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Le nouveau rapport de l’Observatoire des inégalités (Le Café)

3 juin Version imprimable de cet article Version imprimable

En France, les inégalités prospèrent avec la pandémie
La crise sanitaire a révélé et creusé les inégalités en France mais le pire a été évité grâce à la conversion du président Macron au « coûte que coûte » : c’est la conclusion mesurée de l’Observatoire des inégalités qui analyse les effets de la pandémie dans son dernier Rapport sur les inégalités rendu public le 3 juin. Avec la fin des aides tous azimuts, l’après-pandémie risque toutefois d’être plus dure, notamment pour les jeunes peu diplômés et aux emplois précaires, particulièrement fragilisés. Retour sur ce rapport qui dresse aussi un état des lieux des inégalités et de leur persistance dans l’emploi, le logement, l’éducation. Car le rapport contient aussi son lot de révélations sur l’Ecole...

« Parler d’un million de pauvres supplémentaires comme on l’a entendu, c’est de la communication, l’équivalent d’une fake news, il est impossible de parvenir à un chiffre. Faire ainsi du misérabilisme, cela peut même être contre-productif » : Louis Maurin, le directeur de l’Observatoire des inégalités, organisme indépendant qui ambitionne d’animer un débat public sur le sujet, a d’emblée donné le ton en présentant le rapport 2021 à la presse le 31 mai. Pour ébaucher un bilan de cette pandémie, l’Observatoire entend s’appuyer sur des chiffres et des faits. Or de nombreuses données manquent encore.

Extension de la pauvreté

Certains constats sont toutefois établis, pointant une extension de la pauvreté sans que l’on puisse pour autant en préciser l’ampleur, souligne le rapport. On a ainsi dénombré 150 000 allocataires supplémentaires du revenu de solidarité active (RSA) en 2020. Les images de files d’attente interminables devant les distributions alimentaires, aussi spectaculaires soient-elles, ne suffisent pas à démontrer une explosion de la pauvreté, estime l’Observatoire, d’autres raisons pouvant l’expliquer.

Une partie des jeunes - là encore l’Observatoire se démarque des assertions sur « une génération sacrifiée » - ont payé le prix fort. Les étudiants de milieux populaires ont perdu leur petit job et ils se sont retrouvés à devoir vivre ou plutôt survivre avec des bourses « scandaleusement basses en France ». Mais ce sont les jeunes actifs aux contrats précaires qui ont été les plus touchés. N’ayant pas assez cotisé, ils n’ont pas eu droit à des indemnités chômage. Et ils n’ont pu bénéficier du RSA réservé aux plus de 25 ans.

La crise a aussi pesé plus lourd sur les élèves issus de milieux défavorisés. Vivant dans des logements exigus, mal équipés en ordinateur et/ou en connexion, avec des parents ne pouvant guère les aider, ils ont eu du mal à suivre les cours distance. Mais Louis Maurin se veut optimiste : « Les enfants ont une incroyable capacité de rattrapage. Il suffit de voir les enfants étrangers arrivant en France la vitesse à laquelle ils apprennent le français. Les effets à long terme sur les inégalités scolaires restent pour moi un grand mystère. »

Des inégalités mises en lumière

En raison d’inégalités pré-existantes à la crise, les classes populaires se sont retrouvées davantage exposées, confirme le rapport. Les personnes atteintes d’obésité sont par exemple sur représentées, conséquence de moindres pratiques de prévention et de conduites alimentaires. Selon l’INSEE, à âge équivalent, les 20 % les plus modestes ont un risque 1,5 fois plus élevé que les 20 % les plus aisés de souffrir d’obésité ou d’une autre pathologie pouvant déboucher sur une forme grave de Covid.

Plus généralement, la crise a mis en lumière les inégalités et les a creusées. « En dix mois en 2020, a calculé le rapport, les plus fortunés ont mis de côté au minimum ce qu’un smicard touche en sept mois de travail. Les 10 % les moins dotés ont réussi à grappiller au maximum 107 euros ». Mais là encore, la mue keynésienne de la politique économique a limité les dégâts.

