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Journée OZP 2016. L’éducation prioritaire dans l’académie de Créteil : un exemple emblématique, intervention de Béatrice Gille, rectrice, avec les deux correspondants académiques

6 juin 2016 Version imprimable de cet article Version imprimable

 L’ÉDUCATION PRIORITAIRE DANS L’ACADÉMIE DE CRÉTEIL UN EXEMPLE EMBLÉMATIQUE

INTERVENTION DE BÉATRICE GILLE, RECTRICE DE L’ACADÉMIE DE CRÉTEIL,

avec FRANÇOISE CONTANA, correspondante académique Éducation prioritaire de Seine-Saint-Denis, et ALAIN POTHET, correspondant académique Éducation prioritaire de l’académie de Créteil.

Béatrice Gille présente les grandes lignes de son intervention sur la politique d’éducation prioritaire dans l’académie de Créteil : diagnostic, objectifs, stratégie, perspectives...

Le travail sur la carte de l’éducation prioritaire a duré un an. Il est vrai que, avec 30% des élèves dans le dispositif et 60% pour le département de la Seine-Saint-Denis, nous sommes l’académie la plus chargée en Éducation prioritaire.

À ma demande, la DEEP a relevé les points qui pouvaient présenter un caractère emblématique par rapport aux autres académies, en fonction de l’étendue de la zone ou du niveau des difficultés. 5 zones ont été ainsi été repérées.

Les ressources humaines
L’effort a porté sur l’ensemble des secteurs mais en priorité sur l’éducation prioritaire et sur la Seine-Saint-Denis.
L’une des caractéristiques de l’académie est la jeunesse des personnels enseignants et les réponses à cette situation ne sont pas évidentes. On a constaté par ailleurs une augmentation du nombre de vacataires en éducation prioritaire.
On peut vraiment dire que, dans notre académie, les enjeux relatifs aux ressources humaines sont aussi importants que les enjeux d’ordre pédagogique.

Alain Pothet, à qui la rectrice passe la parole, souligne que l’académie dispose maintenant d’un appareil statistique performant mais qu’il est délicat de mettre en avant tel ou tel indicateur devant les équipes de terrain car ces données ont un effet fortement culpabilisant.
Ainsi les écarts constatés entre filles et garçons sont des données qui relèvent de l’impensé chez les enseignants.
Un point caractéristique à l’Ile-de-France et particulièrement à l’académie de Créteil est la demande élevée des familles d’une orientation vers l’enseignement général, qui traduit une forte ambition de poursuite des études.
Pour ces différentes raisons, nous mettons en avant l’objectif de réussite de tous et pas seulement celui de la réduction des inégalités, et cela dans le cadre du socle.
Nous avons d’ailleurs diffusé sur papier un petit livret de présentation de l’ensemble des acquis du socle commun, car le socle, cela parle aux enseignants.

Françoise Contana intervient à son tour pour présenter deux fondamentaux :

- la scolarisation des moins de trois ans, qui a un effet déterminant sur les parcours ultérieurs. Nous allons ouvrir davantage de classes, en partenariat avec les collectivités, et cela malgré la progression démographique. Nous ciblons en priorité les publics les plus éloignés de l’école. Le maître mot est l’accueil des élèves et des familles mais aussi l’accompagnement de proximité des Atsem dans le cadre du projet d’école.

- "Plus de maîtres que de classes" est un des grands leviers de l’école. Nous donnons la priorité aux écoles qui avaient déjà préparé un projet et travaillé sur la co-intervention. Un temps de formation est prévu pour les directeurs d’école du 93 qui accueillent ce dispositif, qui va être considérablement augmenté. La gestion des ressources humaines et la stabilité des personnels nous paraît importante également sur ce dispositif.

Béatrice Gille reprend la parole et souligne que l’académie est bien pourvue par le ministère en postes dans le premier degré, surtout le 93 : 530 emplois supplémentaires en 2016 , c’est considérable.

Travailler en coopération

Une question essentielle est de développer les compétences de tous les acteurs en les amenant à travailler en collaboration. En développant les compétences transversales, on améliore les conditions du travail collectif. Il est indispensable d’avoir un objectif commun tout en préservant les responsabilités de chacun. Pour cela il faut s’appuyer sur un sentiment d’appartenance et en même temps de reconnaissance du travail fourni. Le partage des ressources contribue à augmenter la confiance en soi de chacun.
Reste une véritable question, celle du volontariat et de la participation. Mais n’oublions pas que le service public implique une idée d’obligation. Il faut développer à tous les niveaux un travail coopératif, qui peut d’ailleurs être informel et reposer sur le sentiment de la nécessité de l’entraide.
Le travail d’équipe avec partage des responsabilités peut se comparer à l’alpinisme de haute montagne : pas de réussite possible sans coopération de tous les niveaux impliqués, à la différence bien sûr qu’en éducation il ne s’agit pas d’une question de vie ou de mort. Cette coopération est un axe essentiel de notre projet académique général et plus encore pour notre projet d’éducation prioritaire.

