolaire, sur la formation tout au long de la vie dans le cadre d’une lutte plus globale contre le déclassement et la relégation."

Calendrier scolaire. "La lutte contre les inégalités à l’école devra nous conduire à ouvrir de nouvelles réflexions, notamment sur l’organisation annuelle du temps scolaire, les calendriers d’orientation, la semaine de cours au collège et au lycée notamment pour favoriser des projets en autonomie, et/ou la mise en oeuvre du projet d’établissement."

Alliance éducative. Le PS met en avant la nécessité de "passer par de nouveaux fonctionnements en réseaux de tous les acteurs scolaires, éducatifs, socio-éducatifs et médico-sociaux avec les familles et les jeunes eux-mêmes", ainsi qu’avec les acteurs de la protection de l’enfance. Cette "alliance éducative" doit se faire, "non seulement au cœur des établissements mais également aux abords des établissements". Il s’agit de "faire de chaque établissement et de ses abords un ’écosystème de réussite scolaire et bien- être éducatif’ avec un travail partenarial renforcé entre l’Éducation nationale et les collectivités locales". Le document propose "une mise en réseau des établissements au sein de bassins de formation".

Mixité sociale. Le PS propose de conduire simultanément une "pédagogie de la mixité", puisqu’il faut "expliciter partout et à tous les coéducateurs – parents et professionnels – pourquoi, et surtout comment, la mixité est un levier plutôt qu’un frein à la réussite scolaire de chaque élève", et une "pratique de la mixité" au sein de "tous les établissements concourant au service public d’éducation" (donc également le privé sous contrat, ndlr).

Education prioritaire. Le PS propose "d’organiser des ’assises de l’éducation prioritaire’ dès l’automne 2022" pour "élaborer avec les acteurs de terrain un nouveau référentiel permettant d’actualiser la cartographie des établissements prioritaires, les moyens nécessaires, les pédagogies et les évaluations adaptées".

Enseignement supérieur. Il faudrait "porter à 60% d’une classe d’âge les diplômés du supérieur" et "remplacer ParcoursSup par un nouveau parcours d’orientation plus respectueux du projet personnel des jeunes". Il faudrait aussi augmenter le financement par étudiant à l’université "par rapport à ceux des autres formations du supérieur et en particulier des CPGE".

Il faudrait aussi "repenser le premier cycle universitaire pour lutter contre l’échec, en améliorant le continuum pédagogique (Bac -3 Bac +3)".

Utopies. Le PS propose "un plan Etat – région de développement des actions de ’culture scientifique, technique et industrielle" avec comme objectif au moins une "cité des sciences et des utopies" dans chaque département.

Adultes. Il faudrait "ouvrir les locaux des établissements d’enseignement hors horaires scolaires pour accueillir des activités de formation pour adultes, dont le soutien à la parentalité". Il faudrait également "valoriser les possibilités de retours en formation, de changement d’orientation tout au long de la vie".

Extrait de touteduc.fr du 06.05.21

 

Le précédent document du PS "Pour un rebond scolaire et éducatif", coordonné par Yannick Trigance (27 p.), a été présenté le 16 juin 2020

EXTRAIT (page 17) :

La période de confinement et la reprise des cours, en dépit de l’investissement des
enseignants et des collectivités locales, ont été particulièrement préjudiciables pour
les élèves scolarisés en REP et en REP+. Les conditions de logement, le manque de
ressources dans l’univers familial, et l’absence de matériel ont eu des répercussions sur les apprentissages scolaires de ces élèves. Pour remobiliser les élèves et les équipes pédagogiques, des moyens supplémentaires devront être engagés, en particulier dans les classes charnières.

Propositions
Le Parti socialiste demande :
Des moyens d’enseignement supplémentaires pour développer le co-enseignement et l’accompagnement éducatif dans les établissements REP et REP + dès septembre 2020.
Un moratoire sur les fermetures de classes et en milieu rural
Le Parti socialiste demande également que la prime dite « REP » soit également versée aux AED et AESH comme Jean-Michel Blanquer l’avait laissé espérer à la rentrée 2018.

Voir aussi Les propositions du parti socialiste pour l’éducation prioritaire : relancer le "plus de maîtres" en réallouant une partie des moyens affectés aux classes dédoublées (Libération)

Voir la sous-rubrique Educ. prior. Positions politiques

Voir aussi
Pour une Education au cœur des politiques publiques. Contribution thématique. Congrès de Villeurbanne 2020

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