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Journée OZP 2017. Intervention du "grand témoin", Marie-Laure Lepetit, IGEN

8 juin Version imprimable de cet article Version imprimable

Journée OZP 2017

Intervention du Grand témoin :
Marie-Laure Lepetit, Inspectrice générale

Rappelons que Marie-Laure Lepetit est coauteure de deux rapports rendus publics fin septembre 2016 :
Publication du rapport des inspections générales de juillet 2015 : "Suivi de la préfiguration de la refondation de l’éducation prioritaire dans les REP+"
Rapport des IG : "Mise en œuvre de l’année 2 de la refondation de l’éducation prioritaire : suivi du volet pédagogique" (avec de nombreuses préconisations)

 

INTERVENTION DE MARIE-LAURE LEPETIT
OZP - Journée nationale du 20 mai 2017
Témoignage de clôture
Marie-Laure Lepetit

Je tiens à commencer par rappeler mon devoir de réserve en cette période électorale. Vous savez tous ici ce que cela implique pour moi.

Marc Douaire m’a demandé, et je l’en remercie beaucoup, d’être le grand témoin de cette journée nationale de l’OZP. Je tenterai donc de faire émerger les thèmes et points de discussion, qui ont traversé cette journée, les centres d’intérêt, les questionnements. Aussi organiserai-je mon propos à partir de mots-clés et je me permettrai, en m’appuyant sur les observations que j’ai pu mener dans le cadre de mon travail à l’IGEN depuis la refondation, d’en commenter certains.

Puisque de mot-clés il s’agit, je vais commencer par commenter l’affiche de l’OZP qui se trouve sur l’estrade. A lire ceux qui la composent, on voit bien qu’elle est une empreinte du temps, celle de la création des RAR. Certains termes sont tout à fait d’actualité (réseaux, réussite, coordinateurs…) quand d’autres ne le sont plus (professeurs référents) ou quand d’autres manquent (formation, concertation…).
Mais revenons-en à votre travail de la journée ! Les modalités d’organisation et de conduite des ateliers ont été très différentes d’un atelier à l’autre : d’un atelier-formation avec travail par petits groupes à partir de documents à l’atelier dialogué libre avec ou sans support impulsant la réflexion.

Le premier thème sur lequel je choisis de mettre le projecteur est celui de la formation, qui, comme l’a signalé Marc Bablet dans son propos de ce matin, est en plein développement qualitatif et quantitatif. Et pourtant, ce thème a été le grand absent de l’atelier consacré au premier degré. Quand Patrick Picard a posé la question : « Qu’est-ce qui va bien chez vous ? », le mot formation n’est pas apparu, ce qui l’a évidemment interpellé, d’autant plus qu’il y avait dans la salle des formateurs et formatrices dont il connaît la qualité du travail.

Sur la question de la formation, je voudrais vous exposer rapidement la recommandation à laquelle nous avons abouti à la suite de nos observations de terrain et que nous avons proposée dans notre rapport IGEN de juillet 2016, consacré au volet pédagogique de la refondation de l’EP (publié en ligne en octobre). Il convient, avant toute chose, de penser l’accompagnement des enseignants dans une mise en cohérence des temps de formation et des temps de concertation. Pour ce faire, il est nécessaire de concevoir la formation comme un temps d’apports scientifiques -que peuvent prodiguer des chercheurs, des inspecteurs, des formateurs, des professeurs…- et la concertation comme leurs déclinaisons didactique et pédagogique. Par ailleurs, à la multiplicité des sujets qui risque d’entraîner l’éparpillement, il est important de privilégier un objet de travail unique, choisi en fonction des besoins, que l’on inscrit dans la durée, de manière à donner aux équipes le temps de la compréhension, de la réflexion, de l’appropriation qui suppose des allers-retours entre expérimentations dans la classe et phases d’analyse collective réflexive.

Cette question de la formation, je souhaite par ailleurs la relier à la « reconnaissance des personnels » dont Marc Douaire et Marc Bablet ont parlé tous deux ce matin. De fait, reconnaître le travail des équipes des REP et REP+, ce n’est pas reconnaître la pénibilité du travail, comme on a pu l’entendre ici ou là au début de la refondation, mais c’est reconnaître les besoins spécifiques qu’elles ont pour aider les élèves à réussir. De fait, le traitement des difficultés scolaires, dans toute leur variété et complexité, ça ne s’improvise pas !

