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Le rapport IGAS (Fadela Amara) / IGEANR ne croit pas qu’un statut du parent délégué suffirait à rapprocher de l’école les parents qui en sont les plus éloignés mais recommande une expérimentation en éducation prioritaire (Extraits)

12 novembre 2015 Version imprimable de cet article Version imprimable

RÉSUMÉ
Alors que de nombreuses études soulignent l’importance des parents dans la réussite scolaire, l’une des attentes des deux fédérations de parents d’élèves consiste en la création d’un statut pour les parents délégués. Le présent rapport, confié à l’inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche (IGAENR)
et à l’inspection générale des affaires sociales (IGAS), a pour objet d’examiner les modalités et la faisabilité de la création de ce statut.

Lire le rapport (82 p.)

EXTRAITS

(Page 20) Rapprocher les parents les plus éloignés de l’école
Au-delà de cette participation accrue de catégories socioprofessionnelles différentes, le but recherché par les promoteurs de la création du « statut » est de rapprocher de l’école les parents qui en sont les plus éloignés. Cette préoccupation est parfois citée (députée, FCPE, certaines organisations syndicales) mais elle ne l’est pas par l’ensemble des acteurs et n’est envisagée que comme une conséquence indirecte du cercle vertueux que la création du statut permettrait de mettre en place : en favorisant une meilleure reconnaissance des missions de parents d’élèves au sein de la communauté éducative, la création du « statut » enclencherait une dynamique positive qui rejaillirait sur ces parents.

Or, si dans l’absolu, cela « peut relever du bon sens » comme l’a souligné l’un des représentants de parents d’élèves (FCPE) entendu lors d’un déplacement – convaincu que la création d’un « statut » répondrait à la fois à la problématique démocratique (meilleure représentation sociologique) et résoudrait le problème des familles en « rupture » avec l’institution scolaire –, cette position ne fait pas l’unanimité. Selon certains acteurs concernés, la création du « statut » aurait « peu ou pas du
tout d’impact » sur les parents les plus éloignés car « ils sont noyés dans des difficultés d’ordre social et économique » et « qu’il semble dérisoire que de croire que
le "statut" favorisera leur implication ».
Parmi ces familles en difficulté, certaines familles immigrées présentent de surcroît des difficultés liées à la fois à la non maitrise de la langue mais aussi à la méconnaissance de l’institution scolaire et du fonctionnement de la République. Les ministères de l’éducation nationale, de la ville et de l’intérieur, conscients des contraintes qui pèsent sur les familles défavorisées, déploient depuis quelques années des actions de « soutien à la parentalité » qui tentent d’y remédier avec pour objectif de favoriser l’intégration de ces populations fragiles dans la communauté éducative.

Ainsi, le dispositif « ouvrir l’école aux parents pour la réussite des enfants » (OEPRE) cofinancé par le ministère de l’intérieur – et qui vise à donner aux parents étrangers allophones les moyens d’aider leurs enfants dans leur scolarité par une meilleure connaissance de l’institution scolaire, des droits et des devoirs des élèves et de leurs parents, un apprentissage de la langue française, pour une meilleure intégration, « 
donne des résultats encourageants », selon le bilan annuel du dispositif remis à la mission. Celui-ci relève les progrès linguistiques des parents et mesure les effets sur les résultats et le comportement scolaire des élèves (ce dispositif a été évalué par un organisme indépendant).

« Pour que cela marche » souligne le représentant de l’académie, « cela induit la mobilisation du corps éducatif, la fidélisation des publics concernés et du temps »

[...] (Page 25)
Il en va de même pour certains syndicats de l’éducation nationale pour qui la création d’un « statut » ne règle pas « l’enjeu des parents éloignés afin de mieux les impliquer  ». Cette réconciliation avec l’école « exige que la communauté éducative – dont ils font partie mais dont ils se sentent exclus – prenne en compte les difficultés qu’ils vivent ou qu’ils rencontrent au quotidien » souligne la représentante d’ATD Quart Monde. Le rapport « Grande pauvreté et réussite scolaire » ainsi que l’avis du conseil économique social et environnemental (CESE) « Une école de la réussite pour tous »
font aussi état de « [...] l’impact de la grande pauvreté sur la réussite scolaire des enfants issus de milieu défavorisé »
.
Ce n’est pas tant la création d’un « statut » qui améliorera le rapport « abimé » entre l’école et les parents issus de milieux populaires mais plutôt comme le souligne Mme Grard, vice-présidente ATD Quart Monde, « [le fait] que les équipes éducatives,
enseignants en particulier apprennent à connaître, à comprendre et à accompagner ces parents fragilisés ».
C’est en créant entre autre des espaces de rencontres, de dialogues, d’apprentissage partagé à travers par exemple une expérimentation intitulé « jeux coopératifs », que les parents, les enfants et les enseignants créent des moments de partage. C’est en mobilisant tous les acteurs, notamment les associations, les centres sociaux et bien d’autres en lien avec l’école, dans le respect de chacun, que l’on réussira à remobiliser ces populations souvent en situation de grande pauvreté et cela sans les stigmatiser.

