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Assassinat de Samuel Paty : les réactions

19 octobre Version imprimable de cet article Version imprimable

Additif du 20 octobre 2020
[Voir l’abondante revue de presse des Cahiers pédagogiques du 19.10.20 et du 20.10.20

 

Après l’attentat contre un professeur d’histoire-géographie, vendredi 16 octobre, Jean-Michel Blanquer adresse un message de soutien à l’ensemble des professeurs et à la communauté éducative

C’est parce que la République est forte de ceux qui la composent et la servent qu’elle ne reculera jamais devant aucune terreur ni aucune intimidation. C’est toute l’institution qui est unie derrière ses professeurs et ses personnels

Vendredi 16 octobre, un professeur d’histoire et de géographie a été lâchement assassiné à Conflans-Sainte-Honorine à proximité de son établissement.

Il a été tué parce qu’il enseignait et qu’il donnait un cours sur l’un des piliers de notre démocratie : la liberté d’expression. Il s’agit d’un attentat islamiste qui frappe une nouvelle fois notre pays. Mes pensées vont d’abord à sa famille, à ses proches, et à ses collègues.

A travers lui, c’est la République et son Ecole, sa colonne vertébrale, qui sont attaquées. Face à l’ignominie de cet acte, nous devons réagir dans l’unité, la fermeté, et la fidélité à nos principes. Tous, nous devons réaffirmer la force des valeurs de la République que sont la liberté, l’égalité, la fraternité et la laïcité. Elles sont notre trésor commun le plus précieux.
Nos professeurs font le métier le plus essentiel, celui de former des citoyens libres et éclairés. C’est parce que la République est forte de ceux qui la composent et la servent qu’elle ne reculera jamais devant aucune terreur.

Chers professeurs, chers personnels de l’Education nationale, chères familles, chers élèves, soyez convaincus de tout mon soutien et de tout le soutien de l’institution scolaire. Nous resterons fermes et unis. Pour l’Ecole, pour la République, et pour la France.

Jean-Michel Blanquer

Un dispositif national d’écoute et de soutien psychologique pour tous les personnels de l’Education nationale
0 805 500 005

Numéro d’appel joignable 24h/24 , 7 jours/ 7

Dispositif mis à disposition de tous les personnels pour une écoute individuelle et anonyme, dans le cadre du dispositif des Espaces d’accueil et d’écoute, mis en place par la MGEN en partenariat avec le ministère de l’Education nationale, de la Jeunesse et des Sports.

Extrait de education.gou.fr du 16.10.20

 

Gouvernement et syndicats appellent à l’unité républicaine
Au lendemain de l’assassinat de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie à Conflans, Jean Castex et Jean-Michel Blanquer ont accueilli les syndicats enseignants le 17 octobre. Le ministre et les syndicats appellent à l’unité républicaine sur les valeurs de laïcité, de liberté d’expression et de liberté de la presse. Un hommage national sera rendu à Samuel Paty. Des documents pédagogiques seront préparés par le ministère, en lien avec les syndicats, pour le 2 novembre. Des rassemblements ont lieu un peu partout en hommage à S Paty. Le ministre participera le 18 octobre au rassemblement place de la République.

Castex : Emanciper tous les enfants

Jean Castex a tenu à assister samedi 17 octobre au matin à la rencontre entre JM Blanquer et les syndicats, montrant ainsi l’importance attachée à l’assassinat terroriste d’un enseignant. "A travers l’un de ses défenseurs c’est la République qui a été frappée en plein coeur par le terrorisme islamiste. L’Etat réagira avec la plus grande fermeté", a t-il déclaré. "Nos enseignants continueront à éveiller l’esprit critique des citoyens de la République, à les émanciper de tous les totalitarismes et de tous les obscurantismes".

Blanquer : construire avec les syndicats la stratégie de réponse

JM Blanquer est resté sur cette ligne d’unité nationale. "Ce qui s’est passé... a des racines : c’est la haine de la République. Il y a des ennemis de la République, contre la République et donc contre l’Ecole", a t-il dit. "Notre réaction doit être à la hauteur : d’abord la sérénité, ensuite l’unité". Accompagné de la secrétaire d’Etat à l’éducation prioritaire qui n’a pas pris la parole, le ministre de l’éducation nationale a annonce qu’il discuterait avec les syndicats et "les parties prenantes de l’enseignement" pour définir collectivement la stratégie pour répondre à cet attentat. Il a cité, outre les syndicats, les experts, les intellectuels et le "conseil des sages" qu’il a institué.