« Il ne faudrait pas oublier que la première des inégalités (face au Covid) est l’âge, indépendamment des revenus », a souligné Louis Maurin. Au 1er avril 2021, 59 % des personnes décédées à l’hôpital du Covid-19 avaient plus de 80 ans alors qu’ils représentent 6 % de la population, selon l’Ined. Et le taux de mortalité des 70-79 ans a augmenté en 2020 de 13,6 % selon l’INSEE.

Le pire à venir ?

« En réalité pour connaître l’impact de la crise sur les inégalités, il faudra attendre 2022 après la publication des bilans de l’INSEE ». Le directeur de l’Observatoire des inégalités est plus inquiet pour la suite. Avec des faillites et des licenciements en chaîne provoquées par l’arrêt des aides d’État, le pire pourrait être à venir. « La situation est particulièrement délicate pour les jeunes de 18 à 24 ans qui n’ont pas accès au RSA », note le rapport.

Louis Maurin a par ailleurs évoqué un « possible effet paradoxal » : si les classes moyennes s’appauvrissaient après l’abandon du « coûte que coûte », on pourrait arriver à un taux de pauvreté en baisse... En effet ce taux est calculé à partir du revenu médian des Français qui partage la population en deux parts égales. En dessous de 50 % du revenu médian, une personne est considérée comme pauvre. Si ce revenu baissait à la suite du décrochage des classes moyennes, mécaniquement des personnes considérées comme pauvres hier ne le seraient plus et le taux de pauvreté fléchirait.

Le très bon modèle social français

Louis Maurin s’est félicité des deux piliers qui ont « amorti le choc de la crise » et permis d’éviter une explosion des inégalités. Il a d’abord cité « notre modèle social qui est très bon ». Ensuite, il y a la politique du « coûte que coûte » et les milliards d’euros déversés par l’État pour financer le chômage partiel, les aides aux entreprises, des mesures pour les indépendants, les contrats courts et les précaires…

« J’espère que tous ceux qui ont ainsi été protégés ne vont pas oublier ce qu’ils ont reçu. Car souvent ce sont les mêmes qui critiquent l’assistanat à l’égard des plus pauvres », a commenté le directeur de l’Observatoire des inégalités. Il est aussi apparu d’un optimisme relatif sur l’avenir et les leçons tirées de la crise : « On a laissé filer les dépenses publiques mais on est très vite revenu à un discours du « monde d’avant » comme après la crise de 2008, sauf sur les services publics. Il sera sans doute compliqué de dire qu’on veut les réduire »…

Le risque de pauvreté des jeunes

Le rapport, qui paraît tous les deux ans, dresse aussi un état des lieux des inégalités en France et de leur évolution. Elles résistent au temps. En 20 ans, entre 1998 et 2018, l’écart entre le niveau de vie des 10 % les plus riches et celui des 10 % les plus pauvres a augmenté de 9 367 euros annuels. « Les inégalités de revenus repartent à la hausse notamment depuis les réformes fiscales de 2017-2018 », a précisé Anne Brunner, directrice d’études à l’Observatoire des inégalités.

Le taux de pauvreté, lui aussi en hausse, est passé de 7,7 % en 2009 à 8,2 % en 2019, ce qui représente près de 500 000 personnes supplémentaires. La situation des jeunes est la plus inquiétante. Le taux de pauvreté des 18-29 ans a bondi de plus de 50 % entre 2002 (il était de 8,2 %) et 2018 (12,5 %), notamment à cause de la multiplication des contrats précaires. « Les jeunes adultes constituent la tranche d’âge où le risque d’être pauvre est le plus grand, et pour qui la situation s’est le plus dégradée en quinze ans », avertit Anne Brunner.

