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L’association Dulala : Développer l’estime de soi en révélant et en valorisant les langues des enfants (le Café)

10 octobre Version imprimable de cet article Version imprimable

Ecole : Dulala, le pari des langues maternelles

Développer l’estime de soi en révélant et en valorisant les langues des enfants, c’est l’un des objectifs principaux de l’association Dulala. Et pourquoi ? tout simplement car c’est là un levier majeur de la réussite scolaire de tous les élèves. Cette jeune association de tout juste dix ans fait le pari de la valorisation des langues d’origine. L’idée ? Faire reconnaître le bilinguisme comme une force et pas une faiblesse. Une valorisation dont les enjeux sont multiples comme l’explique Marie-Paule Hutin, enseignante à l’école maternelle Présentation dans le onzième arrondissement parisien. « Il y a un réel intérêt pédagogique à éveiller les élèves aux langues, tout particulièrement à celles parlées à la maison et ce à plusieurs niveaux. Au niveau de la construction de l’identité de l’enfant, au niveau des compétences métalinguistiques mais aussi dans une démarche d’éducation à la citoyenneté ».

Dulala à l’école

Anna Stevanato, fondatrice de l’association Dulala, est italienne. Linguiste de formation, elle a enseigné dans une école populaire parisienne. Elle est aussi mère de trois enfants franco-italiens. Cette double casquette lui a permis de très vite se rendre compte de la difficulté de la transmission de la langue maternelle, langue très souvent invisible au sein de l’école. « Aujourd’hui, les structures éducatives sont de plus en plus multilingues. Alors qu’un enfant sur quatre grandit avec plusieurs langues en France, et malgré l’ouverture aux langues familiales dans les programmes scolaires, les enseignants et les acteurs éducatifs se sentent souvent démunis face au plurilinguisme. Or, contrairement à certaines idées reçues, les recherches ont démontré que les langues des élèves, quelles qu’elles soient, ne sont pas un obstacle à l’apprentissage du français ou d’une langue étrangère. Au contraire, les accueillir au sein de sa structure favorise les apprentissages, l’inclusion et l’ouverture sur le monde » explique la jeune femme.

L’association Dulala, c’est dix salariés permanents et vingt intervenants, huit milles enseignants formés, seize milles enfants touchés et plus de cinquante ressources pédagogiques à disposition sur leur site. « Nous accompagnons des professionnels de l’éducation et de la petite enfance pour prendre en compte les langues des enfants et des familles, les valoriser au sein de la classe mais aussi ouvrir l’ensemble des enfants à la diversité des langues. Il est possible de se former en ligne et en présentiel. Nous développons aussi des outils pédagogiques d’éveil aux langues tels que des jeux, des albums jeunesse, des Boîtes à histoires ou encore des comptines plurilingues... Nous proposons également des ateliers d’éveil aux langues dans les structures éducatives et des ateliers pour enfants bilingues afin de les accompagner dans la construction d’un bilinguisme harmonieux. Tout cela nous permet aussi de mettre en pratique nos outils pédagogiques ».

Faire de la diversité un atout et non un handicap

C’est dans le cadre d’ateliers d’éveil aux langues que Marie-Paule a rencontré l’association. Lorsqu’elle est arrivée dans cette petite école parisienne de six classes, classée éducation prioritaire, il existait déjà un partenariat avec l’association. Un partenariat initié par la circonscription de l’éducation nationale qui a permis aux enseignants de l’école d’être formés par Dulala lors de leurs dix-heures d’animations pédagogique. « Notre école présente une grande diversité linguistique et culturelle, il y avait là une véritable volonté d’en faire un atout et non un désavantage ». Une expérience qui a particulièrement marqué cette enseignante chevronnée. Six ans après la formation qu’elle a reçu, le lien reste fort avec l’association dont elle exploite nombre d’outils pédagogiques, comme l’arbre des bonjours. « En début d’année, nous faisons l’inventaire des langues parlées dans la classe, nous écrivons ensuite le mot bonjour dans toutes les langues répertoriées. L’arbre est affiché, et tous les matins, nous nous saluons dans l’une des langues de de la classe. Je raconte aussi des histoires dans d’autres langues ».