Le deuxième mot-clé, qui a traversé cette journée, est celui de pilotage. Marc Bablet a rappelé l’existence des trois « pilotes » en indiquant les deux manières possibles de comprendre ce mot : « celui qui aide à s’orienter », si l’on considère la métaphore maritime, « celui qui commande », si l’on prend l’acception contenue dans la métaphore aérienne. C’est clairement la première qui permet la mise en œuvre dans les REP et REP+ du concept de « réseau apprenant » : un pilotage horizontal et non vertical, pensé comme un transfert d’impulsion, avec l’intelligence de proposer les situations, structures et organisations ad hoc pour favoriser les collectifs de travail.
Dans l’atelier consacré à l’autonomie des établissements, on s’est questionné sur la difficulté que l’on avait à trouver des profils de CE pour piloter un réseau d’éducation prioritaire, et l’échange s’est conclu sur cette remarque, elle aussi à caractère métaphorique : « on pourrait si on le voulait, si l’EP était dans l’ADN de notre système !
 ».
Quant à l’IPR référent, il ne semble pas encore considéré par tous comme un « pilote », « ne serait-ce que par le fait qu’il n’est pas dans le réseau en permanence ». La fonction d’IPR référent comme pilote est pourtant désormais bien inscrite dans la circulaire et il convient de la faire vivre. De fait, elle est une réponse, un prolongement à son investissement dans la mise en œuvre des RAR, puis des ECLAIR et elle provient d’une demande forte faite lors des assises de l’EP de l’automne 2013. Néanmoins les observations que nous avons conduites montrent bien qu’il s’agit d’un « nouveau métier » qui demande à être, si ce n’est inventé, du moins défini. C’est pour cela que dans certains réseaux les pilotes ont décidé de se faire accompagner par la recherche. Et c’est pour cette même raison que, dans toutes les académies, les recteurs ont désormais rédigé des lettres de mission ou des chartes de l’IPR référent. Je vous renvoie tout particulièrement à celle de Nantes où le recteur y a même fait inscrire le temps que l’IPR doit passer dans le réseau dont il est le référent.

Troisième thème de réflexion de la journée, le dispositif « plus de maîtres que de classes ». A la question « Qu’est-ce qui va bien chez vous ? », il est ressorti comme devant être l’objet de travail de l’atelier consacré au premier degré. Dans cet atelier, Patrick Picard explique que le modèle de réseau qui lui semble vertueux est « celui qui sait former et accompagner en mettant au cœur de cet accompagnement les difficultés des élèves, et le PDMQDC en est un agent parmi d’autres ». Marc Douaire a rappelé ce matin que ce dispositif « récent », « qui a des réalités différentes », « peut produire des effets positifs » parce qu’il « amène des évolutions dans les pratiques professionnelles » et, de ce fait, peut « améliorer les résultats des élèves ».

Du côté de l’IGEN, nous avons observé dans bon nombre de réseaux, le recentrage du PDMQDC sur la classe à l’issue des formations dispensées. En effet, il facilite la mise en œuvre de l’enseignement explicite et l’acquisition par les élèves du langage d’évocation car ils sont motivés par le fait de devoir se faire comprendre d’un destinataire ignorant qu’il faut informer. Un dialogue circulaire s’installe ainsi dans la classe : les enfants parlent avec les adultes et les adultes avec les enfants.

Quatrième objet de travail, l’autonomie des établissements. Didier Bargas, qui a piloté pour l’OZP cet atelier, précise qu’aucun rapport n’indique que l’autonomie des établissements a un effet sur la réussite des élèves, propos que je rapprocherais volontiers de celui entendu dans l’atelier sur le premier degré : « il ne suffit pas de décréter l’autonomie des établissements pour que tout aille bien ! »

Il n’est pas inintéressant de constater que c’est sur la question du recrutement des enseignants que les participants ont commencé les échanges. Une première question s’est d’emblée posée : « comment un CE peut-il recruter de façon autonome des professeurs ? ». Une proviseur de l’académie de Créteil évoque alors son pilotage d’un ECLAIR en 2010 : le recrutement des professeurs sur profil, elle l’a vécu, à l’époque, comme une véritable autonomie. Ce qui est mis ici en évidence à l’occasion de cette réflexion c’est la crise du recrutement et l’iniquité qui existe sur le territoire : un établissement qui se situe dans une zone rurale éloignée ne dispose pas des mêmes ressources pour répondre à cette crise que celui qui se situe à côté d’une ESPE ! Certes « l’autonomie est forte, mais forte dans le ‘débrouillez-vous !’ », conclut un principal de REP. Est alors évoquée, comme piste de solution possible, la constitution, au niveau académique, d’un vivier d’enseignants compétents et désireux de travailler en EP, comme cela se fait déjà à Versailles ou bien encore à Lille.

