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20 ans d’insertion professionnelle des jeunes : entre permanences et évolutions, Céreq, avril 2018, 196 p. Déclassement, décrocheurs, discriminations... (présentation ToutEduc)

19 avril 2018 Version imprimable de cet article Version imprimable

20 ans d’insertion professionnelle des jeunes : entre permanences et évolutions
Thomas Couppié, Arnaud Dupray, Dominique Épiphane, Virginie Mora (coordonnateurs)
Céreq Essentiels n°1 avril 2018 196 p.

Depuis 20 ans, les enquêtes Génération visent à éclairer la connaissance sur l’insertion professionnelle des jeunes et aident au pilotage des politiques publiques qui l’accompagnent. Selon les éditions, entre 20 000 et 55 000 jeunes sortis la même année du système scolaire ont été interrogés sur leurs premières années de vie active.

Grâce à ce dispositif, le Céreq peut aujourd’hui rendre compte des permanences et des principaux changements en matière d’accès des jeunes au marché du travail, au terme de deux décennies marquées par l’installation du chômage massif et par un accès toujours plus important à l’enseignement supérieur.

Ce travail de synthèse et d’analyse sur longue période est l’occasion d’une prise de recul utile au moment où le champ de la relation formation emploi connaît, ou s’apprête à connaître, une série
de réformes.

Extrait de cereq.fr d’avril 2018 : 20 ans d’insertion professionnelle des jeunes : entre permanences et évolutions

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Les caractéristiques de l’insertion professionnelle des jeunes, des apprentis, des décrocheurs, des femmes... (CEREQ)

Depuis 20 ans, les conditions d’insertion professionnelle des jeunes ont-elles vraiment évolué ? Les politiques elles-mêmes ont-elles changé ? Les disparités se sont-elles atténuées ? L’apprentissage permet-il une meilleure insertion que la voie professionnelle ? Le CEREQ publie une série d’articles fondés sur les enquêtes "Génération" qui se succèdent depuis 20 ans. En effet, la première de la série, "Génération 1992", a permis d’interroger en 1997 "un échantillon de 27 000 jeunes cinq ans après leur sortie du système éducatif [ou 3 ans selon les enquêtes]". Voici les principales conclusions de cette publication.

En matière de politiques publiques, "la période 1992-2015 est ainsi marquée par diverses ’évolutions dans la constance’. Les approches suivies pour tenter de remédier aux niveaux élevés de chômage des jeunes restent bâties sur un socle permanent : des politiques visant à accroître la qualification des jeunes, via l’alternance, pour améliorer leurs chances d’accès à l’emploi ; des politiques de réduction du coût du travail pour les employeurs, dans l’idée de compenser le déficit d’expérience professionnelle des jeunes ; un accompagnement individualisé à la recherche d’emploi et dans les autres sphères de la vie sociale apporté notamment par les missions locales." Les auteurs notent toutefois "deux tentatives d’innovation", avec les emplois-jeunes et les emplois d’avenir. "L’accompagnement des jeunes a également connu différentes évolutions, dans le sens d’une intensification préventive. Avec la récente Garantie jeunes, des jeunes vulnérables coupés des institutions sont redevenus ’visibles’. L’invisibilité et les vulnérabilités multiples vécues par ces jeunes continuent aujourd’hui d’interroger la pertinence et l’effectivité des réponses apportées par les pouvoirs publics."

Un article porte sur les NEET, pour reprendre l’acronyme de l’expression anglaise "Neither in Employment, nor in Education or Training" : "Dans les faits, très peu de jeunes sont restés NEET durant les cinq années suivant la sortie de l’école : 2 % pour les trois premières cohortes et 3 % pour la dernière. Ce faible taux bouscule l’image négative associée aux NEET comme étant celle de jeunes ne voulant ou ne pouvant pas travailler (...) Les trois quarts des NEET observés à cinq ans ont même eu l’opportunité depuis la fin des études d’occuper un emploi d’au moins six mois (...) Environ 40 % d’entre eux ont eu un parcours professionnel avec de multiples emplois (...) Être NEET n’est donc pas toujours synonyme de retrait durable du marché du travail." Mais cette situation "concerne des jeunes qui apparaissent être bien plus vulnérables du point de vue du niveau de qualification atteint, de leur profil social et de leur rapport à l’emploi (...) Certains peuvent privilégier à un moment donné de leur trajectoire des priorités différentes de l’emploi salarié (famille, année sabbatique, loisir, créativité artistique…), quand d’autres jeunes vivent des situations de grande vulnérabilité (absence de qualification, problèmes de santé, discriminations, etc.)."