Cela a des implications managériales : notamment un réseau de formateurs et une communauté de pratiques...
On doit se demander : Quel est notre Everest à nous ou à moi ? Et comment je fais partager mon projet ?
Nous avons mis en place un serveur académique pour faire remonter tous les besoins de formation.

Françoise Cotona : l’une des particularités de l’académie est le nombre de réseaux. Piloter et faire travailler ensemble 134 réseaux n’est pas facile mais c’est aussi une richesse et on peut traiter une partie de la tâche au niveau départemental ou local. Il faut aussi gérer le problème des remplacements. Et la formation des coordonnateurs est une priorité.

Béatrice Gille  : Comment développer la stabilité des personnels ? Il nous faut étudier et évaluer tout ce qui relève des ressources humaines et qui va dans cette direction. Le régime indemnitaire a une influence mais beaucoup plus sur le premier degré que sur le second.
Nous enregistrons des demandes de sortie de REP et REP+ mais aussi des demandes d’entrée en REP+.
Nous avons des problèmes de remplacement mais pas plus qu’ailleurs et cela devrait s’améliorer.

Quoi de neuf avec la refondation ?

La refondation repose essentiellement sur le Plus de maîtres (et la co-intervention),
le développement des formations et celui de la scolarisation des moins de trois ans.
Mais cela peut-être perçu différemment sur le terrain.
Les projets de réseau avancent bien, notamment grâce au référentiel.

Au niveau du rectorat, il nous faut toujours penser en terme d’éducation prioritaire. Il y a des résistances mais l’éducation prioritaire doit rester prioritaire.

Parmi nos priorités, citons pêle-mêle :
• augmenter le travail collectif en second degré,
• développer le travail interdegrés
• faire s’approprier le référentiel
• développer le partenariat : c’est difficile et on a du mal à impliquer les collectivités et associations,
• faire venir les parents,
• amplifier les recherches et les apports réciproques des chercheurs et des enseignants. Nous avons mis en place des résidences de chercheurs en éducation prioritaire,
• accroître le lien avec les Espè,
• ne pas oublier les REP ni ceux qui sont hors éducation prioritaire et qui peuvent être aussi en grande difficulté,
• augmenter le travail sur la citoyenneté avec les personnels et avec les élèves. Une conférence de consensus sur les discriminations est prévue dans l’académie. La déontologie est un élément important en éducation et aux yeux des enseignants.
• enfin donner toute leur place aux questions de climat scolaire et de bien-être à l’école.

Je n’ai pas évoqué la Seine-et-Marne mais ce département connaît également des problèmes.

En conclusion, il faut
• laisser beaucoup d’initiative à l’intelligence des réseaux,
• tenir bon le curseur entre la notion de service public et celle d’obligation de responsabilité collective.
 

  DÉBAT

Un principal dans l’académie de Créteil : il existe une concurrence entre les REP et les REP+.Des personnels quittent les REP pour les REP+. Il est impossible actuellement de tenir des réunions de concertation interdegrés en REP. C’est l’une des causes des départs vers les REP+. Comment inciter les personnels à rester en REP ?

Béatrice Gille  : Il faut rééquilibrer en faveur des REP, en jouant sur la formation et les ressources humaines. Nous allons commencer à le faire, mais c’est compliqué, en particulier d’instaurer des espaces collaboratifs entre le premier et le second degré. On touche là une question de niveau national.

Notre système éducatif n’aime pas l’incertitude, surtout dans les endroits fragiles.
Il faut sécuriser les élèves mais aussi les personnels, qu’il faut sécuriser et mettre en confiance.
La trajectoire des personnels, c’est une question importante. On n’entre pas en éducation prioritaire seulement pour des raisons financières mais aussi parce qu’on a le sentiment profond d’être utile.
Il n’est pas forcément souhaitable d’y rester toute sa vie, alors que nous vivons dans un monde très mobile, surtout dans notre académie. Inversement, on ne peut pas monter de projet en changeant d’établissement tous les ans.

Sur la question des performances scolaires garçons/filles, dans certains établissements on ne constate aucune différence alors qu’ils sont phénoménaux ailleurs, sans qu’on soit capable d’expliquer pourquoi. Il y bien un problème des garçons, et ce sont surtout eux les perturbateurs, mais il ne faut pas négliger les filles, qui, elles aussi, connaissent des difficultés. Et comme le dit souvent Alain Pothet, "les cerveaux sont les mêmes".

Sur la mixité sociale, nous sommes expérimentateurs avec trois communes :
Clichy-sous-Bois, Noisy-le-Grand et Rosny-sous-Bois, tous les trois dans le 93. Dans le 77, cela semble mieux fonctionner.
La mixité sociale, tout le monde est d’accord sur le principe, mais pas dans la pratique.

Compte rendu rédigé par Jean-Paul Tauvel

 

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