Car la question c’est la réponse à apporter à ce crime. JM Blanquer a confirmé qu’il y aurait un hommage national rendu à S Paty. Celui-ci devrait avoir lieu cette semaine.

Ce qui va se passer le 2 novembre

Au delà il s’agit de préparer la rentrée le 2 novembre. JM Blanquer a annoncé qu’il y aurait une minute de silence. Au delà le ministère prépare "des outils pédagogiques et des consignes pour qu’il n’y ait pas d’angle mort de la République, des endroits où la peur conduit à ne pas faire".

Le ministère prévoit d’associer les syndicats à un cadrage national "puissant et fort" pour la rentrée des classes tout en respectant la liberté pédagogique des enseignants. "Nous devons donner aux professeurs des éléments sur les règles et les contenus pédagogiques car ce sont des sujets complexes" a expliqué JM Blanquer. "Je tiens à ce que ce soit élaboré collectivement.. On va communiquer avec les enseignants pour qu’ils n’arrivent pas le lundi (2 novembre) sans éléments". Une première vidéo a été diffusée samedi matin.

Le ministre a estimé que l’institution avait bien ce qui s’était passé à Conflans et a rendu hommage à la principale du collège Bois d’Aulne pour sa bonne gestion de cette affaire. Les syndicats, du Snalc à la Fsu, ont confirmé que l’affaire avait été bien suivie avant le tragique assassinat.

JM Blanquer a confirmé que les professeurs ont bien le droit d’utiliser les caricatures de Mahomet mais "d’autant plus que cela s’accompagne d’un travail d’explicitation". Il a condamné la vidéo postée par un parent sur Youtube avant l’attentat. "Cette vidéo est scandaleuse, mensongère et faite pour aboutir à quelque chose probablement de violent. A la fin cela a créé cette tragédie".

Les syndicats appellent à éviter les amalgames

Mais cette unité est-elle possible ? Si tous les syndicats invités ont souligné la parfaite entente avec le ministre et leur volonté de travailler avec lui, on sent des analyses différentes sur ce que doit être la rentrée du 2 novembre.

"Le choc est tel que cela peut partir dans tous les sens", a expliqué Benoit Teste, secrétaire général de la Fsu. "Ce n’est pas ce que l’on veut en particulier pour le 2 novembre... Les caricatures de Mahomet sont un support pédagogique. On doit pouvoir les utiliser avec discernement.. mais pas forcément à tort et à travers et tout le temps. Il est essentiel de faire passer l’idée que la laïcité c’est le vivre ensemble, le droit à la critique, la liberté de conscience et de religion. Ne rien s’interdire et faire les choses avec discernement".

Benoit Teste a aussi relativisé l’incident dans les problèmes de l’Ecole. "Dans l’immense majorité des classes les choses (ce travail sur la laïcité NDLR) se font. Un fanatique a sauvagement assassiné un professeur. Mais ne pensons pas que c’est une problématique majeure à laquelle sont confrontés les enseignants. On n’est pas pour dire qu’il faut diffuser partout les caricatures ou dire qu’il faut les interdire. Il faut du discernement et ne pas choquer les gens qui pourraient l’être.

C’est aussi ce qu’a rappelé Catherine Nave-Bekhti secrétaire générale du Sgen Cfdt. Elle appelle à "la fermeté contre l’islamisme radical et à la fermeté contre l’amalgame. Il faut affirmer que l’Ecole est là pour émanciper l’ensemble des enfants de ce pays... On tient à ce que les enseignants aient la liberté d’élaboration et de choix de leur support... On ne souhaite pas que soit proposé aux enseignants un déroulé type à appliquer directement mais qu’on soit sur les principes à apprendre aux élèves".

Frédéric Marchand, secrétaire général de l’Unsa éducation, partage ce point de vue. Il est hostile à "un cadre pédagogique type qui remettrait en cause la liberté pédagogique" mais pour aider les enseignants "sur la nécessité de ne pas céder à la peur et de continuer à enseigner cette nécessité de défendre la liberté de la presse et d’expression".

Que faire des caricatures de Mahomet ?

