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Salon de l’éducation 2011. Débats de l’OZP. "En trente ans, quels ont été les apports pédagogiques et éducatifs des ZEP ?" (compte rendu de table ronde)

7 décembre 2011 Version imprimable de cet article Version imprimable

Cette journée de débats OZP, intitulée "1981–2011 : 30 ans d’Education prioritaire" et organisée en partenariat avec la Ligue de l’Enseignement, comprenait deux tables rondes et un exposé
Voir le programme

Salon de l’éducation 24 novembre 2011. Débats OZP.

 

Table ronde : « 1981-2011 : 30 ans d’éducation prioritaire »

En trente ans, quels ont été les apports pédagogiques et éducatifs des ZEP à la réussite des élèves ?

Cette table ronde du matin réunissait (de gauche à droite sur la photo)

. Abdelouahab Zahri, secrétaire national de l’Andev (Association Nationale des Directeurs de l’Education dez Viles)
. Anne Armand, Inspectrice Générale de l’Education Nationale
. Brigitte d’Agostini, coordonnatrice d’Education prioritaire à Orly (Val de Marne)
. Catherine Lavauzelle, coordonnatrice d’Education prioritaire à Soyaux (Charente)
François Guillaume (OZP), animateur de la table ronde.

 

CATHERINE LAVAUZELLE s’exprime du point de vue d’un acteur de terrain qui connait bien un territoire qu’elle qualifie de ZEP de « province », composée de 7 écoles et d’un collège.
Son intervention porte notamment sur le rapprochement des cultures professionnelles entre enseignants des premier et second degré.
Elle montre tout au long de son intervention, comment, en 2004, à l’occasion de la mise en place du Plan de Cohésion Sociale et du programme Ambition Réussite les manières de travailler entre enseignants de l’école et du collège ont évolué et favorisé la mise en place de modalités de travail plus collectives.

L’ensemble des dispositifs à mettre en place, le besoin de mutualiser, les nouveaux espaces d’échanges, de négociation et de prise de décision ont nécessité un rapprochement des cultures professionnelles.
En apprenant à mieux se connaitre, les enseignants des premiers et second degré ont appris à mieux travailler en complémentarité dans le respect des compétences de chacun.
Les corps d’inspection, les chefs d’établissements et les collègues impliqués ont ainsi pu travailler davantage en confiance.
Toutes ces avancées dans la prise en charge des dispositifs ont naturellement un rejaillissement positif sur le suivi des élèves même si malheureusement l’institutionnalisation de l’individualisation pose problème et si les questions sociales et économiques restent problématiques
Pour en savoir plus (lire le texte support de l’intervention)

 

De la même manière, BRIGITTE D’AGOSTINI centre son intervention sur la question de l’évolution du regard des professeurs des écoles sur les professeurs du second degré et inversement.
Elle prend comme exemple la mise en place et l’organisation d’un projet « géométrie » à partir des observations et analyses d’un professeur référent (ici professeur des écoles intervenant en CM2 et en 6ème)
Cet enseignant du premier degré a su gagner la légitimité des collègues du collège en s’interrogeant de manière pertinente sur les raisons pour lesquelles certains élèves issus des CM2 pouvaient se trouver en échec en géométrie en classe de 6ème.

Ses réflexions originales sur la manière de « faire » de la géométrie ont permis, là encore de rapprocher les cultures professionnelles, de changer le regard des uns sur les autres pour mieux travailler ensemble, dans l’intérêt et au bénéfice des élèves.

 

ANNE ARMAND, dans la lignée des deux interventions précédentes, s’exprime sur la question des « nouvelles professionnalités » car dans les RAR, tout est en train de bouger.
Son intervention porte notamment sur les professeurs référents, véritables marqueurs des évolutions professionnelles que vivent en direct les enseignants des RAR.

En charge de réaliser des « actions à plusieurs », de les coordonner, de les analyser, les faire évoluer et même de les « auto-évaluer », les professeurs référents se trouvent en situation d’analyser des pratiques, d’observer celui ou ceux qui sont entrain de faire… bref de se trouver dans la situation d’inspecteurs.
Cette nouvelle professionnalité qui ne s’évalue ni sur le face-à-face pédagogique, ni sur la transmission des savoirs, Anne Armand la définit comme « management ».

 

ABDELOUAHAB ZAHRI, à partir de l’exemple de Nanterre, intervient sur les jeunes en situation de décrochage scolaire dans les territoires de la politique de la ville.<br<
Il montre le rapprochement sur le terrain des acteurs de l’éducation nationale et des acteurs de la politique de la Ville et comment leur acculturation réciproque est un élément favorable pour résoudre une partie des problèmes.
Même si les moyens alloués aux ZEP diminuent et même si les conditions sociales s’aggravent d’année en année dans les quartiers, pour une ville comme Nanterre, il est nécessaire que les jeunes réussissent à l’école, faute de quoi ils ne pourront prétendre accéder aux emplois qualifiés locaux qui seront pris par des jeunes venus de l’extérieur, ce qui aggravera les tensions.

