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"Habiter l’école. Lieu ouvert, lieu fermé", revue Diversité n° 179, 1er trimestre 2015. Le compte rendu de Tout Educ

26 mars 2015 Version imprimable de cet article Version imprimable

Habiter l’école, lieu ouvert, lieu fermé ?
Diversité n° 179, 1er trimestre 2015

Aborder la question de l’école par le prisme de l’« habiter » permet d’interroger les relations entre la forme et les usages ; entre l’architecture et la transmission des savoirs. Ouverte et/ou fermée, l’école est-elle un laboratoire social, autrement dit un observatoire des relations sociales, ou une des manières d’en élaborer d’autres, et lesquelles ?

Ce numéro de Diversité s’adresse à un public large, aux « habitants » propres de l’école, mais aussi aux « habitants » extra-muros, et notamment les acteurs de la politique de la Ville et des collectivités locales, les associations ou encore les parents. Il s’agit de mettre en avant les liens et les interactions entre les lieux, leurs habitants, et les usages divers qu’ils peuvent en faire.

Voir la présentation et le sommaire du numéro

 

Le compte rendu de touteduc.fr du 31.03.15 : "Habiter l’école", qu’elle soit belle ou non... (Revue Diversité)

"Il y a des écoles dans tous les quartiers, dans tous les villages et dans toutes les villes (...) et chacune d’elle est unique." Comment comprendre cette articulation entre le commun et le particulier ? tous les établissements scolaires répondent, sauf exception, à certaines normes uniformisantes, implicites parfois, et tous sont singuliers, ont leur personnalité, qui influe sur la vie scolaire. C’est à cette contradiction que s’attache le dernier numéro de la revue Diversité, titré "Habiter l’école". Le rédacteur en chef, Régis Guyon, part en effet d’un constat simple. "Les habitants de l’école passent certes du temps en classe", mais ce n’est qu’une partie de leur temps. Il faut aussi compter avec les "espaces de transition que sont par exemple le réfectoire, les toilettes, les couloirs (...)"

De plus, comme l’écrivent Sophie Levrard et Julie Delalande (université de Caen)," l’école, en France, a toujours été la construction d’un univers séparé pour l’enfance", les responsables "ont voulu créer un sanctuaire protecteur". Mais les réformes successives "témoignent d’une ambivalence entre un désir d’ouverture sociale grandissant et une volonté de protection". Peut-on, dans ce contexte hésitant, "(re)mettre les habitants au centre du jeu" pour "penser l’école autrement, l’appréhender dans sa globalité en la repositionnant comme un lieu de construction d’une citoyenneté partagée, de dialogue et de médiation, porteuse d’une culture commune" ? demande encore Régis Guyon.

Des W-C, des grottes, un couloir secret et des jardins...
Pour Michel Lussault (géographe, président du CSP, Conseil supérieur des programmes), il y aurait d’ailleurs "une vraie réflexion à conduire sur l’architecture scolaire qui, en France, a beaucoup évolué, en particulier depuis les lois de décentralisation. Avec la prise en charge de la maîtrise d’ouvrage des projets de bâtiments scolaires par les collectivités territoriales et la modalité propre du concours, on a, dans une certaine mesure, désinstitutionnalisé l’architecture scolaire. Ce qui n’est pas forcément un bien", l’école n’est pas "un lieu de vie comme les autres".
Mais dès lors se pose une autre question "Qu’est-ce que l’école, en tant qu’institution, est capable d’apprendre de la manière dont les enfants, leurs parents, les enseignants, l’ensemble des parties prenantes de l’éducation habitent, conçoivent leur habitation ?". La reforme des rythmes scolaires a bien montré la difficulté "à croiser les préoccupations des enseignants, des collectivités, des parents, des acteurs de l’éducation péri ou parascolaire".