Ils ont malgré tout « un espoir démesuré envers l’école qu’il ne faut pas décevoir ».
Pour certains, la perspective de « reconstruire du lien là où il n’existe quasiment plus » répond à une problématique récemment posée au sein des organisations de parents d’élèves. L’« invisibilité » de cette catégorie de population, « l’hégémonie sociologique
 » des fédérations et leur « perte de vitesse » ont ainsi amené les instances dirigeantes de ces organisations à s’interroger et à ouvrir des pistes de réflexions et d’actions. Et ce d’autant, que l’émergence de nouveaux mouvements de parents autour de revendications particulières telles que « les journées de retrait de l’école (JRE), contre l’ABCD de l’égalité, ou celui des gilets jaunes » sont apparus sur la scène publique d’une manière « anarchique » (selon un représentant syndical qui s’inquiète de ce type de « débordement ») insatisfaisante pour la construction d’un dialogue serein dans une démocratie apaisée.
Pour l’une des fédérations, ces mouvements « sont inquiétants, voire violents pour certains et cela n’aide pas à créer une bonne ambiance. Ils ne sont pas dans le dialogue à long terme ». Pour un autre représentant de fédération, les « associations autonomes sont dans un rapport violent avec l’institution... ».

Les risques « d’entrisme » de ces mouvements « sporadiques » – dont certains peuvent être en décalage avec les valeurs de la République – inquiètent certaines fédérations et syndicats car la création d’un « statut » peut être « considérée comme un moyen d’accélération et [un moyen]d’assurer leur présence dans les instances ». Il semble que le moment est venu pour les fédérations d’être davantage à l’écoute de l’ensemble des parents, comme l’exprime un représentant de l’une des fédérations :
« [la présence de ces mouvements] est un risque quand on est en démocratie, à nous de faire ce qu’il faut pour éviter les débordements ». Pour un représentant syndical c’est « déjà le cas car ils peuvent siéger dans les instances... Il faut rappeler le cadre, réaffirmer les droits et les devoirs (chartes de déontologie) ».
Pour certains il « faut comprendre ce qui se passe, tous les acteurs 27
concernés ont l’obligation de s’ouvrir aux autres,
et de créer des partenariats avec des intervenants
sur le terrain susceptibles de rapprocher les uns aux autres dans un cadre de respect
 ». Le caractère urgent de la situation oblige chacun des acteurs à réagir face à ces phénomènes et de débordements et de désaffection. Ainsi la FCPE, entre autre, s’est engagée auprès d’ATD Quart Monde sur un projet « 21 quartiers, en associant leurs parents tous les enfants peuvent réussir ».

Selon l’un des signataires de l’appel de Bobigny (ATD Quart Monde, l’IRDSU, la FCPE, la FGPEP, Prisme, la FCSF, la Mrie et l’ACEPP) lancé il y a 5 ans, « les résultats obtenus sont de nature à favoriser la relation entre l’école et les parents en situation de fragilité sociale ».
C’est pourquoi, il est important d’encourager toutes ces initiatives locales, multiples et diverses (jardin collectif, points café, atelier couture, atelier la « parole des parents, la réussite des enfants », espace parents dans les écoles...) qui au quotidien reconstruisent du lien et font reculer les préjugés et les idées reçues. Il s’agit « aujourd’hui non seulement de préserver ses initiatives mais surtout de les développer ».

Il n’appartient pas à la mission de se positionner sur l’opportunité de la création du « statut », mais à l’issue des investigations qu’elle a menées, il apparait clairement que le rôle des acteurs associatifs est majeur : les associations, sous réserve qu’elles soient elles-mêmes en relation avec l’École, peuvent jouer un rôle très positif de médiation. Elles sont, en effet, souvent dirigées et animées par des femmes et des hommes proches des habitants des quartiers dans lesquels elles interviennent.
Elles sont les mieux placées pour être un « facilitateur » et apporter cette « aide à la parentalité » qui permettrait aux parents d’être concernés par les affaires de l’École. Une telle démarche mériterait sans doute d’être généralisée en lien entre autre avec la politique de la ville.

De la même manière, le ministère de l’éducation nationale gagnerait à s’appuyer davantage et avec plus de force sur les dispositifs de « soutien à la parentalité » (REEAP, CLAS...) qui semblent être un bon relais pour rapprocher les parents les plus éloignés et mieux les intégrer dans la communauté éducative, comme le propose le rapport parlementaire porté par la députée Corre : « Des expériences très positives ont démontré l’efficacité de dispositifs renforçant les relations des parents avec l’institution scolaire : l’expérimentation de la "mallette des parents" a donné d’excellents résultats, attesté par un travail de comparaison entre les classes où elle est appliquée et celles où elle ne l’est pas les dispositifs d’accompagnement de la scolarité, tels que les réseaux d’écoute, d’appui et d’accompagnement des parents (REAAP), les contrats locaux d’accompagnement de la scolarité (CLAS), les programmes de réussite éducative (PRE) ou encore le programme "ouvrir l’école aux parents pour réussir l’intégration" ont obtenu des résultats très encourageants [...] »

Enfin, la mission attire l’attention sur les risques que font courir au système éducatif le relatif déclin des fédérations et leur difficulté à attirer les parents les plus éloignés de l’école. Elle invite le ministère de l’éducation nationale à revoir le contenu des conventions d’objectifs passées avec les fédérations afin de fixer à ces dernières des objectifs clairs de restructuration interne et de travail en direction des populations les plus éloignées de l’institution scolaire.

