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Le nouveau rôle des RASED : des exemples en éducation prioritaire (Fenêtres sur cours, 7 juin 2016)

16 juin 2016 Version imprimable de cet article Version imprimable

Fenêtres sur cour, n° 425, 7 juin 2016)
[p. 11-12]

Pour que les RASED retissent leur toile

La nouvelle circulaire sur le fonctionnement des RASED doit être mise en oeuvre alors que les effectifs de ces derniers n’ont pas été reconstitués après la grande purge des années 2007-2012.
Dans ce contexte, comment faire pour que ça marche ?

Les RASED nouveaux sont-ils arrivés ? La circulaire du mois d’août 2014 appelle à revoir leur fonctionnement, mais comment faire quand 5 000 postes supprimés entre 2007 et 2012 n’ont pas été reconstitués et que de nombreux réseaux, même en REP+, restent encore aujourd’hui incomplets ? En effet, les Réseaux d’aide aux élèves en difficulté ont perdu le tiers de leurs effectifs, ces derniers ayant été stabilisés
autour de 10 000 depuis. Si le ministère n’a pas annoncé les
créations de postes qui permettraient de retrouver le niveau d’avant l’ère Sarkozy, sa circulaire a au moins le mérite de reconnaître l’importance des réseaux pour l’école tout en réinterrogeant leur rôle dans l’institution. Cette reconnaissance
passe par une réaffirmation de leurs missions.
Le ministère rappelle ainsi que « Les enseignants spécialisés apportent une aide directe aux élèves manifestant des difficultés persistantes d’apprentissage ou de comportement, le psychologue scolaire aide à comprendre les difficultés d’un enfant et contribue à faire évoluer la situation ».

Mais la circulaire ne se contente pas de rafraîchir la mémoire de celles et ceux qui auraient oublié le rôle et l’apport des réseaux, elle donne clairement à ces derniers une nouvelle dimension en les incluant dans le pôle ressource de circonscription piloté par l’IEN. Pôle qui « regroupe tous les personnels de l’Éducation nationale » et qui, pour répondre
à la demande d’un enseignant ou d’une école « peut solliciter et fédérer » conseillers pédagogiques, maître formateurs, animateurs Tice, enseignants référents pour la scolarisation des élèves en situation de handicap et bien sûr, les maîtres spécialisés E et G et, les psychologues scolaires (lire p. 14).

Un espace de travail commun, un espace intermétier
Intervention directe auprès des élèves, accompagnement des
enseignants, le RASED doit désormais répondre à cette double mission.
Plus facile à dire qu’à faire, d’abord pour une simple raison arithmétique. Les pertes de postes se sont traduites au final par la disparition de réseaux, tandis que de nombreux autres se retrouvent incomplets aujourd’hui.
Seconde raison de cette difficulté, avec la mise en place des pôles ressources les équipes de circonscription, les RASED et les enseignants des écoles doivent inventer eux-mêmes la meilleure articulation possible. Elle doit répondre aux besoins des élèves en grande difficulté, mais aussi à ceux des enseignants. Elle ne doit pas céder à l’externalisation et à la médicalisation de la difficulté scolaire, mais sans laisser aucun élève de côté et en aidant les enseignants, parfois submergés par des comportements ou des difficultés difficiles à gérer. Un travail collectif s’impose, mais il n’est pas facile.

Corinne Mérini, enseignante-chercheuse en sciences de l’éducation le confirme. Pour elle cette remise en cause du rôle de chacun est aussi génératrice de tensions. « Les dilemmes rencontrés ne sont pas les mêmes pour chacun des deux métiers. Face à un élève en difficulté ou à besoins particuliers, le maître de la classe va se demander s’il doit ralentir ou bien faire le programme, s’il doit aider cet élève ou gérer le collectif, s’il doit faire apprendre ou préserver la paix sociale. Le maître spécialisé va lui se demander s’il doit travailler en continuité ou en rupture avec la classe » dit-elle. La confrontation entre les deux ouvre, selon la chercheuse, un espace de travail commun, un espace « intermétier » qui demande à chacun de réorganiser ses pratiques, ce qui ne va pas de soi.

Un new deal entre maîtres ordinaires et spécialisés
Faut-il « déspécialiser les savoirs liés aux élèves à besoins particuliers » et installer « un véritable New deal » ? comme le propose Philippe Mazereau.
« Les enseignants ordinaires, dit-il, ont été enclins à déléguer tout ce qui sortait du cadre à un spécialiste et se trouvent démunis face à un enfant particulier parce qu’ils considèrent que ça ne fait pas partie de leur professionnalité.
Les enseignants spécialisés, eux, doivent davantage revenir dans l’environnement de la classe pour y percevoir ce qui fait problème et rentrer dans un espace de coopération avec l’enseignant

Extrait p. 17
À l’école [REP+] des Provençaux à Reims, on n’a en tout cas pas hésité à franchir le pas. Les maîtres spécialisés et la psychologue scolaire interviennent directement dans la classe, en appui du maître pour les premiers, à travers par exemple l’organisation de séances décloisonnées, ou en tant qu’observatrice pour la seconde afin de favoriser l’intégration de certains élèves et la cohésion de la classe.

