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Qu’est-ce qu’enseigner aujourd’hui ? Administration & éducation, n°168, 2020/4

8 décembre 2020 Version imprimable de cet article Version imprimable

Administration & éducation
Qu’est-ce qu’enseigner aujourd’hui ?
– n° 168 – 2020/4
Coordonné par : Monique Chestakova et Pierre Pilard

« Qu’est-ce qu’enseigner ? » n’est pas une question nouvelle, elle alimente depuis des décennies des réflexions, des recherches, des débats, des polémiques. Les approches en ont été diverses : regard universitaire des sciences de l’éducation, de la sociologie, de la psychologie au sens large, de la pédagogie et de la didactique bien sûr, regard de l’opinion, de la presse et du grand public, regard des acteurs eux-mêmes dans la diversité de leurs métiers et de leurs fonctions, regard des partenaires associatifs, regard des élèves également – rarement métier n’aura été autant radiographié.

Enseigner est bien un métier complexe, en interaction avec de nombreux acteurs d’éducation, avec un système éducatif, avec une société toute entière, avec le monde comme il va.
Nous l’aborderons dans sa réalité professionnelle la plus concrète, celle de ses pratiques, en les faisant dialoguer avec les valeurs et les représentations qui les animent ou qu’elles interrogent, et celle des personnes qui portent l’acte d’enseigner, en explorant leurs postures, leurs modalités de travail et leurs outils, leurs valeurs et leurs objectifs, à tous les niveaux, de l’école au lycée.
« Qu’est-ce qu’enseigner ? », une question familière et récurrente donc, que l’année 2020 aura toutefois mise en relief de façon spécifique.
Quelles sont les valeurs et les objectifs que porte l’acte d’enseigner ?
En quoi convient-il aujourd’hui de réaffirmer sa composante relationnelle ?
Quel regard avons-nous sur la diversité des pratiques d’enseignement à l’œuvre aujourd’hui ?

Sommaire

Éditorial
MONIQUE CHESTAKOVA, PIERRE PILARD

Qu’est-ce qu’enseigner : une identité professionnelle en questionnement
Le métier d’enseignant : une alchimie à reconstruire
FRANCOIS DUBET

Enseigner : entre prescription et autonomie, un métier en tension
OLIVIER MAULINI, MANUEL PERRENOUD

Enseigner dans le secondaire à l’heure des incertitudes : entre prescriptions institutionnelles et invention de son métier au quotidien
AZIZ JELLAB

Images du métier et prise de parole d’enseignants
JEAN FRANCOIS THEMINES

Enseigner : Une identité professionnelle à l’épreuve du confinement
LUC RIA, FREDERIQUE MAUGUEN

Qu’est-ce qu’enseigner : objectifs et valeurs

Enseigner l’histoire, des savoirs au service des valeurs
BENOIT FALAIZE

Enseigner, transmettre, construire des savoirs
ALAIN BOISSINOT

Enseigner à l’heure de la post-vérité
EIRICK PRAIRAT

Enseigner : À quelles fins ?
ALAIN MICHEL

Qu’est-ce qu’enseigner : diversité des pratiques

Apprendre à résister aux automatismes de pensée : un exemple de l’apport des sciences cognitives à la compréhension des mécanismes cognitifs impliqués dans les apprentissages scolaires de l’élève
GREGOIRE BORST

Apport des sciences cognitives : penser différemment l’enseignement
JEAN LUC BERTHIER

Enseigner c’est apprendre
EMILIE DECROMBEQUE

Enseigner : la classe repensée
EMMANUEL ALBERT

Que signifie « enseigner » en maternelle ? Une organisation et des gestes professionnels conditionnés par l’âge des « enfants-élèves »
SYLVIE PLANE

Professeur à l’école maternelle : un enseignant à part entière, et entièrement à part ?
VIVIANE BOUYSSE

Pratiques enseignantes à l’école élémentaire : les apports des enquêtes Talis et Epode 2018
LAETITIA LONGHI