[...] (page 45) Préconisation n° 7 [...]
Une solution alternative : une expérimentation dans l’éducation prioritaire
La mission tient à attirer l’attention sur la difficulté de l’exercice qui consisterait à choisir entre ces scénarios. En effet, si la quatrième solution, intitulée « congé parents délégués », étendue à l’ensemble des parents délégués, semble répondre le plus efficacement à l’ensemble des objectifs que poursuivent les promoteurs de la création du « statut », c’est aussi la solution la plus coûteuse pour l’État.

Compte tenu de cette limite et de l’importance que la mission accorde à la question des parents dits « éloignés », dans les quartiers difficiles, il pourrait être envisagé une solution alternative, consistant à créer le congé « parents délégués » uniquement dans les réseaux d’éducation prioritaire (champ des établissements REP+ notamment). La mission n’a pas évalué ce scénario, qui supposerait de connaître plus précisément la sociologie des parents délégués dans ces quartiers afin de pouvoir évaluer le coût de la mesure (il faudrait connaitre la profession et le niveau de rémunération moyen,
le taux de chômage et le pourcentage d’inactifs parmi les parents délégués).
Cette alternative aurait l’avantage de cibler la population de parents la plus fragile. Elle doit toutefois s’accompagner de mesures complémentaires d’aide à la parentalité.

À cet effet, la mission rappelle la nécessité de disposer, pour tous les parents délégués, et particulièrement pour ceux des élèves scolarisés dans les réseaux d’éducation prioritaire, de données fiables relatives à leur profession, leur activité (actif / inactif / sans emploi) et leur niveau de rémunération.

Afin d’évaluer son coût et son efficacité pour les parents les plus distants de l’école, cette alternative pourrait faire l’objet d’une expérimentation dans une académie, dans le cadre du droit à l’expérimentation autorisé par l’article 37 de la Constitution
(ce dernier permet à l’Étatd’« [autoriser] la loi ou le règlement à comporter, pour
un objet et une durée limités, des dispositions à caractère expérimental »).
Plus généralement, la mission insiste sur la nécessité d’inscrire la création de ce « statut » dans un plan d’action comprenant également d’autres engagements :
– des mesures complémentaires d’aide à la parentalité pour les familles les plus éloignées de l’école ;
– des mesures d’amélioration des relations parents-écoles (plannings des réunions, etc.) ;
– des conventions triennales renouvelées avec les fédérations pour tenir compte des
objectifs prioritaires retenus, notamment le rapprochement des familles éloignées.

 

Les réactions des féférations à la publication du rapport

La PEEP s’exclame "Enfin !" après la remise aux deux ministres en charge de l’Education nationale et du Travail du rapport sur le statut de parents d’élèves. La fédération considère que la mission de ceux qui exercent "de manière bénévole la tâche difficile de représenter, conseiller, informer les parents d’élèves dans les écoles, collèges, lycées et toutes les instances de l’éducation nationale" est "officiellement reconnue". Il s’agit d’une "première étape" et "tout reste à construire".
Elle propose notamment "la création d’un label pour les entreprises qui apporteraient leur soutien à leurs salariés représentants de parents", elle "réclame" que les réunions, les conseils d’école et d’administration et les conseils de classe soient organisés après 18 heures ou le samedi matin et "que se développent au sein de tous les établissements scolaires toutes les actions qui permettraient à l’Ecole de s’ouvrir et de travailler avec les parents dans le seul intérêt des élèves".

Pour sa part, la FCPE considère qu’il "faut maintenant rapidement passer aux actes", car "il n’est plus question que les parents aient à arbitrer entre leur bénévolat dans la société civile et leur activité professionnelle". Elle milite donc pour "un véritable statut pour les parents délégués" et pour la valorisation des compétences "qu’ils ont acquises grâce à leur implication dans l’école".

Les deux fédérations participeront à la journée de réflexion du 15 décembre.

Extrait de touteduc.fr du 10.11.15 : Statut de parent délégué : les réactions de la PEEP et de la FCPE

 

Note du QZ : Est-il besoin de rappeler que l’auteure du rapport de l’IGAS, Fadela Amara, été ministre de la Ville de mars 2007 à novembre 2010 et qu’elle a lancé en mars 2008 le plan "Espoir Banlieues" ?
Les résultats d’une recherche sur le mot "fadela" sur le site OZP

Voir les mots-clés Plan Espoir Banlieues 2008-2012 (gr 5)/ et Busing (Plan Banlieues) (gr 5)/

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