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Au sommaire de Fenêtres sur Cours du 28 mars 2017 : un dossier sur la pédagogie différenciée et un reportage sur les rythmes scolaires dans écoles REP+ à Lille

11 avril Version imprimable de cet article Version imprimable

Fenêtres sur Cours n° 434

Au sommaire de ce numéro :

- A LA UNE : Pédagogie différenciée, c’est ouvrir les bonnes portes
- L’ENFANT A L’ÉCOLE : Violence aux enfants, briser les tabous
- ACTUS : L’école privée cherche le public
- GRAND ANGLE : A Lille, les rythmes scolaires face à la fronde
- DOSSIER : Pédagogie différenciée, c’est ouvrir les bonnes portes
- MÉTIER : AVS, des personnels indispensables
- RESSOURCES : Les J.O. à la sauce catalane
- AUTOUR DE L’ÉCOLE : Enquête « J’aime mon travail, oui mais… »
- GRAND INTERVIEW : Florian Mazel, historien

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A Lille, les rythmes scolaires face à la fronde

La ville de Lille a mis les moyens dans la mise en œuvre des nouveaux rythmes mais la particularité du samedi matin comme cinquième matinée d’enseignement provoque des remous. Un collectif de parents et de nombreux conseils d’école demandent une nouvelle organisation de la semaine.

[...] Sur ce point, les écoles [REP+] Bichat et Littré, dans le quartier très populaire du Faubourg de Béthune, font figure de bonnes élèves avec des classes quasiment au complet le samedi matin, « Du moment où cela a été adopté, on a tout fait
pour que ça fonctionne », explique le directeur de l’élémentaire Xavier Dumont, « Sans rien faire d’exceptionnel ». Ici pas de présentations aux parents comme ailleurs, mais « des apprentissages dans une ambiance particulière, plus détendue » et des rencontres facilitées avec les parents.
Les débats ont traversé l’équipe comme ailleurs mais finalement eux souhaitent maintenir le système actuel. Tout comme les centres sociaux qui ont gardé leur mercredi avec le budget et les animateurs inhérents, « La fréquentation du centre le mercredi est restée la même », signale Véronique Cormont directrice du CS Mosaïque. « S’il y avait école le mercredi, ce serait beaucoup plus compliqué ».
Dans ce débat mercredi / samedi, chacun campe donc sur ses positions, « Et cela a
occulté une réflexion de fond sur le rythme de la semaine et de l’année scolaire », regrette Anne Goffard, présidente de la FCPE Nord.
Même constat à la maternelle [REP+] Bichat : « Nous avons préféré remonter des demandes d’aménagement sur la semaine », précise le directeur Olivier Delrue. L’école aimerait dissocier les rythmes des tout-petits et des grands, gagner un quart d’heure de plus le matin pour avoir une après-midi entière de NAP, « Cela deviendrait difficile de rester gratuit pour les familles », prévient l’ajointe au maire. Comme dans un jeu de dominos, chaque mouvement enclenche une cascade de conséquences humaines, financières.
Alors, à un mois du premier tour des présidentielles, quel sera le devenir de cette réforme ? Nombre de mairies, comme à Lille, préfèrent attendre et laisser le jeu en place.

[p. 12]
Pédagogie différenciée c’est ouvrir les bonnes portes

Tenir compte de la capacité de chaque élève à entrer dans les apprentissages, sans baisser les exigences et sans pousser à une individualisation qui remette en cause la gestion du groupe classe, c’est tout l’enjeu de la pédagogie différenciée.

Comment s’y prendre ? « Quelles compétences en gestion de classe les enseignants doivent-ils maîtriser pour mettre en place une différenciation efficace ? Quelles pistes concrètes proposer pour adapter les situations d’apprentissage ? Comment former les enseignants à l’évaluation au service de la différenciation pédagogique ?
Quels sont les effets de la différenciation pédagogique sur les dimensions cognitives et socio-affectives ? » Voici quelques-unes des questions auxquelles les chercheurs invités par le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco), étaient censés apporter des réponses lors de la 4e conférence de consensus sur la pédagogie différenciée qui s’est déroulée à Paris les 7 et 8 mars derniers.

La pédagogie différenciée est perçue comme un outil permettant de prendre en compte de manière spécifique la capacité de chaque élève à entrer dans les apprentissages pour amener l’ensemble du groupe classe vers la réussite.« Pas deux élèves ne progressent à la même vitesse, n’utilisent les mêmes techniques d’étude, ne résolvent les problèmes de la même manière, ne possèdent le même répertoire de comportements, ni le même profil d’intérêt », a fait remarquer Alexia Forget, chargée d’enseignement à la faculté de psychologie et de sciences de l’éducation à l’université de Genève. Des documents d’accompagnement discrets sur le sujet.

