> INEGALITES SCOLAIRES (et Lutte contre les) > Ouverture sociale > Grandes écoles, universités, entreprises, fonction publ. > Ouverture sociale (Positions d’associations, journalistes, personnalités...) > Comment démocratiser le supérieur ? Le rapport de Terra Nova (le (...)

Voir à gauche les mots-clés liés à cet article

Comment démocratiser le supérieur ? Le rapport de Terra Nova (le Café)

22 octobre Version imprimable de cet article Version imprimable

Comment démocratiser le supérieur ? Le rapport de Terra Nova

"Quand on évoque la nécessité de réduire les inégalités sociales dans l’enseignement supérieur, on s’entend souvent dire qu’il est déjà trop tard car les inégalités sont déjà trop fortes au lycée. Mais, dans les lycées, c’est la situation à la fin du collège qui est incriminée. Le collège s’exonère lui-même de ses résultats par la non-maîtrise des apprentissages de base à l’école primaire, laquelle à son tour se retourne vers l’école maternelle. Et, à l’école maternelle, il ne reste plus que les inégalités familiales à blâmer… Si cette cascade de mises en cause reflète une part de vérité, elle encourage une résignation inacceptable". Le rapport de Martin Andler, Daniel Bloch, Jules Donzelot, Constance Hammond, Guillaume Miquelard-Garnier, Martin Richeret Arnaud Thauvron, réalisé pour Terra Nova, un thinktank proche du pouvoir, explore toutes les façons de secouer cette résignation. Plus que les propositions concrètes, sur lesquelles on revient, son originalité c’est interroger la volonté politique, ou son absence, de soutenir vraiment la démocratisation.

La démocratisation ratée du supérieur

"La massification de l’enseignement supérieur dans les soixante dernières années s’est accompagnée, bien sûr, d’une démocratisation, mais celle-ci reste inaboutie et, dans une certaine mesure, illusoire car l’enseignement supérieur est de plus en plus stratifié. Dans les institutions les plus prestigieuses, les enfants des classes supérieures dominent, alors que ce sont les enfants d’origine socialement défavorisée qui peuplent les filières courtes. Si cette situation est observable dans la plupart des autres systèmes d’enseignement, elle est particulièrement marquée dans notre pays, où elle entraîne des conséquences particulièrement graves dans la mesure où le diplôme acquis en formation initiale possède chez nous une valeur symbolique plus pesante que dans beaucoup d’autres pays et détermine plus fortement qu’ailleurs les trajectoires professionnelles". Le rapport sur la démocratisation du supérieur remis à F Vidal a déjà bien établi ces inégalités sociales d’accès au supérieur.

Le rapport de Terra Nova présente un large éventail de mesures allant des programmes d’incitation à l’accueil dans le supérieur en passant par des modifications à apporter à Parcoursup.

Le modèle Aimhigher

Un modèle irrigue la totalité du rapport : celui du programme britannique Aimhigher. Ce programme, mis en valeur dans la conférence organisée par le Cnesco sur l’orientation ,va chercher les élèves défavorisés dans leur établissement ou leur école. Donc il identifie les quartiers et établissements où peu d’élèves poursuivent après le lycée. De l’école au lycée il propose une série d’actions qui s’adaptent à l’âge des élèves et qui visent à ce que celui ci ose envisager des études supérieures. Une des propositions du rapport Terra Nova est précisément de créer un Observatoire de l’inégalité des chances qui permette d’identifier les publics à cibler.

Coordonner les dispositifs existants

Il y a de nombreuses actions qui existent déjà et qui sont mises en avant par le gouvernement comme les Cordées de la réussite. JM Blanquer les a vu naitre et veut les développer, F Vidal aussi. On n’a pourtant pas d’évaluation positive de ce dispositif. Un rapport de l’inspection générale de 2011 évoque des "errements" et de la "confusion". Un autre de l’Acsé , aussi en 2011, montre que le dispositif est détourné de sa cible première, les jeunes défavorisés.

Le rapport de Terra Nova ne s’attache pas à ce dispositif particulier mais à la coordination entre eux. Il cite des actions de soutien scolaire et tutorat par des étudiants, de la formation à l’orientation, de familiarisation avec le supérieur et d’élargissement des horizons professionnels pour les élèves. Il invite aussi à controler les effets de la réforme du lycée. Celle ci donne plus de liberté de choix des spécialités aux élèves. Comment s’en emparent ils ? Cela diminue t-il ou augmente-il les inégalités ?

Pour ce travail de coordination, repérage et soutien, le rapport demande 100 millions par an. C’est le seul chiffrage du rapport. Et on peut déjà l’estimer trop faible : Aimhigher disposait d’un milliard.

Faire de Parcoursup un outil de promotion sociale

La seconde série de mesures concerne Parcoursup. Le rapport maintient les quotas existants. Mais il demande surtout une prise en compte du milieu social de l’élève dans l’affectation. " La manière dont est prise en compte l’origine sociale des candidats lors de l’examen de leurs dossiers par les établissements est un élément important... Les critiques du dispositif ont observé le risque important que des éléments très marqués socialement jouent un rôle prédominant dans la décision. Il importe que, lors de l’évaluation des dossiers, une « contextualisation sociale des candidatures » trouve sa place : l’origine sociale des candidats devrait systématiquement être prise en compte par les évaluateurs des dossiers".

