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"Prendre soin, Santé et bien-être en éducation", dossier de la revue Diversité n°189 (le sommaire : la présentation ToutEduc)

22 septembre Version imprimable de cet article Version imprimable

Prendre soin, Santé et bien-être en éducation", revue Diversité n°189, 3e trimestre 2017, 15 €

Le sommaire complet avec les deux entretiens à télécharger

L’éditorial

 

L’analyse pr ToutEduc
La bienveillance en éducation, pour quoi faire et comment ? (revue Diversité)
"Prendre soin, veiller à la santé et au bien-être au sein des écoles et des établissements, reviennent à être attentif à la qualité de vie, celle des élèves comme des professionnels", écrit Régis Guyon dans l’éditorial du numéro, à paraître, de la revue Diversité. Mais de quel bien-être parle-t-on lorsqu’on évoque le monde scolaire ?
Marie Rose Moro (pédopsychiatre) et Jean-Louis Brison (IA-IPR) répondent que "la bonne santé psychologique et le bien-être sont confortés par les apprentissages réussis. Bien plus que la gratification par les notes, le bonheur à l’école est palpable dans ce sentiment qu’il y a une correspondance entre les efforts consentis et les progrès constatés. Pas de bien-être sans fierté, sans l’estime des autres et celle qu’on leur doit." Agnès Florin et Fabien Bacro, psychologues, ne disent pas autre chose : "Plus les élèves sont heureux à l’école, plus ils se sentent compétents et plus leurs performances scolaires sont élevées."

Les obstacles à surmonter sont nombreux. Cécile Roaux (directrice d’école) rappelle que le terme de "bienveillance ne sort pas d’un chapeau conceptuel", qu’il s’impose après que la concertation de l’été 2012 qui a précédé la "refondation" eut dénoncé "des pratiques d’une organisation administrative et politique historiquement verticale et autoritaire qui a beaucoup perdu en efficacité […] au détriment de dispositifs de conduite du changement visant l’évolution des pratiques, notamment pédagogiques".

Pascale Garnier (sociologue) rappelle que le temps de l’enfant est morcelé, entre le moment où il arrive à l’école maternelle et celui où il en part, "il va avoir affaire à toute une série d’adultes aux qualifications et statuts différents" tandis "qu’entre l’ATSEM et le professeur des écoles, la division du travail n’est pas simple", "que les classes les plus chargées [sont] les classes où les enfants sont les plus petits". Pour Carole Dolignon (sciences de l’éducation), il faut tenir compte de l’aménagement de la salle de classe qui en fait "avant tout un espace de contrôle", d’ "apprentissage du conformisme", où l’adulte doit "pouvoir à chaque moment surveiller la conduite de chaque adolescent, l’évaluer et, s’il y a lieu, la sanctionner".
Quant à Éric Debarbieux (sciences de l’éducation), il dénonce "la déchirure idéologique alimentée par le discours et les caricatures de ’l’antipédagogie’ [qui] ont un important effet de réel", et qui amènent "une partie non négligeable des personnels" à "considérer les relations humaines et les tâches éducatives comme mineures (...) au nom de la transmission solitaire des savoirs."

Pour sa part, Muriel Epstein (sociologue et mathématicienne), elle estime qu’il "est essentiel de progresser ensemble, en alliant chercheurs, éducateurs, associations, entreprises et citoyens. Sinon, on prend le risque d’être déconnectés de la réalité : si seuls les chercheurs expliquent, de manière surplombante, que ’le bien-être est important et voilà comment faire’, en donnant un prétendu mode d’emploi, sans implication des acteurs de terrain, il n’y a aucune chance pour que cela puisse fonctionner." Il ne faut pas non plus se tromper de combat. Jean-François Dupeyron (philosophe) estime ainsi que "les textes officiels de l’école française développent aujourd’hui une rhétorique des ’bons sentiments’ éducatifs, de l’inclusion et du bien-être des élèves" qui apparaissent globalement comme des êtres et d’abord comme "vulnérables".