Mais le jeu en vaut-il la chandelle ?
La première question à se poser est sans doute de savoir quel peut en être l’impact. Selon les enquêtes internationales citées durant la conférence, l’organisation flexible et temporaire au sein de groupes hétérogènes, de groupes homogènes en fonction du niveau de maîtrise, a produit des effets positifs pour tous.
Reste quand même à passer de la théorie à la pratique en classe, ce qui n’est pas toujours facile. Souvent les enseignants, surtout les plus inexpérimentés, font part de leur désarroi face à des classes hétérogènes.
Pédagogie différenciée, différenciation pédagogique, enseignement différencié, quel que soit le nom qu’on lui donne, prendre en compte les différences entre les élèves est clairement une injonction institutionnelle. Les nouveaux programmes sont explicites à ce sujet, mais dans le même temps ils n’outillent pas vraiment les enseignants. Les documents d’accompagnement de 2016 restent bien discrets. Seule la partie consacrée au cycle 3 aborde le sujet dans le domaine de la lecture et de la compréhension de l’écrit (lire p16). Dès lors, la question de la formation des enseignants, qu’elle soit initiale ou continue, est posée.

Pour le SNUipp-FSU, il est essentiel de s’appuyer sur l’expérience des professionnels de terrain, sur les apports de la recherche et sur les travaux des mouvements pédagogiques (lire p13). Cela ne peut se faire tout seul. Dominique Bucheton, professeure honoraire de l’université de Montpellier, pour qui différencier appelle un changement de posture professionnelle, en atteste. « Il faut réformer en profondeur la formation des enseignants. Il y a des travaux en psychologie sociale, en sociologie
que nombre d’étudiants n’ont jamais rencontrés. Par exemple la question de la démocratisation réelle peut rester une formule creuse si on n’y réfléchit pas en profondeur », affirme-t-elle (lire p.17).

Être au clair avec les enseignements conduits
Différencier, c’est savoir éviter des pièges, en particulier celui de faire un enseignement à la carte. « Il est important de garder les mêmes exigences pour tous, de ne pas simplifier la tâche au point de les faire passer à côté des compétences visées. Par exemple, si on propose en début d’année à des CE1 petits lecteurs des supports de CP, cela doit évoluer afin qu’ils rejoignent rapidement les autres. Il faut veiller à ne pas creuser encore les écarts », souligne Sabine Khan, professeure en sciences de l’éducation à l’université de Bruxelles (lire p14).
Pour faire de la pédagogie différenciée, il faut être au clair avec les enseignements
conduits, repérer ce qui peut être simplifié sans modifier les compétences visées, utiliser les outils appropriés comme le plan de travail qui favorise une consolidation
des enseignements autogérée par l’élève, avec des tâches communes à tous mais dont l’ordre et le rythme sont libres ; le tutorat entre élèves ou la table d’appui qui évitent la stigmatisation et suscitent l’entraide ; le faire-faire, le faire-dire, l’enseignement explicite, l’autonomie, autant de pratiques à mettre en œuvre et à maîtriser. Sans oublier de programmer une diminution progressive des aides apportées pour que les élèves gagnent peu à peu en autonomie.

Pas de méthode clé en main
Si le concept de différenciation est apparu dans les années 70 (lire p14), Célestin Freinet, bien avant, en a fait l’une des clés de sa méthode puisque les apprentissages partent des projets des élèves avec des textes, des exposés ou des recherches pour réussir à construire un collectif de travail capable d’amener tout le monde aux plus près des compétences attendues. Ce sont ces préceptes autant que
ces outils qui sont utilisés à l’école Grimault à Rennes (Ille-et-Vilaine). Pierrick Descottes a mis en place dans son CM1-CM2 une personnalisation des parcours, notamment grâce au plan de travail (lire p15). « L’idée est de ne perdre personne en chemin. Charge à moi ensuite de pousser certains élèves à aller plus loin quand je les sens prêts. » Ainsi résume-t-il le projet de cette école située dans un quartier politique de la ville : « d’abord raccrocher les élèves les plus distants socio-culturellement des exigences scolaires ».
Faire de la différenciation ne suppose pas nécessairement d’appliquer à la lettre les principes de la pédagogie Freinet. À l’école de Menglon dans la Drôme, Isabelle Chaffois qui enseigne aussi en CM1-CM2 a réfléchi à des parcours afin de gérer l’hétérogénéité de sa classe. « Il n’y a pas de méthode clé en mains », explique-t-elle « Pour chaque notion il a fallu imaginer un parcours différencié, en plusieurs étapes, prenant en compte l’hétérogénéité des élèves, c’est un travail très long », explique-t-elle, mettant ainsi le doigt sur une donnée essentielle : pas de pédagogie différenciée sans maîtrise des enjeux didactiques (lire p16)

Lire le numéro (32 pages)

Extrait de snuipp.fr du 28.03.17 : Fenêtres sur Cours n° 434

P.-S.

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