Mieux accueillir dans le supérieur

Un dernier pan de mesures concerne l’accueil dans le supérieur. Là aussi on aurait aimé un chiffrage car ce qui est proposé a un cout. Le rapport recommande d’augmenter les quotas des bacheliers technologiques et professionnels en IUT et BTS. Mais le rapport ne fait pas totalement confiance aux quotas. Il propose de jouer sur les voies d’accès et sur l’accompagnement des nouveaux étudiants. Pour lui il faut "une révolution pédagogique" dans le supérieur, par exemple donner un accompagnement personnalisé aux jeunes les moins préparés au supérieur. " Actuellement, comme le note Daniel Bloch, « il est […| demandé aux bacheliers professionnels de se transformer en bacheliers technologiques l’espace d’un été ». Par ailleurs, « les bacheliers technologiques ne peuvent eux non plus se transformer en bacheliers généraux le temps d’un été". Un peu plus loin : " La diversité des étudiants doit entraîner un changement profond dans l’organisation des études, en permettant à chacun de se former à son rythme".

Le rapport n’omet pas la question des bourses et du logement . Aujourd’hui le fait que des étudiants travaillent pour payer leurs études est un motif d’échec important. Quand les bourses sociales sont assez élevées pour permettre de ne pas travailler , la réussite augmente comme l’a montré Estelle Herbaut. Il demande une hausse des bourses sans chiffrer exactement. Mais le financement pourrait être fait en demandant aux familles de choisir entre la part fiscale et l’APL quand leur enfant quitte le domicile familial. Une idée originale est l’instauration d’un malus / bonus pour les établissements en fonction de leur effort de démocratisation.

Des zones d’ombre

Evidemment ce rapport laisse des zones d’ombre. Il n’aborde pas la question du creusement des inégalités scolaires de l’école au lycée liée à l’origine sociale. C’est par une vraie politique en faveur des enfants des quartiers, politique qui ne doit pas être seulement scolaire mais aussi sociale, que l’on peut rendre possible la réussite dans le supérieur des jeunes défavorisés. Evidemment en parler c’était parler aussi de l’éducation prioritaire qui est un sujet politique en ce moment.

Mais au final le principal apport de ce dossier c’est de montrer qu’il faut une réelle volonté politique pour démocratiser le supérieur. Et cette question est essentielle. Les récentes déclarations de la ministre de l’enseignement supérieur sur la démocratisation du supérieur interrogent justement cette volonté politique. Le fait de demander aux grandes écoles et aux universités de définir elles mêmes leur effort ou encore l’absence de l’éducation nationale dans la nouvelle politique augurent mal des suites. La volonté politique c’est un budget. F Vidal n’en propose pas dans son récent plan. Le rapport de Terra Nova non plus. Et c’est le point faible d’un rapport qui appuie dans le bon sens.
François Jarraud

Le rapport

Voir les autres liens sur le site du Café
F Vidal : ouvrir les grandes écoles
Démocratiser le supérieur : Qu’est ce qui marche ?
Les déceptions de Parcoursup
En 2012 le rapport Aschieri
Recommandations du Cnesco en 2018

Extrait de cafepedagogique.net du 18.10
19

 

Le think tank Terra Nova propose de prendre en compte l’origine sociale des étudiants dans la sélection

Les mesures pourraient avoir un certain écho, à l’heure où le gouvernement planche sur la question de l’ouverture sociale dans les grandes écoles. Le think tank Terra Nova appelle à passer à la vitesse supérieure, dans une note publiée mercredi 2 octobre, intitulée « De nouvelles ambitions pour démocratiser l’enseignement supérieur ». Notre système de formation doit corriger « de manière radicale les mécanismes inégalitaires qu’actuellement, il renforce au lieu d’atténuer », défendent ses auteurs.

Le constat est connu : les enfants de cadres ont près de trois fois plus de chances d’accéder à l’enseignement supérieur que les enfantos d’ouvriers ; quatre fois plus de chances d’obtenir un diplôme de niveau bac + 5. La « stratification » est « de plus en plus marquée » entre les différentes filières, les jeunes issus des milieux défavorisés étant majoritairement présent dans les moins prestigieuses. « Parmi les pays développés, la France est le pays où la performance scolaire est la plus conditionnée par l’origine sociale et le capital culturel des familles », écrivent-ils, et ce, malgré la multiplication de dispositifs estampillés « égalité des chances ».

Extrait de le monde.fr du 03.10.19

 

Voir aussi

A l’université de Clermont, un bilan mitigé pour les parcours renforcés

C’est l’une des nouveautés de Parcoursup : certains bacheliers, jugés trop fragiles sur le plan scolaire, ont été orientés vers des parcours renforcés. Un an après, l’échec à l’université a néanmoins gardé ses mille visages.

(...) Marion fait partie des « oui si », comme les appelle la plate-forme Parcoursup lorsqu’elle donne à chacun ses réponses d’affectation. Entendez : « oui », vous êtes admis à l’université, mais vous ne remplissez pas les prérequis, donc ce sera seulement « si » vous suivez un parcours particulier. A la rentrée 2019, 30 369 étudiants ont été admis à l’université par cette voie, soit deux fois plus que l’année précédente.

Grande nouveauté de Parcoursup lors de son lancement en 2018, ces parcours renforcés étaient censés limiter les risques de décrochage et d’échec pour les candidats au niveau jugé insuffisant. Mais pour Marion, cela n’a pas suffi : « Je me suis accrochée, mais j’ai bien vu que cela n’allait pas être possible », raconte cette bachelière professionnelle de la voie gestion-administration.

Extrait de le monde.fr du 03.10.19

 

Voir le mot-clé Position think tank (gr 3)/

Répondre à cet article