Et pourtant, il est possible de prendre en compte les besoins des premiers des acteurs concernés, les enfants. "À la fin des années 1970, Jean Renaudie a réalisé l’école Einstein, à Ivry-sur-Seine" après avoir discuté avec eux. "Ils avaient en particulier demandé qu’il y ait un w.-c. avec un évier dans la classe. La raison était simple : quand ils avaient envie de faire pipi, ils voulaient y aller tout de suite sans quitter la classe (...) cela permettait aussi aux enfants d’avoir des w.-c. propres, où ils n’étaient pas agressés par les autres, etc. Mais c’était une révolution, et il a fallu faire preuve de beaucoup de conviction pour faire accepter cette idée. Également, les enfants voulaient des grottes, et un couloir secret ! Dans l’école Einstein, il y a des grottes qui fonctionnent très bien (...) plus de trente ans après (...) Ils voulaient aussi des jardins… Il y a donc un jardin d’hiver à l’intérieur de chaque classe, avec de grandes verrières."

L’école s’éloigne de son modèle initial, la caserne ou le couvent
L’architecture permet des révolutions pédagogiques. Emmanuelle Marquez (ESPE de Versailles) va très loin et demande, "Que serait une école sans classe ?" Cette école existe, à Trébédan, dans les Côtes-d’Armor où les enseignantes, le maire et les habitants ont voulu "renforcer le rôle social et culturel de l’école", "faire l’école d’une autre façon", et ont travaillé avec un artiste-designer et un architecte qui ont créé des "espaces intimes et pédagogiques", d’autres partagés "comme la bibliothèque-cyberspace, accessible au public en dehors des heures de cours", et un nouveau mobilier scolaire. L’école sera livrée dans quelques jours.

Comme le remarquent Sylvie Brossard-Lottigier et Christophe Lottigier, toutes les écoles "respectent les mêmes normes de surface, d’éclairage et de sécurité" et pourtant "chaque école est à l’image des enfants qui y ont grandi, y ont découvert leur corps et le grand monde, les confondant tous deux". Mais, ajoute Marie Musset qui compare les architectures scolaires de plusieurs pays, "l’école s’éloigne peu à peu de son modèle initial, c’est-à- dire celui de la caserne ou celui du couvent. Les écoles nordiques sont ainsi souvent de plain-pied (...), nombre de cours de récréation sont tout simplement de grands prés, voire des clairières. Si l’on suit les préceptes des ’écoles de la forêt’ familières aux pays nordiques, on pourra se salir à sa guise, parfois même grimper aux arbres" !

Y habiter malgré l’architecture

Mais, prévient Alice Giralté (chargée de mission à la mission ministérielle de prévention et de lutte contre les violences en milieu scolaire), "l’architecture ne peut pas créer à elle seule un climat favorable (...) Elle peut y contribuer en étant un appui aux pratiques pédagogiques, aux projets, à la socialisation des élèves et des adultes, ou encore en s’intégrant parfaitement dans le paysage urbain ou rural. À l’inverse, elle peut être un frein ; mais, là aussi, elle ne peut jamais être la cause unique d’un climat scolaire dégradé."

La revue donne donc la parole à plusieurs acteurs et observateurs qui décrivent comment sont habités les lieux tels qu’ils sont, indépendamment en quelque sorte de leur architecture. Stéphane Bonnery (Paris-VIII) explique ainsi comment fonctionne une "école implantée dans la cité gitane d’une ville méridionale" et comment cohabitent les logiques des parents, qui attendent de l’institution qu’elle donne à leurs enfants les moyens de se débrouiller dans le monde des "Payos", mais pas davantage, et celles des enseignants, comment se mettent en place des "frontières matérielles et institutionnelles". Quand à Sophie Levrard et Julie Delalande, elles évoquent la mise en place de la réforme des rythmes scolaires avec pour titre cette belle parole d’enfant, "Mon école, c’est pas que je la trouve pas belle, c’est qu’on est ensemble"...

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