Le déclassement. "Aujourd’hui plus qu’hier, le diplôme protège du risque de chômage et son rôle sélectif s’accroît, le niveau de recrutement s’élevant d’une génération à l’autre. Ainsi, l’accès à l’emploi est toujours plus facile pour les plus diplômé.e.s, mais le ’consentement’ à se déclasser peut être d’autant plus fort que le chômage des jeunes est à un niveau élevé (...) L’analyse du déclassement des jeunes sur vingt années conduit à montrer l’amplification du phénomène d’une cohorte à l’autre. Toutefois, ce résultat général est à nuancer selon le niveau de formation. Comme attendu, les formations sélectives de niveau bac+5 protègent relativement aux autres du risque de déclassement, quand les formations du supérieur court sont les plus enclines à conduire à des situations de déclassement. Ces résultats tiennent à une montée de l’offre de diplômé.e.s plus rapide que la demande d’emplois qualifiés."

Les "décrocheurs". "Les données de l’enquête Emploi permettent d’estimer que la part des sortants du système éducatif sans diplôme a baissé, par paliers, sur les 20 dernières années. Jusqu’en 1995, cette proportion est de 25 % des sortants. Elle est ramenée aux environs de 21 % au cours des 5 années suivantes pour être ensuite circonscrite à 17 % sur la période 2002-2010. Sur l’ensemble des enquêtes exploitées, 17 % des non-diplômés n’ont fréquenté que le collège ; 61 % ont suivi une voie professionnelle et 22 % le lycée général ou technologique (...) L’essentiel du décrochage se situe dans la voie professionnelle où les garçons sont majoritaires. Les filles réussissent mieux, quelle que soit la voie d’enseignement. Le décrochage scolaire touche ainsi davantage les garçons que les filles et cet écart n’a pas tendance à se réduire. (...) Par ailleurs, les difficultés d’entrée sur le marché du travail semblent figer, pour les jeunes hommes, certains processus de transitions sociales (mobilité résidentielle, décohabitation et mise en couple sont moins fréquentes pour les non-diplômés) et, à l’opposé, accélérer un engagement des jeunes femmes dans une vie familiale. Sur l’ensemble des enquêtes, un tiers des non-diplômées a eu des enfants au cours des cinq années suivant la sortie du système éducatif."

Les diplômes professionnels . "Les jeunes titulaires d’un bac pro s’insèrent mieux que l’ensemble de la génération dès leur entrée sur le marché de l’emploi (...) Les jeunes détenteurs d’un baccalauréat professionnel connaissent une situation professionnelle au cours de leurs cinq premières années de vie active nettement plus favorable que les autres types de bacheliers et que les diplômés de niveau V (CAP, BEP) (...) Les diplômés de CAP-BEP ont quant à eux subi particulièrement violemment la crise économique, aggravant encore davantage leurs difficultés d’insertion (...) Au fil du temps, le baccalauréat professionnel a trouvé sa place dans la structure des emplois, notamment du côté des entreprises industrielles, et ce clairement en tant que diplôme qualifiant (...) Pour autant, dans les conventions collectives, celles de l’industrie en particulier, le bac pro structure le haut des grilles ’ouvrier’ mais ouvre rarement accès à la catégorie de technicien (...) Il s’agit ainsi d’être bachelier non pour monter mais pour ne pas descendre dans la structure sociale."

L’apprentissage vs le lycée professionnel. "L’entrée dans la vie active est plus rapide pour les apprentis, du fait du maintien de certains d’entre eux dans l’entreprise de formation (...) Mais les apprentis, qui ne sont plus dans l’entreprise où ils ont effectué leur apprentissage, trouvent leur premier emploi significatif avec une vitesse globalement équivalente à celle des scolaires (...) La dégradation de la situation économique, subie par les sortants de la génération 1992 et encore plus intensément par ceux de la génération 2010, concerne surtout les sortants les moins diplômés, qu’ils soient scolaires ou apprentis. Dans ces périodes, l’écart entre ces deux populations a aussi tendance à se réduire. Mais les apprentis semblent mieux profiter des périodes de reprise (sortants des générations 2004 et plus encore 1998). Ces constats confirment le caractère procyclique de l’apprentissage. Les apprentis subissent triplement les effets d’une augmentation du taux de chômage : ils éprouvent alors plus de difficultés à trouver l’entreprise d’apprentissage ; à l’issue de la formation, on leur propose aussi moins souvent de transformer le contrat d’apprentissage en contrat de travail ’stable’ ; enfin, quand ils ne sont pas conservés dans l’entreprise, ils sont confrontés à une concurrence exacerbée dans leur recherche d’un nouvel employeur. De manière générale, l’avantage des apprentis semble se réduire à mesure que le niveau de formation augmente (...) [Toutefois] l’apprentissage semble protéger de plus en plus efficacement du chômage (...) On peut faire l’hypothèse qu’en période de sous-emploi, par exemple durant les années 2010 à 2015, les entreprises, qui sont obligées de réduire leur effectif, seraient plus enclines à garder les ex-apprentis qu’elles auraient formés (...) En revanche, l’apprentissage n’octroie aucun avantage salarial."

