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"La continuité pédagogique, une fiction qui masque le réel", par la rédaction de la revue de didactique du français "Recherches" ( 23 p.)

12 juin Version imprimable de cet article Version imprimable

La continuité pédagogique, une fiction qui masque le réel

Le comité de rédaction de Recherches était en pleine préparation du
présent numéro lorsque la crise sanitaire liée au coronavirus a entrainé la
fermeture de tous les établissements scolaires et universitaires et que la
« continuité pédagogique » s’est imposée.
Le contraste entre les exhortations institutionnelles et les mille difficultés de leur mise en œuvre a résonné comme un écho à la problématique du numéro : nous avons perçu comme fiction une continuité qui se donnait pour réalisable et comme mensonges les
déclarations niant ou minorant les problèmes. Alors nous avons écrit, chacun
de notre côté. Puis nous avons tissé les textes ensemble, en maintenant leur
énonciation initiale (ce sont les passages que l’on verra en mode citation) et
en ajoutant des éléments de transitions entre eux. Les textes qui sont au cœur
de l’article décrivent des situations vécues par les membres du comité ou
reproduisent des propos oraux ou écrits tenus par des personnes rencontrées
dans leur entourage professionnel.

[...] 3) Culture numérique et inégalités scolaires (p. 23)
En raison de la crise sanitaire, les établissements ont été fermés et des
mesures globales, inédites et nécessaires ont été prises. Mais ce qui rend
encore plus insupportables les conséquences forcément néfastes de cette
situation, c’est que les discours officiels veulent faire croire que tout est sous
contrôle, que grâce au numérique, l’école poursuit sa mission et que les
acteurs seront seuls comptables des dysfonctionnements.
Le numérique est un outil – souvent utile, comme tous les outils, quand
il est utilisé dans une intention d’accompagner un choix didactique ou
pédagogique : cela demande d’en comprendre dans le même temps les
intérêts et les limites. C’est tout le contraire de la fiction numérique qui s’est donné libre cours dans les discours officiels : sous l’illusion d’un progrès, la
« continuité pédagogique » a pu permettre de consacrer des pratiques
anciennes non interrogées. Elle accentue les insuffisances du système
éducatif, aggrave l’effet des inégalités et perturbe la distribution des rôles
éducatifs. Citons à nouveau Bernard Lahire36 :
Les familles sont inégales au départ. On délègue à l’école l’autorité pédagogique. Mais là, elle ne la prend plus en charge.
Chacun est renvoyé à sa condition de classe : il n’y a plus rien pour essayer de contrarier, de modifier les lois de la reproduction sociale.
Des dissensions naissent ou sont avivées là où il devrait y avoir coopération. Les acteurs sont fragilisés, renvoyés à leurs incapacités : les élèves à celle de travailler seuls, les parents à celle de leur enseigner ce qu’eux-mêmes ne maitrisent pas et les enseignants à leur non-maitrise des outils auxquels ils n’ont pas été formés. Plus personne ne se sent à la hauteur. Qu’est-il advenu des trois principes de la continuité du service public ? La continuité est illusion, l’adaptabilité dévolue aux seuls acteurs et l’égalité à la trappe.

Extrait de revue-recherches.fr de juin 2020

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