La part de l’enseignement à l’université : le cas des formations en écriture créative
ANNE MARIE PETITJEAN

Enseigner à l’Université : Comment faire naître un collectif de savoirs intelligents
CATHERINE POMEYROLS

Qu’est-ce qu’enseigner : un métier de mise en relations

Apprendre ensemble à enseigner : créer des dynamiques collectives et durables de développement professionnel en établissement scolaire
CATHERINE MARY

L’enseignant relationnel : Un enjeu de métier et de formation
ANNE BARRERE

La qualité du service public d’éducation, suspendue à la capacité des enseignants à relever des défis relationnels quotidiens
CHRISTOPHE MARSOLLIER

Faut-il mettre l’empathie au cœur de l’enseignement ?
CATHERINE GUEGEN

Enseigner avec les parents ?
MARTINE KHERROUBI

Extrait de afae.fr de décembre 2020

 

Le Café pédagogique
Qu’est ce qu’enseigner aujourd’hui ?
" « Qu’est-ce qu’enseigner ? », une question familière et récurrente donc, que l’année 2020 aura toutefois mise en relief de façon spécifique". Sous la direction de Monique Chestakova et Pierre Pilard, la revue Administration & éducation (n°168) tente une réponse à cette vieille question. Abordant les questions de l’identité professionnelle, des valeurs et des pratiques elle propose une lecture du métier intéressante , varie mais qui évite les questions qui fâchent.

Si le métier enseignant fait l’objet de nombreuses études, ce numéro d’Administration & éducation, la revue de l’AFAE, fait le choix d’une réflexion un peu hors contexte sur le métier d’enseignant. Pour autant elle n’est pas sans valeur. La revue aborde les questions de l’identité professionnelle, des valeurs et des pratiques enseignantes.

Une catégorie d’enseignants est privilégiée dans ce numéro, ce sont les professeurs de maternelle. Ils ont droit à deux très beaux articles. Sylvie Plane rappelle que " enseigner à l’école maternelle ne peut pas avoir le même sens qu’aux autres niveaux scolaires" du fait de l’âge des élèves qui fait que "l’enseignement n’est jamais séparé des préoccupations éducatives". Cette particularité de la maternelle lui semble menacée. " Cette mission de l’école est contrecarrée par une pression de « primarisation » qui se marque par l’évolution des pratiques et des attentes institutionnelles. En effet, des modèles pédagogiques issus de l’école élémentaire ont été importés à l’école maternelle, notamment sous la forme du recours aux fiches comme supports d’activité des élèves, alors que leur complexité sémiotique ajoute un niveau d’abstraction et opacifie la tâche, accroissant ainsi les inégalités, selon Joignaux. Ce tropisme a été accentué par la mise en place en 2017 d’évaluations nationales à l’entrée au CP, qui a fait de la réussite à des tests sur l’apprentissage du code et les mathématiques une cible qui marginalise tous les autres apprentissages en grande section".

Viviane Bouysse parle aussi d’un "enseignant à part entière et entièrement à part". Dans les particularités de la maternelle, la place laissée aux parents et la coopération avec l’Atsem. Mais c’est surtout l’âge des enfants qui impose ’"des gestes professionnels qui pourraient faire exemple à d’autres niveaux".L’enseignant de maternelle doit observer finement dans la mesure où les enfants ne sont pas en capacité d’expression comme leurs camarades plus âgés. Il laisse plus de place à l’agir des élèves. Il gère le groupe autrement que dans les autres niveaux. Dans les qualités des enseignants de maternelle, V Bouysse souligne la patience , la créativité mais aussi la gaieté. Et c’est si bien vu !