Et si Marie-Paule a décidé de continuer à sensibiliser ses élèves, c’est parce qu’elle y trouve de multiples intérêts pédagogiques. « A un niveau psychologique, l’éveil aux langues contribue à valoriser l’identité culturelle et linguistique de chaque élève et contribue ainsi à la construction de son identité et donc de sa valeur. Au niveau du développement du langage, les différentes études montrent, et l’expérience prouve, que l’enfant s’appuie sur sa langue première pour construire sa langue seconde. Reconnaître ces langues à l’école présente aussi un intérêt métalinguistique puisque c’est en réfléchissant sur les langues en général que l’on développe des facilités pour les apprendre ». Mais qu’en est-il de tous les autres élèves, ce dont le français est la seule langue, les mono langue ? Nulle frayeur, ce bain de langues permet d’éduquer l’oreille. Apprendre à parler passe par l’écoute et donc par le développement d’une attention aux détails, aux sonorités, à l’articulation permet une entrée efficace dans l’écrit. Un exercice très utile en grande section, antichambre du Cp où l’apprentissage de l’écrit sera au centre des préoccupations. Et pour finir, un intérêt de l’ordre de la socialisation, du respect de la diversité. « Certains enfants changent de regard sur ceux qu’ils pensaient en difficulté en découvrant leurs compétences dans une langue qu’ils ne comprennent pas. L’année dernière, un élève est arrivé du Salvador. Les élèves étaient contents de lui apprendre le français mais ils étaient surtout contents d’apprendre l’espagnol grâce à lui. Ca change la donne, et c’est beau à voir ».

Marie-Paule intervient aussi lors des TAP – temps d’activités périscolaire – encore d’actualité à Paris. Elle utilise la Boîte à histoire, un outil mis à disposition sur le site Dulala. Une activité qui permet aux élèves de rentrer dans une histoire en langue étrangère par le sens de celle-ci, grâce à des objets qu’elle dévoile au fur et à mesure. Elle construit aussi des jeux comme celui des sept familles ou Dobble avec des mots du patrimoine de la classe. Elle essaie aussi, et c’est parfois un peu compliqué, de faire venir des parents, de la famille ou même des adultes de l’école pour raconter une histoire ou chanter une comptine dans leur langue maternelle.

Un Concours Kamishibaï pour raconter les langues de la classe

L’association met en place plusieurs projets dont le Concours Kamishibaï plurilingue auquel les classes peuvent encore s’inscrire. « Depuis 2014, nous proposons aux professionnels de l’éducation et aux enfants un projet créatif et innovant ouvert sur la diversité de langues à travers la création d’une histoire. Cette histoire aura une dimension plurilingue, puisqu’il faudra au moins quatre langues. Elle sera adaptée à l’outil kamishibaï - théâtre de papier en japonais. Ce projet est très apprécié par la communauté éducative, alors nous avons décidé en 2018 de lancer d’autres concours à travers le monde. On compte aujourd’hui neuf partenaires dans le réseau Kamilala, avec des concours aux quatre coins du monde : Asie-Pacifique, Ontario, Québec, Louisiane, Suisse, Italie, Portugal et Grèce » explique Anna.

« Beaucoup d’enfants prennent confiance en eux et en leur langue. Par exemple, certains qui se tenaient auparavant très à l’écart ou ne prenaient pas souvent la parole en classe, participent davantage dans les projets où sont valorisées leurs compétences linguistiques. Les enseignants s’appuient sur les langues connues, ce qui permet de décomplexer les enfants, mais aussi de rapprocher les parents de l’école. Un constat rapporté par de nombreux professionnels. Enfin, cela peut permettre aux professionnels et aux parents de découvrir une compétence riche jusque-là ignorée » conclue Anne.

Le travail sur les langues premières présente de multiples avantages, c’est en soi un projet d’éducation à la citoyenneté mais aussi un projet qui permet un partenariat efficient famille-école. Les familles sont ainsi reconnues comme compétentes, leurs savoirs sont légitimés au sein de l’école, lieu qui présente des frontières invisibles pour encore un nombre trop important de familles…
Lilia Ben Hamouda

Dulala

Extrait de cafepedagogique.net du 25.09.19

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