Les disparités. "Les conditions d’insertion des jeunes continuent d’être traversées de grandes disparités, qu’elles soient liées au diplôme, au sexe ou à l’origine sociale. Ce sont surtout les jeunes peu ou pas diplômés qui ont vu exploser leur risque de connaître des parcours d’insertion dominés par les situations de chômage ou d’inactivité entre les générations 1998 et 2010 (...) Les différences de parcours d’insertion liées au niveau de diplôme en fin de la formation initiale se sont, au final, nettement accrues en près de vingt ans. De même, l’hétérogénéité des parcours d’insertion en fonction des origines sociales s’est creusée (...) Au sein de la génération 1992, 13 % des enfants de cadre(s) et 21 % des enfants d’ouvrier(s) ou employé(s) étaient ainsi au chômage ou inactifs cinq ans après leurs études. Ces chiffres passent respectivement à 12 % et 26 % pour la génération 2010."

Les discriminations de genres. "Au cours des vingt dernières années se dessine donc un mouvement de convergence des destinées scolaires et professionnelles des hommes et des femmes, aboutissant à une réduction perceptible des inégalités observées dans le passé (...) Cette relative convergence n’est pas entièrement imputable à la seule amélioration de la situation des jeunes femmes sur le marché du travail, mais également à une détérioration de celle des jeunes hommes. De plus, ces évolutions professionnelles s’inscrivent dans un contexte d’ajournement, de plus en plus marqué, des constructions familiales pour les hommes comme pour les femmes. Ainsi, la part de jeunes vivant en couple, 5 ans après leur sortie du système scolaire, baisse de 9 points pour les deux sexes alors que celle de jeunes parents recule davantage pour les jeunes femmes que pour les jeunes hommes."

Les discriminations liées à l’origine. "Depuis 20 ans, au regard de l’accès à l’emploi, les fils de l’immigration nord-africaine non diplômés sont constamment pénalisés en comparaison avec les descendants de natifs et le différentiel de niveau d’emploi entre ces deux groupes ne se réduit pas aux seules inégalités de formation. Malgré l’adoption d’une législation contre les discriminations et en dépit de la publicité faite au thème de la diversité dans le monde de l’entreprise, l’hypothèse d’une sélection et d’une gestion différentielles à caractère genré et ethno-racial des groupes de personnes sur le marché du travail, avec comme effet une asymétrie de l’insertion professionnelle et des trajectoires d’emploi reste d’actualité."

Les discriminations liées à l’habitat. "Entre les cohortes 1998 et 2010 la dégradation de la conjoncture économique a pesé sur l’accès à l’emploi de l’ensemble des jeunes, mais que ceux ayant effectué leur scolarité en ZUS ont été particulièrement affectés. Les écarts de taux d’emploi et d’exposition au chômage se sont creusés sur la période, entre les jeunes issus des ZUS et ceux des agglomérations environnantes. Ce fossé croissant s’explique en majeure partie par des inégalités sociales et scolaires qui apparaissent de plus en plus pénalisantes pour les jeunes des quartiers (...) Ces résultats interrogent l’efficacité des politiques mises en œuvre depuis plusieurs décennies, qu’il s’agisse de la politique de la ville ou de la politique de l’éducation prioritaire. Les périmètres de ces dernières ont récemment été réformés. Les ZUS ont en effet laissé place aux ’quartiers prioritaires de la politique de la ville’ en 2014, pendant que l’éducation prioritaire confirmait sa logique d’établissement (et non plus de zonage, comme au temps des zones d’éducation prioritaires). Doit-on attendre de ces réformes une amélioration de l’efficacité de ces dispositifs ? Il y a fort à parier qu’une coordination renforcée entre politique de la ville et politique de l’éducation prioritaire favoriserait l’optimisation de l’utilisation des moyens et l’obtention de meilleurs résultats."

"20 ans d’insertion professionnelle des jeunes : entre permanences et évolutions", CEREQ, 196 p., téléchargeable ici http://www.cereq.fr/content/download/20988/181585/file/ESSENTIELS%201_WEB.pdf

http://www.touteduc.fr/fr/abonnes/article/id-14874-les-caracteristiques-de-l-insertion-professionnelle-des-jeunes-des-apprentis-des-decrocheurs-des-femmes-cereq-

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