Favoriser les plus favorisés

Dans la plupart des autres domaines, les inégalités stagnent quand elles ne se creusent pas. Dans l’éducation par exemple, 8,4 années de scolarité séparent les 10 % de jeunes qui quittent le plus tôt le système scolaire et les 10 % qui le quittent le plus tard. Sur trente ans, en partant de l’année 1985-1986, cet écart a augmenté de deux ans. A désespérer de tous les plans de lutte contre « le décrochage »...

Le système méritocratique français, lui, continue de favoriser les plus favorisés. Comme si tous les dispositifs d’ouverture sociale ne servaient à rien dans le cadre d’un système inchangé. Ainsi, 65 % des élèves de grandes écoles sont d’origine très favorisée contre 8 % d’origine défavorisée. Une stabilité parfaite depuis dix ans. Si les enfants d’ouvriers sont 24 % au collège, ils ne sont plus que 16 % en terminale générale, 7 % en prépa, 5 % dans les écoles d’ingénieurs, 4 % à l’ENA et … absents à Polytechnique.

Des inégalités invisibles

Le rapport 2021 met enfin un coup de projecteur sur des inégalités « invisibles » largement passées sous silence. Parmi celles-ci : un quart des adultes en situation de handicap de moins de 60 ans vivent avec moins de 1 000 euros par mois. C’est deux fois plus que chez les adultes non handicapés.

Le rapport consacre aussi un chapitre au mal emploi et aux inégalités dans les conditions de travail, elles aussi souvent ignorées « Le travail n’use pas tout le monde de la même manière », résume Anne Brunner. 76 % des ouvriers travaillent longtemps debout, plus d’un sur deux sont au contact de produits dangereux et plus de 65 % respirent des fumées et des poussières contre moins de 10 % des cadres. En France aujourd’hui, un ouvrier vit en moyenne six ans de moins qu’un cadre supérieur (77,6 ans contre 84 ans). Et rie ne dit, pour l’instant, que cela change dans « le monde d’après ».

Véronique Soulé

Le rapport sur les inégalités

Extrait de cafepedagogique.net du 03.06.21

 

EXTRAIT de l’essentiel

I Éducation
Le niveau de diplôme de la population est très inégal. 23 % des plus de 25 ans n’ont aucun diplôme ou seulement un certificat d’études. À l’autre bout de l’échelle sociale, les diplômés de niveau bac + 3 ou plus représentent 20 % de la population. La part de personnes sans diplôme est plus faible dans les jeunes générations récemment sorties de l’école, mais près d’un tiers des 25-29 ans a au mieux un CAP ou un BEP en poche.

Dès la fin du collège, les parcours scolaires et l’orientation des élèves divergent et sont largement liés à leur appartenance sociale. Alors que les enfants d’ouvriers représentent 24 % des élèves au collège, ils sont 34 % parmi les élèves en baccalauréat professionnel, mais seulement 16 % en première et terminale générales. Les enfants de cadres supérieurs sont un tout petit peu moins nombreux au collège (23 %), mais ils sont rares en bac pro (8 %) et bien plus présents en première et terminale générales (35 %).

Les étudiants originaires de milieux populaires sont sous-représentés à l’université. 12 % des étudiants en licence ont des parents ouvriers. Les enfants d’ouvriers ne représentent que 8,5 % des étudiants en master et 5,9 % en doctorat. À ce niveau d’études, l’université opère pratiquement le même tri social que les grandes écoles.
Le système des grandes écoles est, quant à lui, élitiste dès l’entrée en classe préparatoire : seuls 7 % des élèves de prépa ont des parents ouvriers. Après le concours d’entrée, leur part passe à 5 % dans les écoles d’ingénieurs, 4 % à l’ENA et elle est même nulle à Polytechnique.
Dans le système éducatif, les filles ont dépassé les garçons. Sur les bancs de l’université, on compte six étudiantes pour quatre étudiants. Deux tiers des étudiants en médecine et pharmacie sont des femmes. Mais la féminisation de certaines filières est très lente, en particulier dans les formations d’ingénieurs où la proportion est inverse : les femmes composent moins d’un tiers des élèves.

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