« Cette formule d’ateliers où on fait tous la même chose en même temps stigmatise moins les élèves en difficulté » estime Caroline, une des enseignantes (lire p15). Mais il y a aussi les situations d’urgence pour lesquelles la présence du RASED ne suffit pas. Violences physiques ou verbales demandent l’intervention de moyens supplémentaires.

C’est ce que met en oeuvre depuis 2006 l’académie de Paris à travers son dispositif R’école. Constitué de trois maîtresses spécialisées, d’une psychologue scolaire et de neuf AVS, il intervient auprès des équipes pour du conseil ou pour les renforcer temporairement si nécessaire.
Mais à Reims comme à Paris c’est un même schéma de fonctionnement qui est mis en place privilégiant la circulation de l’information entre les parties prenantes, un fonctionnement plus horizontal loin des rapports hiérarchiques et la mise en place de situations de formation et de travail commun. Un véritable travail en réseau en somme.

[p. 14]
École [REP+] des Provençaux à Reims. Une équipe augmentée
Dans ce quartier de Reims, le réseau d’aide est implanté au coeur de l’école des Provençaux. Une proximité et un travail en équipe élargie nécessaires et bénéfiques.

« C’est quoi le bonheur ? » se demandent aujourd’hui les élèves de CE2-CM1 de Caroline. Comme toutes les quinzaines, l’atelier philo est animé par Natacha, la psychologue scolaire dont le bureau est installé à l’école des Provençaux. On est à Reims mais ici, on dit plutôt qu’on habite à QCR. « Quartier Croix-Rouge », un des plus grands de France avec ses 20 000 habitants, si proche et si loin pourtant du coeur historique de la ville ou de ses vignes célèbres. Dans le sous-quartier « Pays de France », encore en rénovation urbaine, l’école, classée en REP+, accueille 240 élèves.

Rencontres formelles et informelles
Pour les élèves de l’atelier, le bonheur c’est « avoir le dernier modèle de PlayStation » ou « passer de bons moments en famille ». Comme en écho, Muriel, la directrice, explique les difficultés économiques et sociales qui touchent ici les familles dont beaucoup viennent de l’étranger ou de Guyane et dont la moitié sont monoparentales. « Un quart des élèves arrive ou part de l’école en cours d’année, en ayant suivi une scolarité plus ou moins régulière » dit-elle. Alors, si la psychologue, qui a quand même 1 600 élèves dans son secteur, prend le temps de suivre cette classe régulièrement, c’est pour y favoriser l’intégration de certains élèves et la cohésion de la classe.

Stella maîtresse E attachée à l’école se concentre sur les difficultés scolaires. Cet après-midi, comme 3 fois par semaine, elle participe aux ateliers type MACLÉ* qui sont organisés au CE1 puis au CE2.
Des séances décloisonnées par groupes de besoin qui ont lieu aussi au CP et complètent ses interventions avec de petits groupes décrochés de la classe. « Cette formule d’ateliers où on fait tous la même chose en même temps stigmatise moins les élèves en difficulté » pense Caroline et pour Marie-Odile, maîtresse de CP, « elle favorise les progrès et les passerelles entre les groupes ».

Le RASED est ici au coeur de l’école, intégré à son fonctionnement pédagogique. Natacha, Stella, et leur collègue Catherine, la maîtresse G qui intervient davantage en maternelle, sont présentes, joignables, on les voit dans les réunions institutionnelles, les conseils, les équipes éducatives, mais aussi dans les journées de décharge REP+. Elles peuvent se rendre disponibles pour rédiger un GEVASCO, rencontrer
une famille, reparler d’un élève, mobiliser les bons
partenaires. « Ce n’est pas une équipe à côté de l’équipe »
confirme Muriel, « on travaille ensemble ». La salle des
maîtres en est témoin quand, véritable poumon de l’école, elle favorise les échanges informels autour du
café ou du repas. Caroline apprécie cette proximité du
RASED qu’elle n’avait pas rencontrée ailleurs. Pour
Thomas, maître de CE2, elle permet « d’étayer le
regard des enseignants et de se décentrer de ce qui se
passe en classe. Stella et Natacha nous alertent ou au
contraire nous rassurent sur certains élèves », ajoute-til.

Une prise en charge collective des élèves, de leurs
problèmes de comportement ou de leurs difficultés
scolaires nécessaire à tous.

*Module d’approfondissement des compétences en lecture-écriture

Extrait de Fenetres-sur-Cours, n° 425 du 07/06.16 :
Fenêtre sur cours

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