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"Entre tronc commun et filières, quelle école moyenne ? Étude comparative" par François Baluteau, Vincent Dupriez, Marie Verhoeven, Academia/L’Harmattan, 2019. Entretien du Café avec François Baluteau

26 mars Version imprimable de cet article Version imprimable

François Baluteau : L’école moyenne entre tronc commun et différenciation

Comment évolue l’école moyenne en Europe, c’est à dire ce qu’on appelle en France le collège ? Pour François Baluteau, Vincent Dupriez et Marie Verhoeven, qui publient "Entre tronc commun et filières, quelle école moyenne ?" (Editions Academia), l’Europe vit un retour de balancier implacable. Après presque un siècle de construction de l’école compréhensive (c’est à dire le collège unique pour tous), partout ce modèle est critiqué. Partout se reconstruit une école différenciée , avec des filières différentes. Comment expliquer ce phénomène ? Quelles conséquences amène t-il ? Quels outils pour maintenir du commun en éducation ? François Baluteau a la parole...

La thèse de votre ouvrage c’est que nous vivons une période de retour à un enseignement secondaire différencié dans les pays de l’OCDE ?

C’est vrai. Il y a eu un mouvement, au 20ème siècle, de généralisation de l’école compréhensive. C’est à dure une école qui veut réunir tous les élèves autour des mêmes contenus. Ca a animé l’évolution des systèmes éducatifs jusqu’à la moitié du 20ème siècle. Tous les pays ne se sont pas convertis à l’école compréhensive avec un modèle unique. La Suisse, l’Allemagne, la Belgique, par exemple, sont restés sur des formes de différenciation précoce. La France, l’Italie, la Suède sont allés plus loin dans l’unification. L’Angleterre aussi dans une certaine mesure.

Les pays sont très différents en ce qui concerne l’école moyenne (équivalent du collège en France). Il y a une opposition nette entre l’europe germanique et l’europe latine, l’une plus libérale, l’autre moins. Résultat : on voit des orientations très différentes alors qu’il y a une grande proximité géographique.

En France c’est le collège unique qui n’est pas officiellement remis en question...

Il fait quand même l’objet d’interrogations. L’hétérogénéité des élèves pose problème dans les classes. Certains syndicats lui sont hostiles. On a bine un cadre unique maintenu avec un tronc commun. Mais les options permettent de différencier le collège unique. Des phénomènes de ségrégation se construisent sur ce terrain. Mais la France reste moins exposée à la différenciation par rapport aux autres pays qui se sont émancipés pus largement de l’école compréhensive.

Qu’est ce qui pousse à cette remise en cause ? Une volonté de ségrégation sociale ?

Ca dépend des pays. Il y a une logique fonctionnelle à l’ouvre de type économique : l’école doit répondre à des impératifs économiques. En France cela se traduit par des options professionnelles qui arrivent tôt.

Il y aussi une logique néolibérale marchande : il faut répondre à des publics d’élèves différents. L’Angleterre est allée très loin sur cette voie. La France y va aussi avec l’enseignement privé et un peu le public en dessinant des offres diversifiées pour des publics différents. C’est une logique d’adaptation de l’école à l’hétérogénéité des élèves.

Vous dites que cette évolution est liée à une orientation vers les compétences des enseignements. Que voulez vous dire ?

Pour un état il y a deux façons de réguler les contenus enseignés. On peut passer par les programmes et dans ce cas on crée des obligations pour les enseignants. Et on peut passer par des standards comme le socle commun : dans ce cas l’obligation est faite aux élèves d’acquérir obligatoirement des compétences. L’OCDE influe pour aller dans ce sens. On passe alors d’un projet humaniste, porté par l’école, à un projet plus économique et fonctionnel.

L’aspiration à la diversification impose t-elle toujours une ségrégation sociale des élèves ?

Les modalités varient selon les pays. Mais plus on diversifie plus on est face à la ségrégation. Mais celle ci peut se construire différemment. En Allemagne, la différenciation précoce conduit à une ségrégation sociale évidente qui est plutôt externe , entre établissements. Dans d’autres pays on va trouver une ségrégation interne aux établissements, avec des classes de niveau. En France on mélange les deux...

La diversification de l’offre scolaire est une opportunité pour les publics de pratiquer l’entre soi. Par le biais des options, on choisit son établissement, celui qui convient le mieux en terme de fréquentation sociale. Il y a bien des aspirations ségrégatives dans la société. On le voit avec le choix du privé en France. Mais on le retrouve aussi dans le public avec une hiérarchie des établissements. Pierre Merle a bien montré que l’assouplissement de la carte scolaire (sous Sarkozy) a surtout profité aux familles favorisées pour obtenir un établissement mieux classé. L’offre scolaire se diversifiant on a pu choisir plus facilement entre les établissements publics.

A t-on des outils pour aller contre cette différenciation implacable ?

L’outil c’est reconstruire une carte scolaire. Certaines municipalités vont en ce sens avec des cartes permettant la mixité sociale. Certains établissements ont réussi avec des options attractives à donner d’eux une image plus positive. Beaucoup utilisent des regroupements temporaires d’options pour éviter de faire des classes homogènes en interne. On voit aussi des collaborations entre collèges pour gérer ensemble le public et l’offre.

Le gouvernement précédent avait essayé avec la réforme du collège d’aller contre la différenciation. Comment lisez vous l’échec de cette réforme ?

Les mesures prises, comme abandonner les classes bilangues ou le latin n’ont pas été très opportunes. C’était un peu radical. Certains établissements de l’éducation prioritaire avaient mis en place des options attractives permettant de résister au privé. Les remettre en question n’était pas une bonne chose. Dire au public vous n’avez plus le droit de faire telle chose c’est toujours une façon d’inviter le privé de maintenir une offre attractive..
Propos recueillis par François Jarraud

François Baluteau, Vincent Dupriez, Marie Verhoeven, Entre tronc commun et filières, quelle école moyenne ? Étude comparative. Academia. ISBN : 978-2-8061-0425-0

Sur le site de l’éditeur

Extrait de cafepedagogique.net du 22.03.19

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