Est reliée également à la question de l’autonomie des établissements celle de l’autonomie pédagogique des enseignants. Ont alors été mises en évidence les difficultés que peuvent poser aux correspondants académiques de l’EP une autonomie parfois excessive des équipes, notamment quand il leur est impossible d’obtenir de l’information pour en rendre compte de la part des pilotes de réseau, qui peuvent ne pas avoir une vision très précise de ce qui se fait dans le cadre de tel ou tel dispositif. Du côté de l’IGEN, nous avons pu constater qu’il est essentiel, pour un fonctionnement efficace du réseau, que l’autonomie pédagogique soit encadrée un pilotage pédagogique de proximité, que je définirais comme « souple et exigeant », favorisant les allers-retours entre les équipes et les pilotes pour répondre de la façon la plus précise aux besoins diagnostiqués et évaluer les solutions mises en place dans un souci de les faire évoluer dès que nécessaire. Nous l’avons observé, nous savons que ce type de pilotage existe et porte ses fruits !

Du côté du pédagogique encore, on a insisté sur le fait que l’autonomie des établissements permet de « remettre le curseur sur la pratique de classe », comme le référentiel incite à le faire, et l’on a rappelé que cette autonomie favorise la mise en œuvre du réseau, des liens entre les degrés, des parcours des élèves : les réseaux n’ont à lutter contre « aucun frein ! ».

Dernière expression-clé de cette journée, la coopération avec les parents. C’est un thème qui n’est pas nouveau : cela fait longtemps que l’on sait que la coéducation participe à la réussite des élèves. Mais la refondation de l’EP, via le référentiel, le réaffirme, et le portage institutionnel a son importance, comme le rappelle Catherine Hurtig-Delattre qui pilote cet atelier. La coéducation, explique-t-elle, nécessite là encore « cadre et souplesse ». Une souplesse qui consiste avant tout à travailler à partir de ce que les parents sont et donnent : il convient de « prendre acte de ce qu’ils sont, de ce qu’ils pensent et ensuite on voit comment on travaille avec cela ».
On a réaffirmé, dans cet atelier, l’absolue nécessité d’être constamment dans l’explicitation, même la plus fine, à savoir celle qui consiste à définir les mots que l’on emploie, pour lever les malentendus liés à l’histoire que les parents ont eue (ou n’ont pas eue) avec l’école.

La relation avec les parents relève des compétences professionnelles de l’enseignant. Mention est alors faite du référentiel de compétences dans lequel elle est inscrite. C’est pourquoi, on évoque aussi le rôle que doit prendre la formation initiale. C’est pourquoi, on souhaiterait que soient valorisés, dans leur carrière, les professeurs qui la maîtrisent.

« Premier degré », « autonomie des établissements », « coopération avec les parents » sont les thèmes que l’OZP a choisi de mettre en évidence aujourd’hui à un moment où, Marc Douaire l’a rappelé ce matin, elle demande « la sanctuarisation de l’éducation prioritaire ». Sans doute faut-il comprendre que ces focales sont, à vos yeux, essentielles dans le cadre de cette sanctuarisation. La densité et la qualité des échanges qui ont été les vôtres tout au long de la journée ne l’a pas démenti !

 

Clôture de la Journée par Marc Douaire
Marc Douaire félicite Marie-Laure Lepetit pour la qualité et le caractère dynamisant de cet exercice difficile qu’est la restitution d’une journée par un "grand témoin".

Il conclut la journée en soulignant quelques perspectives

Le temps de l’éducation, celui de l’éducation prioritaire, du travail collectif et de la formation, sont des temps longs et il y a eu déjà trop de fractures dans l’histoire de l’éducation prioritaire.
Nous porterons auprès du ministère l’exigence de continuité du dispositif, des ressources et de la nécessaire évolution du rôle des Espé.

Mais nous demandons également un renforcement du dispositif : au niveau du cycle 3, de la scolarisation des moins de trois ans, du développement de collectifs de travail (à l’image de ceux qui fonctionnent à hôpital), d’une plus grande attractivité du métier (qui dépasse l’augmentation de la prime), de la meilleure reconnaissance des fonctions spécifiques (coordonnateurs, référents, formateurs REP+...) qui ne doivent pas dépendre des alternances politiques.
Certains adversaires de l’éducation prioritaire sont à l’affût, mais si l’école publique oublie sa mission de lutte contre les inégalités scolaires, elle perd sa raison d’être.
Nous ne lâcherons rien, malgré les avancées que nous avons relevées aujourd’hui. Soyons offensifs !

Marc Douaire rappelle pour finir que l’OZP peut répondre, dans la mesure de ses disponibilités, aux invitations de équipes académiques ou de terrain.

 

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