"On a pointé la possibilité d’une séance avec les caricatures (de Mahomet NDLR) comme support", a déclaré Jean-Rémi Girard, président du Snalc. "C’est l’ensemble des collègues qui doivent s’en saisir. Ce serait un symbole fort de dire que partout on peut le faire aujourd’hui et on ale courage de la faire". Le Snalc dénonce "le risque d’autocensure" dans l’enseignement en France.

Si ministre et syndicats appellent à l’unité nationale contre le terrorisme et pour l’Ecole, le chemin reste à parcourir pour construire cette unité. Gageons que le 18 octobre il y aura plusieurs cortèges lors du rassemblement national qui aura lieu à 15 heures place de la République.
François Jarraud

Extrait de cafepedagogique.net du 16.10.20

 

Résister ensemble
Cette fois-ci ils ont visé l’Ecole. Cinq ans, presque jour pour jour, après les attentats de 2015, l’Ecole doit apporter une réponse éducative au crime sauvage qui nous touche tous. L’émotion est-elle moins forte qu’en 2015 ? Non. Mais cette fois-ci c’est l’Ecole qui a été attaquée directement par le terrorisme. C’est un enseignant qui a été assassiné. La guerre s’est abattue sur nous.

Il est important de souligner que cet attentat est extérieur à l’Ecole. L’agresseur n’est ni un élève, ni un parent d’élève. L’enquête aura à le définir, mais il a probablement agi sur commande et on a choisi de frapper l’Ecole. La personnalité de la victime, ses qualités pédagogiques ne sont pour rien dans cet assassinat. C’est celle de l’agresseur qui explique ce meurtre. Samuel Paty est tombé victime d’une violence construite en Tchétchénie et peut-être télécommandée d’ailleurs. L’Ecole ne peut pas résoudre cette situation. La réponse est d’abord policière. Et il est urgent que le ministère apporte des réponses claires à ce sujet.

Là où l’Ecole peut agir c’est dans le choix d’aggraver le mal ou d’éviter qu’il ne se propage. Le défi que nous adresse le terroriste c’est le défi intérieur. Les terroristes cherchent à dresser les communautés les unes contre les autres. Il est important de ne pas encourager les amalgames. Attaquer les musulmans en les désignant tous comme complices de cet assassinat c’est faire gagner les terroristes. C’est ce qu’ils veulent.

Tricher sur nos valeurs c’est aussi aider les terroristes. Or la République n’est pas à la hauteur de ses valeurs. Elle est laïque mais de fait la discrimination s’est glissée partout et elle vise en particulier les musulmans. Cela se voit dans l’accès à l’emploi, dans l’inégalité dans l’accès au logement. L’Ecole reste encore un lieu où tous les enfants sont accueillis. Il faut faire les efforts nécessaires pour que cela reste possible. Et pour que cette ouverture s’accompagne d’une réelle égalité des parcours scolaires.

Tricher sur nos valeurs a aussi un aspect pédagogique. Pour accueillir tous les enfants l’Ecole doit avoir la confiance des parents. Elle doit parfois la regagner, d’autant plus que le ministre souhaite interdire l’enseignement à domicile. Cette question s’était déjà posée en 2015. Claude Lelièvre rappelle les propos des anciens ministres de l’Education nationale consultés par N Vallaud-Belkacem. G de Robien disait que "ce qui va être préconisé ne doit en aucun cas pouvoir être perçu comme de l’anti-religion". Benoit Hamon : "il ne s’agit pas de mettre l’accent sur ce qui doit unifier mais sur ce qui doit rassembler en veillant à ce que chacun puisse avoir sa place". Jean-Pierre Chevènement rappelait les paroles de Jules Ferry dans sa lettre aux instituteurs de 1883 : "Au moment de proposer aux élèves un précepte, une maxime quelconque, demandez-vous s’il se trouve à votre connaissance un seul honnête homme qui puisse être froissé de ce que vous allez dire... Si oui, abstenez-vous de le dire ; sinon, parlez hardiment". Etre fidèle à la République c’est déjà ne pas trahir ses principes.

Les vacances de la Toussaint éloignent les enseignants et leurs élèves. Cela laisse les enfants seuls face à leur angoisse et les empêche d’entrer en dialogue tout de suite. Cela donne aussi le temps de réfléchir à la réponse.

