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Un dossier de la revue Diversité (janvier – avril 2018) sur le "territoire apprenant"

3 février 2018 Version imprimable de cet article Version imprimable

Additif du 15.02.18

Les territoires peuvent-ils être "apprenants" ? (Revue Diversité)

A quelles conditions peut-on parler de "territoires apprenants" ? "On ne compte pas le nombre de collectivités qui font de cette expression un usage immodéré" et l’institution scolaire elle-même s’en est saisie, parlant d’ "établissements apprenants", de "réseaux apprenants", d’ "académies apprenantes" et même de "société apprenante", fait remarquer Régis Guyon dans l’éditorial du dernier numéro de la revue Diversité. Le géographe Michel Lussault estime d’ailleurs que "ces questions d’espace ou de territoire ’apprenant’ relèvent pour l’instant d’une sorte d’intuition". Ces expressions permettent de désigner ce "quelque chose" que produisent les interactions entre les acteurs et leur environnement, un "quelque chose" qui est "très difficile à objectiver".

Plusieurs des articles de la revue en donnent pourtant une image sensible. C’est ainsi qu’un enseignant et la principale d’un collège d’un bourg jurassien expliquent comment les élèves de 4e ont convié les élus de la communauté de communes de "la Petite Montagne" pour leur présenter les résultats d’une enquête qu’ils avaient menée auprès de leurs populations, sur leurs attentes en matière de développement durable local. "Cette consultation a abouti à la rédaction de contrats engageant les communes à agir durablement (...) Les élus ont entendu cet appel et des engagements signés par les maires ont été transmis au collège Bichat. La plupart de ces efforts concernent le domaine de l’énergie, notamment la réduction de l’éclairage public, l’isolation et le chauffage des bâtiments communaux."

Il ne s’agit pas pour l’institution de se fondre dans le paysage local, comme en témoigne Daniel Baur, instituteur de l’école de Trois Palétuviers, "un petit hameau situé à 20 km (soit 45 min en pirogue) de la commune de Saint-Georges" en Guyane. "J’ai gardé une certaine distance avec la vie du village, ce qui permet de ne pas se faire accaparer par des histoires, qui sont passionnantes, mais qui pourraient vite nous faire oublier qui l’on est, ce que l’on est et ce que l’on est venu faire (...) Une fois qu’on a su établir cette distance, on arrive à faire école, parce que c’est ce qu’on nous demande d’abord. Et on arrive à être habitant du village, parce que c’est ce que l’on demande, soi. Et c’est aussi ce que demandent les habitants du village. Cette distance n’empêche pas les échanges. Il arrive par exemple, pour les parents, qu’ils ne sachent pas parler le français. Or pour certains documents, il est nécessaire de lire et écrire le français. Il existe donc ici une école des parents, gratuite, et qui les aide pour les démarches. De l’autre côté, il y a l’enseignant qui ne sait pas toujours comment fonctionne une pirogue, comment mettre un moteur en marche, et les villageois l’aident pour installer sa pirogue, pour partir, pour rendre service, pour arroser les fleurs quand il n’est pas là…"

"Réinvestir les lieux porteurs d’échecs comme des espaces valorisants de participation, reconnaître les savoirs d’expérience de chaque acteur" ...

Dans un quartier populaire de la capitale de l’Ile Maurice, Tranquebar, le club des parents a évolué "vers une nouvelle formule, les ateliers communautaires", "portés par des mamans" et la participation aux activités proposées dans le club semble valorisante. "C’est ce qu’explique cette mère lors d’une rencontre : Les parents croyaient qu’ils ne savaient rien faire, mais à travers le club des parents et les animateurs, ils ont réalisé qu’ils étaient capables de faire du théâtre et du dessin. Ils ont pu mettre en avant leurs compétences. Ils ont également appris à exprimer leurs émotions […]. Cette participation n’est pourtant pas si simple car les rencontres se tiennent dans l’enceinte scolaire, qui renvoie souvent les parents à des situations d’échec (...) La réflexion sur le parcours initié a permis d’identifier certaines fondations utiles à cette entreprise : réinvestir les lieux porteurs d’échecs comme des espaces valorisants de participation, reconnaître les savoirs d’expérience de chaque acteur, identifier des opportunités de mise en réseau et de rassemblement en capitalisant sur les compétences des acteurs et les outils et supports invitant à la discussion (...) À nous alors de questionner la façon dont nous investissons les lieux pour qu’ils soient apprenants, pour que les acteurs les transforment et que ces transformations contribuent au développement d’un pouvoir d’agir collectif, au sein du territoire."

