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Le temps est venu de moderniser et de démocratiser l’orthographe (Observatoire des inégalités)

24 février 2023

PROPOSITION
Le temps est venu de moderniser et de démocratiser l’orthographe
L’orthographe française est parmi les plus difficiles au monde. Cela produit d’importantes inégalités sociales dès l’école primaire. Nous pouvons moderniser notre langue sans la dénaturer. Les propositions du linguiste Christophe Benzitoun.

En trois décennies, le nombre d’erreurs en orthographe a presque doublé en CM2, de 10,7 à 19,4 fautes en moyenne (pour 67 mots) pour une dictée comparable, selon une étude du ministère de l’Éducation nationale [1]. Ce constat est inquiétant et nécessite une réponse forte de la part des pouvoirs publics. Il est urgent de dépasser les clivages idéologiques, de moderniser et de démocratiser l’orthographe. Il est tout à fait possible de rendre l’orthographe française plus claire et régulière sans dénaturer notre langue.

Les éléments qui posent le plus de problèmes aux jeunes sont les accords et la conjugaison, ce qui n’est guère étonnant étant donné leur complexité dans notre langue. En effet, l’orthographe française est l’une des plus compliquées au monde et nécessite un apprentissage long et fastidieux. Il est plus difficile d’apprendre l’orthographe du français pour des personnes nées dans des familles francophones plutôt que celle du finnois, de l’italien ou de l’espagnol pour des natifs respectifs de ces langues.

Nos marques grammaticales y sont majoritairement muettes – elles ne sont pas prononcées à l’oral –, contrairement à ce qui se passe dans la plupart des langues dont l’écriture utilise un alphabet. Par exemple, le -s de inquiet-s et le -ent de demandai-ent ne se prononcent pas alors que ces marques occupent une place fondamentale. De plus, -et et -ai dans ces mots correspondent au même son alors qu’ils s’écrivent différemment. On observe le même phénomène dans le cas fréquent d’alternance entre -é et -er (chanté/chanter). Étant donné que l’on ne peut pas s’aider de ce que l’on prononce, les accords et la conjugaison nécessitent, en français, un haut degré d’abstraction et de raisonnement qui n’est pas évident à solliciter durant un travail de rédaction, surtout pour de jeunes enfants.

Pour autant, comme on l’entend souvent, nos ainés ont été capables de maitriser l’orthographe, eux. Oui, mais quelle partie des élèves ? Contrairement à une idée reçue, l’orthographe ne s’est jamais démocratisée en France. La déploration de la baisse du niveau en orthographe est une constante historique malgré un nombre d’heures consacré à son enseignement supérieur à ce qu’il est aujourd’hui. On peut trouver dans les années 1950 des témoignages sur le niveau en orthographe qui reprennent presque au mot près le constat actuel (voir encadré). Dans un rapport rédigé par la commission ministérielle d’études orthographiques datant de 1965 et présidée par Aristide Beslais, il est écrit : « De toutes parts, dans les administrations comme dans l’enseignement, on se plaint de la dégradation rapide de l’orthographe ». Jamais, tant que le certificat d’études (le diplôme de fin d’école primaire) a existé, plus de la moitié d’une classe d’âge ne l’a décroché.

Les inégalités face à l’orthographe demeurent massives. Même si les écarts semblent plutôt diminuer, les élèves scolarisés en CM2 dans les écoles les moins favorisées socialement font en moyenne 40 % d’erreurs de plus que ceux scolarisés dans les écoles les plus favorisées. Et plus du tiers des élèves défavorisés orthographient mal un mot sur trois. Les écarts se construisent très tôt dans la scolarité des jeunes et sont marqués par l’origine sociale des élèves. Or, la maitrise de l’orthographe a une influence décisive sur l’ensemble de leur parcours scolaire, puis sur leur position professionnelle.

Des solutions existent [...]

Extrait de inegalités.fr du 21.02.23

 

Voir aussi

L’orthographe lexicale du français. Système et réforme
Auteur(s) : CLAUDE Gruaz
Editeur(s) : Conseil international de la Langue Française
162 p., 20€
Année d’édition : 2023 (paru en janvier 2023)

L’orthographe grammaticale a ses unités, noms, adjectifs, pronoms, etc., et ses règles structurelles, d’accord, de position. L’orthographe lexicale ne dispose pas d’un tel cadre descriptif. Or l’orthographe lexicale peut être décrite en termes de système, système certes complexe et limité, avec ses unités et ses règles. L’analyse développée dans cet ouvrage montre en effet qu’un tiers des graphèmes répond à des règles de forte récurrence, qu’un tiers à des règles de très faible récurrence, le tiers médian étant composé de règles de récurrence variable. Ces deux derniers ensembles expliquent la complexité de l’orthographe lexicale.

En appui sur les conclusions de l’étude, l’auteur présente deux modèles de réforme de l’orthographe lexicale, liée ou non à l’usage, qui promeuvent une orthographe rationalisée, le principe fondamental étant de ne plus considérer comme faute ce qui est logique.

Une rationalisation du « système » synchronique actuel serait ainsi possible et justifierait l’acceptation d’une évolution cohérente et nécessaire sur la voie d’une orthographe plus accessible tant aux usagers qu’aux enseignants et à leurs élèves.

lien :

Extrait de veille-et-analyses.ens-lyon de février 2023

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