Ce que peuvent faire les enseignants le 2 novembre c’est leur métier. Ils peuvent combattre la ségrégation dans l’Ecole. Ils peuvent y faire vivre les valeurs de la République pour de vrai. Ils peuvent construire l’Ecole de la fraternité. Cela n’empêchera pas des assassins extérieurs à notre société d’agir. Mais cela renforcera la sécurité collective. Pour les professeurs, enseigner c’est toujours résister.
François Jarraud

Extrait de cafepedagogique.net du 14.10.20

 

Assassinat d’un enseignant : unanimité syndicale

Toutes les organisations syndicales de l’enseignement publient, via leurs fédérations, une déclaration commune. La CGT Educ’action, la FSU, la FNEC-FO-FP, le SGEN-CFDT, le SNALC, SUD éducation, l’UNSA "appellent les personnels à rejoindre massivement les initiatives prévues localement ce dimanche 18 octobre" après qu’un professeur d’histoire-géographie dans un collège des Yvelines a été assassiné hier vendredi après-midi.

"Ce meurtre fait suite à un cours de l’enseignant sur la liberté d’expression, utilisant des caricatures.

Les organisations syndicales de l’éducation expriment leur effroi face à ce crime. Elles adressent leurs sincères condoléances aux proches, aux collègues, aux élèves, à la famille de notre collègue.L’heure est au deuil, au recueillement et à la solidarité.

S’attaquer à un enseignant, c’est s’attaquer à l’école qui est un lieu de construction d’un savoir critique, de rencontre de l’autre, de la formation de futur-e-s adultes libres et éclairé-e-s. Nos organisations réaffirment leur attachement à la liberté d’expression, condition nécessaire à l’émancipation, et appellent à éviter toute instrumentalisation de ce drame."

Extrait de touteduc.fr du 18.10.20

 

Communiqué du CRAP-Cahiers pédagogiques
En réaction à l’horrible assassinat d’un enseignant le 16 octobre 2020 à Conflans-Sainte-Honorine.

Samuel Paty, enseignant d’histoire-géographie au collège du Bois d’Aulne à Conflans Sainte-Honorine, a été assassiné à proximité de son établissement. Le CRAP-Cahiers pédagogiques condamne cet acte atroce et apporte tout son soutien à la famille de notre collègue, à ses collègues proches, à ses élèves et à la communauté éducative durement secoués.

Aujourd’hui nous partageons la colère, l’immense tristesse, la consternation, la crainte aussi de céder collectivement à la haine devant l’incommensurable horreur et l’absurdité dont cet acte est porteur.

Face à de tels actes nous savons que l’éducation ne peut pas tout. Pourtant, les adultes vont devoir discuter de ce drame avec les enfants et les adolescents parce que, en raison des vacances qui débutent, l’école et le monde enseignant ne pourront pas le faire avant deux semaines.

Et dès le retour en classe, dans les écoles, les lycées, les universités, nous reprendrons le travail d’éducation à la citoyenneté, à la tolérance, à la laïcité, la formation de l’esprit critique et réflexif, la lutte contre toutes les formes d’emprise et de haine. Comme le faisait notre collègue, nous le ferons chacun de la manière qui nous semblera la plus adaptée, sans déni ni hystérie. Nous le ferons dans le respect des croyances, dans l’échange, dans l’esprit de la laïcité qui proclame et met en acte la liberté de croire ou de ne pas croire, l’égalité des droits et la fraternité universelle.
Le CRAP-Cahiers pédagogiques
17 octobre 2020

Extrait de cahiers-pedagogiques.net du 17.10.20

 

Nous ne lâcherons rien sur les valeurs qui nous font vivre !
Après l’assassinat d’un professeur, les CEMEA souhaitent faire part de leur tristesse et de leur colère à travers le message de leur président, Philippe Meirieu

Extrait de cemea.asso.fr

 

Conflans
[...] Ni déni, ni hystérisation.
Il ne s’agit pas de nier la réalité des faits et de la menace. Mais il faut aussi se garder de tomber dans l’excès de la généralisation et de la métaphore guerrière. On doit continuer à penser que la très grande majorité de nos élèves n’adhère pas à ce discours de haine ou d’excuse de la violence. Il ne s’agit pas de « naïveté » comme le disent certains, mais de l’optimisme de la volonté, de la croyance dans la force de l’acte éducatif et de la fermeté de l’École dans la nécessité non seulement de transmettre mais aussi de faire vivre les valeurs de la République et de la démocratie.