La notion de territoire apprenant prend aussi son sens avec le programme européen Erasmus+ quand il fait le pari que "l’ouverture de l’école sur son environnement et son territoire favorise la contextualisation des savoirs et redonne du sens à l’école". C’est également ce qu’ont vécu deux enseignants qui ont contribué à faire de leur lycée une "lab school" : "il y a trois ans, nous avons mis en place un projet ayant recours au numérique et réunissant une équipe complète, avec des objectifs communs (...) le projet nous a conduits à franchir les grilles de l’école pour partir à la rencontre d’acteurs locaux du patrimoine ou de la culture (archives, médiathèque), mais aussi de lieux historiques. Enfin, les réflexions à la fois culturelles, linguistiques et historiques débordent les cours de lettres ou d’histoire : les élèves échangent régulièrement, sur ces sujets, avec des élèves espagnols étudiant eux aussi la poésie du Moyen-Âge. Le réseau qui se construit est ainsi à la fois visible, physique, inscrit sur le territoire, et invisible, mais présent par le numérique, au bout de leurs doigts."

... "sinon, alliances et territoires apprenants ne seront que des slogans."

C’est ce qu’évoque Eric Favey (Ligue de l’enseignement), pour qui "le territoire apprenant" apparaît comme l’espace où travaillent et coopèrent les ’apprenants/sachants’ que nous sommes (…) Le territoire et les territoires nous cultivent, au sens que donne le philosophe Jean Lacroix à la culture, comme ’faite de tout ce qui permet de se situer dans le monde et d’y faire des choix’ (...) Cette ambition était déjà présente dans le projet des premiers mouvements d’éducation populaire (...) Mais les démarches étaient empiriques, fondées sur l’engagement personnel plus que sur la construction commune, reposant sur le militantisme plus que sur la formalisation (...) Le temps des alliances éducatives dans et pour les territoires apprenants est le temps de l’avenir commun possible. Sinon, alliances et territoires apprenants ne seront que des slogans."

Pierre Champollion et Catherine Rothenburger font d’ailleurs remarquer que "de plus en plus nettement aujourd’hui – dans l’enseignement agricole, par exemple, où les textes officiels le préconisent clairement depuis 1985 –, le territoire est ’appelé’ à devenir un ’acteur’ éducatif à part entière", mais que, dans les écoles rurales, de nombreux enseignants "expriment beaucoup de difficultés professionnelles, génératrices de bouleversements identitaires, liées à la fois à la structure multicours, à l’absence de pairs, à l’inadéquation de la formation initiale et à la charge de travail liée à la fonction de direction. Ces difficultés (...) mettent à mal leur sentiment d’efficacité personnelle, voire de compétence, et (...) elles peuvent conduire à une forme de repli sur soi, que l’on retrouve chez des personnes qui ’ferment la porte’ au territoire". A l’inverse, d’autres, "au fur et à mesure qu’ils se territorialisent, prennent de la distance par rapport aux prescriptions institutionnelles, aux programmes".

Une cour d’école peut-elle être le square du quartier ?

Olivier Klein (maire de Clichy-sous-Bois) estime pour sa part "qu’il faudrait vraiment que l’école soit désacralisée et ouverte aux habitants du quartier". Il prend l’exemple des écoles maternelles qui disposent de jeux dans leurs cours. "Dans ces mêmes quartiers, on peut avoir des habitants qui se plaignent de l’absence d’un square. Pourquoi n’avons-nous pas réfléchi suffisamment en amont sur les questions de sécurité, de manière à ce que cette cour d’école puisse devenir, pendant le week-end, le square du quartier ?"

En effet, si les diverses contributions de ce dossier hésitent entre deux notions, la place de l’école dans le territoire et le "territoire apprenant", elles se rejoignent lorsqu’il s’agit de tisser des liens entre l’école et les habitants d’un territoire.

Revue Diversité, "L’expérience du territoire, apprendre dans une société durable", Réseau Canopé, 15€

Extrait de touteduc.fr du 14.02.18 : Les territoires peuvent-ils être apprenants , (revue Diversité)

 

L’EXPÉRIENCE DU TERRITOIRE
APPRENDRE DANS UNE SOCIÉTÉ DURABLE
N° 191, janvier – avril 2018, 168 pages - 15,00 €

ISSN 1769-8502 / ISBN 978-2-240-04493-8 / Réf. W0002830

L’expression « territoire apprenant » rencontre un écho très fort dans le champ éducatif ces dernières années. S’il est difficile d’en trouver une définition stable et définitive – tout comme pour « intelligence territoriale » ou « ville éducatrice », qui y réfèrent –, son émergence s’inscrit dans un mouvement constant, depuis les années 1980, de territorialisation et de développement territorial de l’action publique. Le territoire se retrouve ainsi au centre d’une tension qui redéfinit le champ éducatif entre, d’un côté, la multiplication des acteurs éducatifs, tous légitimes mais parfois en concurrence et, de l’autre, la nécessité de penser le territoire comme une ressource indispensable pour impulser des projets éducatifs.
Ce numéro de Diversité propose d’explorer comment le territoire apprenant est une manière de mettre au jour les continuités et les porosités, mais aussi les ruptures et les frontières, au sein d’un territoire, en matière d’éducation.