La ville de Nanterre accompagne les établissements scolaires et son engagement financier, malgré la crise, est resté important.
Les démarches mises en place insistent sur l’importance de l’élaboration de réseaux entre les acteurs qui doivent être pérennisés afin de permettre un travail commun et continu sur des objectifs partagés. Elles portent aussi sur le maintien de la mixité sociale dans des collèges désertés par les « bons » élèves du fait de la suppression de la carte scolaire.

 

DEBAT

Sur la spécificité des ZEP
Anne Armand rend compte de ses nombreuses visites dans différents RAR et constate que les populations concernées et les acteurs sont dans des situations bien différentes selon qu’ils se trouvent dans des quartiers « authentiques » s’inscrivant dans un périmètre « historique » ou bien dans d’autres, au territoire non délimité, plus artificiels et sans « histoire » pour lesquels les dispositifs sont plus difficiles à mettre en place.

B. d’Agostini montre comment la combinaison, la complémentarité et l’implication des acteurs est facteur de réussite. Lorsque sur un secteur on trouve un tissu associatif dense, des enseignants novateurs et qu’en sus on a le soutien des collectivités, il va de soi que cela ne peut que favoriser la mise en place d’actions porteuses.

Sur la perte de « mémoire professionnelle » en ZEP
Anne Armand fait remarquer qu’il a toujours été difficile de s’appuyer sur ce qui s’était fait avant car, avec le renouvèlement des acteurs, se pose la question de la perte de la « mémoire professionnelle ».
Il lui semble que cela est moins vrai aujourd’hui car, dans de nombreux RAR, on constate que beaucoup d’acteurs ont laissé des traces écrites de leur travail ; et çà, c’est nouveau !

Didier Bargas (IGAENR) précise qu’il est bien difficile de trouver les traces du travail des acteurs, même hors ZEP. Les ¾ du temps des cadres de l’EN sont accaparés par le court terme au détriment d’autres tâches et les services d’études de l’EN sont à la peine. Il pense que le problème est bien plus large et que l’on recommence et réinvente sans arrêt les mêmes choses.

Marc Douaire corrobore ce point de vue. Il entend lui aussi, partout où il se rend, qu’on répète toujours les mêmes choses. Même au ministère, il apparait que les ministres ne tiennent guère compte de ce qu’ont fait leurs prédécesseurs.

Pour répondre à ce besoin, Abdelouahab Zahri indique que l’ANDEV a souhaité construire un « observatoire des politiques éducatives » avec l’appui du ministère. Sans réponse du ministère à ce jour, l’ANDEV compte prochainement mettre en place cet observatoire en faisant appel au mécénat d’entreprise.

Sur la question de l’évaluation en ZEP
Abdelouahab Zahri s’interroge sur les compétences évaluées dans le socle commun. Sa réflexion porte notamment sur certaines compétences (piliers 6 et 7) sur lesquelles les acteurs de l’éducation des collectivités territoriales pourraient sans doute, dans le cadre des PEL, avoir leur mot à dire ?

Anne Armand quant à elle met en lien les contenus actuels de l’enseignement et le principe de l’évaluation par compétences. Elle pense qu’il serait peut-être un jour possible de faire évoluer les contenus d’enseignement tout en évaluant de la même manière les mêmes compétences mais que ce n’est pour l’instant qu’une hypothèse de travail.

Sur l’évolution de la professionnalité
C. Lavauzelle reprend le terme de « management » et pense qu’on est passé d’une « pédagogie pure » vers une coordination d’équipes. Elle ajoute qu’aujourd’hui il est nécessaire pour les enseignants de rendre visible le travail fait en ZEP, que c’est une nécessité pour faire évoluer les choses lorsque les acteurs ont le soutien des collectivités et que les projets jusqu’alors confinés au ZEP peuvent s’étendre à la collectivité.
Elle livre ses réflexions sur l’acte d’enseigner qui se fait en ZEP par rapport à des « manques ». Ces manques sont importants et les combler apparait souvent une tâche insurmontables pour les collègues. Elle se demande s’il serait possible de codifier ce manque et s’interroge par exemple sur la manière de mettre véritablement les élèves au travail.

B. d’Agostini pense que ces évolutions ne sont pas simples. Elle rappelle que de nombreux enseignants sont en souffrance.

Abdelouahab Zahri signale qu’il en est de même pour les métiers des métiers des agents des collectivités en charge de l’éducatif ; ceux-ci ont été et restent en pleine évolution.

Sur le rôle et la place « du politique »
J.-C. Emin considère que le travail du politique devrait être d’organiser et de faciliter le « voulu » par les acteurs. Il se pose des questions sur la manière dont les politiques organisent tout cela au coup par coup, sans donner véritablement de lignes de force.

Quelqu’un depuis la salle relève les écarts important qu’il peut y avoir entre l’affichage de la politique nationale et ses réformes successives alors qu’on les ignore dans de nombreux endroits et qu’on y parle toujours de ZEP…

A. Armand pense qu’on doit distinguer le rôle du « politique », qui doit faire du nouveau en permanence et le rôle des acteurs qui doivent accompagner le changement.

Compte rendu rédigé par Francis Delarue

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