Tout comme, il ne faut rien céder sur la nécessité d’éduquer nos élèves à l’esprit critique, il n’y aurait rien de pire que de voir dans chaque élève, chaque parent, une menace potentielle. C’est ce que cherchent ceux qui promeuvent cette idéologie de mort. [...]

Extrait de philippe-watrelot.blogspot.com du 17.10.20

 

Face à l’horreur, toujours affirmer le primat de l’éducation

La condamnation du crime abject et révoltant dont vient d’être victime notre collègue ne peut souffrir d’aucune relativisation. Mais contre l’horreur de la violence inacceptable, nous devons plus que jamais affirmer le primat absolu de l’éducation. Aucune société d’égalité et de liberté ne peut faire un autre choix que celui d’une confiance absolue dans l’éducation.

Extrait de mediapart.fr/paul-devin du 17.10.20

 

Lettre aux enseignants, en première ligne pour défendre les valeurs de la République

[...] Précisément, la République n’enseigne pas une foi particulière. Les valeurs de la République, qu’expriment ses lois, sont d’un ordre autre que celui des convictions religieuses. Elles rendent possible, et organisent, la vie en société, en assurant à chacun la totale liberté de vivre sa foi, à condition simplement de respecter celle des autres, et aussi le choix de ceux qui ne vivent aucune foi particulière.

Samuel Paty représentait cette loi républicaine, pour qui la foi est une possibilité (à défendre), non une obligation (à imposer). Il voulait en faire saisir le sens, et la pertinence. Il voulait faire comprendre que la foi ne peut avoir la prétention de museler la liberté de penser.

C’en était trop pour le fanatique qui l’a abattu sauvagement.

Parler pour progresser dans le savoir
Ne pourrait-on lui reprocher de n’avoir pas respecté son devoir de réserve en tant que fonctionnaire ? Ne pourrait-on pas estimer qu’il a pris parti, en utilisant un contenu pouvant choquer certaines sensibilités religieuses ? La liberté d’expression exercée dans le cadre de son enseignement n’est-elle pas venue heurter de plein fouet la possibilité qui devrait être offerte aux élèves, et à leurs parents, d’avoir et d’exprimer librement certaines convictions religieuses ?

La réponse est non, sans équivoque, car il a fait ce que tout professeur doit faire. Certes, comme l’a souligné Spinoza, « personne ne peut renoncer à la liberté de juger et d’opiner comme il veut ». « Dans un État libre il est loisible à chacun de penser ce qu’il veut et de dire ce qu’il pense » (Traité Théologico-Politique).

Mais, d’une part, cela ne donne nullement le « droit d’agir de son propre décret ». Pour les actes, c’est la loi républicaine qui prévaut, et s’impose à tous, fussent-ils les serviteurs les plus zélés de la religion la plus respectable.

D’autre part, cette liberté vaut pour l’expression de ses opinions. Or, ce qui fonde la parole du professeur, et ce qu’il enseigne, n’est pas de l’ordre de l’opinion, mais du savoir. Ici, la parole n’est bonne que si elle permet de progresser dans la connaissance.

Ce qui légitime la parole professorale est sa capacité d’aider les élèves à construire des savoirs qui seront au service de leur liberté de penser, en les élevant au-dessus de la simple opinion.

C’est cette liberté de penser, qu’il appartient aux enseignants de la République de promouvoir et de défendre, que l’on a voulu tuer en assassinant Samuel Paty.

Extrait de theconversation.fr du 18.10.20

 

Résister

[...] Mais je dois livrer ici un doute, une crainte : la résistance, pourtant nécessaire, est-elle suffisante ? Suffit-il de dire “je résiste”, d’opposer l’inertie, pour affronter ? pour repousser ?

Spinoza, Voltaire et Deleuze
J’ai lu hier, des articles, des tribunes, des interviews… elles étaient toutes “essentielles”, “bouleversantes” pour affronter le drame. Je n’ai pas la prétention de proposer, en deux jours, quelque chose d’aussi puissant… alors j’ai cherché chez des philosophes qui avaient donc écrit sur la résistance :

Extrait de franceculture.fr du 19.10.20

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