Abonnement, 3 nos/an : 34 € / 44 € étranger

Sommaire

Éditorial / RÉGIS GUYON
• ENTRETIEN AVEC BERNARD STIEGLER
« Proposer à l’ensemble du territoire de devenir progressivement un laboratoire »
• ENTRETIEN AVEC MICHEL LUSSAULT
« Mettre l’expérience extrascolaire en lien avec la pratique scolaire »
• ENTRETIEN AVEC DOMINIQUE BOURG
« Le citoyen est au cœur de la démocratie comme de l’environnement »

1. Qu’est-ce qu’un territoire apprenant ?
• Habiter, c’est (aussi) savoir
Olivier Lazzarotti
• La sociologie au service de la citoyenneté des élèves
Bernard Lahire
• ENTRETIEN AVEC JEAN-FRANÇOIS CARON
« Le territoire apprenant, c’est le lieu qui permet à l’individu d’aller vers la sphère publique »
• À la découverte du « milieu », avec Mabel Barker
Thierry Paquot
• ENTRETIEN AVEC YVES HELBERT
« Les CAUE sont des plateformes de dialogue, de concertation entre les différents acteurs des territoires »
• Apprendre par et pour les territoires
Éric Favey
• Éducation et territoire. De la didactique du territoire au territoire apprenant ?
Pierre Champollion, Catherine Rothenburg
• Territoire, apprentissages et cocréation
Margarida Romero
• TÉMOIGNAGE / L’Eure-et-Loir : des territoires apprenants ?
Nicolas Le Luherne

2. Les habitants du territoire comme ressources
• Des « cités éducatives » pour arrimer les cités à la République ?
Vincent Léna
• ENTRETIEN AVEC OLIVIER KLEIN
« L’école ne doit pas être un sanctuaire mais un lieu d’expérimentation »
• Mixité sociale à l’école. Quelles interactions avec les territoires ?
Étienne Butzbach
• Entre craintes et célébration. Élever son enfant en contexte de mixité sociale
Clément Rivière
• TÉMOIGNAGE
Debout Tranquebar ! Une école rayonne grâce aux parents
Émilie Carosin, Angélique de la Hogue, Nathalie Philogène
• TÉMOIGNAGE / « Alter Égaux », ou la recréation d’un territoire
Renaud Antal, Agnès Vrinat-Jeanneau, Frédéric Miquel
• ENTRETIEN AVEC ALAIN AYONG LE KAMA
« La question de l’adaptation de l’éducation dans les territoires reste cruciale »
• ENTRETIEN AVEC DANIEL BAUR
« L’école est au service d’une population auprès de laquelle elle a été placée »

3. Le territoire pour apprendre
• ENTRETIEN AVEC JEAN-FRANÇOIS CHANET
« Le territoire est à la fois une ressource, et un défi à relever tous les jours »
• Territoires apprenants, la pédagogie à l’épreuve du terrain
Luc Gwiazdzinski, Guillaume Drevon
• TÉMOIGNAGE / Démarche prospective et empowerment dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais
Aurélien Gack, Gabriel Kleszewski, Natalie Malabre, Dimitri Saputa
• TÉMOIGNAGE / Territoires de proximité, territoires apprenants
Émilie Dhénin, Élisabeth Lignier
• TÉMOIGNAGE / Penser les territoires de demain en classe de seconde
Pascal Mériaux
• TÉMOIGNAGE / Un établissement apprenant sur un territoire nouvellement dessiné
Fanny Egger, Yves Leblanc
• TÉMOIGNAGE / Vers un collège pédagogiquement durable
David Chappez, Claudine Bride
• TÉMOIGNAGE / Territoire, communs et développement durable : faire bouger les lignes !
Nathalie Bain, Annaïg Collias
• TÉMOIGNAGE / Le FORUM pédagogique. Le territoire apprenant à l’échelle d’un « réseau monde »
Julie Higounet

Postface
Catherine Bizot

 

Extrait de reseau-canope.fr : L’expérience du territoire (avec le texte intégral de l’éditorial)

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