Revenons au métier sous un angle plus général. François Dubet se livre à une analyse fine d’un métier à recosntruire. Pour lui la massification a emporté les deux grandes conceptions du métier enseignant : l’instituteur dont l’autorité venait d’une institution bien installée et le savant auxquels étaient assimilés les professeurs de lycée. Ces deux modèles sont par terre. " Là où les connaissances et le talent semblaient suffire, se posent des problèmes pédagogiques, de motivation, d’autorité, de conduite de groupe, de concurrences avec d’autres sources de culture et d’information que celles de la seule école. Mais la massification a aussi affecté l’enseignement primaire dans la mesure où il n’est plus sa propre fin puisque les élèves doivent tous réussir pour aller au collège et au lycée. Les « demandes » des parents se sont accentuées et, par ailleurs, les élèves sont aussi considérés comme des enfants singuliers qui doivent « s’épanouir »", écrit-il.

Pour lui pour reconstruire le métier il faut des "écoles professionnelles". Il appelle les établissements à devenir des "institutions éducatives" autonomes " où les enseignants partagent les mêmes méthodes, où les élèves participent à l’élaboration des règles de vie collectives, où les barrières entre le scolaire et « périscolaire » sont abolies". Par suite la "capacité à instituer" devrait "se recomposer de manière plus locales". Il en appelle à des mutations où l’institution pourrait "soutenir ceux qui bougent et dessinent ce qui sera demain leur métier et la nature de l’institution". Des établissements autonomes, une élite clairvoyante soutenue par l’institution, on a là une vision assez bien installée dans la hiérarchie de l’éducation nationale.

C’est sous un autre angle que l’article d’Eirick Prairat se détache. Il invite à réfléchir à ce que veut dire enseigner à l’heure de la post vérité. " Mais comment « l’art de raconter des conneries » a-t-il bien pu devenir une norme discursive dominante ?" se demande t’il. Avec les réseaux sociaux la fabulation est devenue une forme de communication quasi dominante. " Le doux rêve d’une société de la connaissance s’est trouvé, dès les débuts, contrarié par le cauchemar d’un monde de la bêtise et de la désinformation". Pour lui, " si l’école a pour tâche de transmettre un patrimoine symbolique et intellectuel, elle vise aussi à former le citoyen, celui qui va prendre part aux débats publics. Ces deux missions ne sont pas disjointes, car ce n’est que sur fond d’une culture commune que les controverses politiques sont possibles et utiles. La post-vérité menace donc l’école en son coeur". Il invite donc à la réaction. Et cela passe par l’apprentissage de l’art de penser. Reprenant Bronner : " « Je vois dans notre système éducatif, écrit Bronner, la volonté honorable et omniprésente de développer une forme d’autonomie intellectuelle par le doute, mais je vois trop peu ce qui me paraît la pierre d’angle de toute pédagogie : l’enseignement de la méthode »".

Anne Barrère illustre le métier enseignants sous l’angle d’un métier du relationnel. " A l’heure où les collaborations enseignantes sont un mot d’ordre général, parfois trop flou, on peut penser que c’est aussi en pensant les aléas de la relation de manière plus collective et professionnelle que la charge mentale qu’ils suscitent, parfois très conséquente, pourra se voir allégée. Ainsi, au travers des risques relationnels du métier, ce sont aussi les relations professionnelles entre enseignants qui sont interrogées ainsi que la fonction du travail en équipes".

Ce tour d’horizon limité montre l’intérêt de ce nuémro. Mais on pense aussi à tout ce qui manque. Nous sommes peut-être à la veille d’une redéfinition du métier enseignant à l’aide de Grenelle et de réforme de la formation. Le gouvernement souhaite un "nouveau métier enseignant" dont les enjeux sont peu présents dans ce numéro. Pour qu’ils y soient peut-être faudrait-il donner aux intéressés ou à leurs représentants la parole dans un numéro sur leur métier. Choisir de ne pas le faire en dit long sur la réalité du métier.
François Jarraud

Qu’est ce qu’enseigner aujourd’hui, Administration & &éducation, n°168, AFAE, 2020

Le sommaire

Extrait de cafepedagogique.net du 07.12.20

 

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