Se pose alors la question du comment. Pascale Garnier, reprenant Vygotski, explique que "l’enfant de moins de trois ans apprend spontanément en suivant son propre programme", qu’à partir de six ans, il "devient capable de suivre le programme décidé par le maître", mais qu’entre ces deux âges, "l’enfant apprend en suivant le programme du maître, mais seulement dans la mesure où ce programme correspond à son propre programme". Elle plaide donc pour la constitution d’équipes pluridisciplinaire, un.e enseignant.e, un.e ATSEM, un.e éducateur.rice de jeunes enfants. "Cette organisation permet une véritable prise en compte de la dimension de la petite enfance qui fait défaut à l’école maternelle actuellement, et un travail de relais avec les familles (...) Ce métissage des professionnalités m’apparaît comme une nécessité pour accueillir les tout-petits et leur famille à l’école maternelle."

Agnès Florin et Fabien Bacro sont également sensibles à la question de la petite enfance qui relève "d’un ministère dont la dénomination et le périmètre ont changé au fil des gouvernements, renvoyant selon les époques aux Affaires sanitaires et sociales, à la Santé, à la Famille, aux Solidarités, mais jamais au ministère de l’Éducation nationale". C’est ce qui explique que, "dans les structures de la petite enfance, prendre soin des enfants fait partie du cœur du métier, dans une acception qui a pu s’avérer plus proche d’une vision hygiéniste (...) que d’une vision éducative". Et les auteurs font le lien avec une conception française de l’éducation sans souci de l’épanouissement personnel des enfants, centrée "sur les apprentissages académiques", sur le "lire, écrire, compter", des apprentissages certes "tout à fait essentiels", mais qui "ne peuvent suffire pour grandir et prendre une place active dans la vie au xxie siècle". Et ils recommandent de "mieux évaluer la qualité de vie des enfants et leur bien-être scolaire subjectif, en les impliquant eux-mêmes dans le processus de cette évaluation" de façon à "croiser leurs points de vue avec ceux des adultes qui contribuent à leur développement".

Annie Sébire et Corinne Pierotti (formatrices en éducation physique et sportive) proposent "de contribuer au bien-être de chacun par des exercices associant mouvement, pensée et sensation", qui "peuvent facilement s’intégrer dans les emplois du temps" et "peuvent être faits ponctuellement, en fonction d’un besoin, ou sous forme de rituels, en début de journée, avant une évaluation, après la récréation (...) Il serait idéal de proposer une pratique quotidienne, régulière, instaurée comme une hygiène de vie (comme il faut penser à boire de l’eau, aérer les pièces, se laver les mains régulièrement, etc.) (...) !"

Inspecteur général chargé d’une mission pour la création du corps des psychologues de l’Education nationale, Jean-Pierre Bellier dit "combien la technostructure de ce ministère est en total décalage avec l’actualité de (...) la psychologie [qui] ne bénéficie de la part de la Haute administration de l’Éducation nationale que d’une toute relative reconnaissance". Et il cite trois initiatives qui lui semblent "significativement propices à créer les conditions du bien-être des jeunes", la scolarisation des moins de 3 ans qui "redessine les contours d’un système éducatif davantage attaché à intervenir le plus précocement possible auprès des jeunes enfants", le dispositif "Plus de maîtres que de classes" qui contribue à la redéfinition de la relation "maître-élèves" et "la création des Parcours éducatifs (Avenir, de santé, d’éducation artistique et culturelle, Citoyen) qui sous-tend un bouleversement dans la répartition des rôles entre l’éducateur et l’apprenant".

Philosophe, ancienne sportive de haut-niveau (tennis), Isabelle Queval évoque elle aussi un changement de paradigme à propos de l’effort, qu’elle décrit comme "une interaction, un enchevêtrement, une imbrication du psychique et du physique", mais qu’elle refuse d’associer systématiquement à la souffrance : "On peut trouver dans [le] dépassement de soi matière à accomplissement. Mais l’identification et la critique de cette idéologie peuvent être utiles pour repérer ce qui, dans ce culte du dépassement de soi et de la performance, peut aussi être destructeur, notamment à l’école."

Marie-Rose Moro et Jean-Louis Brison ajoutent que "la bienveillance n’est pas seulement une injonction nouvelle faite à l’école par la République qui se soucierait mieux des jeunes qui souffrent. Elle est aussi ce que l’école enseigne aux élèves et exige d’eux. Cet exercice de la bienveillance par les élèves eux-mêmes donne l’essentiel de sa substance à l’éducation à la citoyenneté."

Extrait de touteduc.fr du 18.07.19 : La bienveillance en éducation

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