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Le compassionnel en éducation (avec des exemples en EP) : - contre le stress des maths (article de la RFP) - le dernier jour de l’année (Le Café)

20 juillet

Maths : La pédagogie c’est aussi de l’amour
L’amour compassionnel de l’enseignant, c’est à dire la sollicitude et la tendresse qu’il manifeste vers ses élèves, influe t-il sur les résultats ? Le type de pédagogie de soutien (structure de maitrise qui s’appuie sur la valorisation des progrès) ou au contraire de compétition a t-il aussi un impact ? Kim Adler (Académie d’Occitanie) et Mael Virat (ENPJJ Lille) ont travaillé sur ces hypothèses auprès d’un échantillon de 291 élèves de 4ème issus de 4 collèges dont un REP. " Les résultats de cette étude apportent une contribution nouvelle en mettant en évidence le lien entre la perception de l’amour compassionnel de l’enseignant d’un côté et les buts de maîtrise ainsi que l’engagement affectif des élèves de l’autre : les élèves qui perçoivent que leur enseignant de mathématiques ressent davantage d’amour compassionnel pour eux sont davantage susceptibles d’adopter des buts de maîtrise et de s’engager affectivement en mathématiques", écrivent les auteurs. Ils en tirent la conclusion qu’il faut prendre en compte le soutien émotionnel dans les pratiques enseignantes. "Il semble infructueux de ne faire porter les recommandations ou la formation que sur l’aspect pédagogique du soutien de l’enseignant, sauf à inclure dans cette dimension pédagogique l’aspect affectif, ce qui n’est pas toujours assumé comme tel en France... Si le terme « soutien pédagogique » est pris dans une acception large, incluant aussi bien le soutien instrumental que le soutien émotionnel de l’enseignant, il paraît alors utile, dans le contexte français où il ne s’agit pas d’une évidence, de préciser : la pédagogie, c’est aussi de l’amour". Une analyse particulièrement intéressante pour les maths en France où le stress des élèves a été déjà signalé.

Dans Revue française de pédagogie 214

Extrait de cafepedagogique.net du 12.07.22

 

Quand c’est l’heure des au revoir…
Enseigner, est-ce s’attacher à ses élèves ? Certains arguent que l’affect n’a pas sa place dans les apprentissages, d’autres au contraire expliquent que les transmissions de savoirs s’opèrent plus naturellement lorsque justement il y a de l’affect. Jeudi dernier, les portes de l’école se sont fermées pour la dernière journée de l’année. Pour les élèves de grande section et de CM2, c’est le grand saut. Certains iront à la « grande école », les autres au collège. Les « au revoir » à la grille d’école sont un moment où se mélangent excitation et appréhension pour la grande majorité des élèves, mais pas seulement. Pour les enseignants et enseignantes du premier degré, l’exercice n’est pas évident non plus. Ils se confient au Café pédagogique.

La spécificité du premier degré, c’est qu’il y a un enseignant par classe (dans la très grande majorité des cas). Les enseignants vivent donc toute l’année avec leurs élèves dont ils partagent les moments de bonheur, de tristesse, de colère, de joies… Dans bon nombre d’écoles rurales, c’est parfois un seul enseignant qui a suivi la scolarité de l’enfant, de la petite section au CM2, soit huit années passées ensemble. Se dire « au revoir », n’est donc pas toujours facile. Et puis, les derniers jours d’école riment avec tri et rangement de la classe, préparation de la prochaine rentrée, déménagement de meubles… Autant dire que enseignants et enseignantes sont très occupés. A cela se rajoute la charge émotionnelle des fins d’années… Un moment décrit comme fort dont ont du mal à redescendre les enseignants, qui pour beaucoup retournent encore à l’école les jours suivants…

Le jeudi 7 juillet dernier, c’était le premier « dernier jour de l’année » de Marc-Antoine Delcroix. « J’étais PES (Ndlr : enseignant stagiaire). Ça a été dur de voir les élèves partir, ça a été dur aussi pour eux de partir », nous dit-il. « Je ne pense pas, personnellement, que l’affect aide l’enseignement mais que l’enseignement amène l’affect quoique qu’on y fasse… À la sortie, nous – les enseignants – avons fait une haie d’honneur pour accompagner le départ des CM2. C’était très beau, je les ai vu passer le portail pour la dernière fois et j’avoue avoir versé ma petite larme … ».

« Il est difficile de quitter ses élèves car on sait que pour la plupart d’entre eux, l’école est une échappatoire »

En grande section, c’est assez similaire. Marianne Blin et Ornella Adam enseignent toutes les deux à l’école maternelle Guy Môquet de Stains (93). L’école étant classée REP+ et ne disposant pas d’assez de locaux pour les dédoublements, les enseignantes partagent la même classe depuis deux ans. « C’est un plus de travailler avec une collègue dont on partage les valeurs et les modèles pédagogiques. On est complémentaires et ce double regard est un atout pour les élèves » explique Ornella. La situation de trois élèves l’a particulièrement touchée. « Au début de l’année, nous avions trois petites filles très timides, qui n’osaient pas prendre d’initiative ou se lancer dans les activités de peur d’échouer. Tout au long de l’année, nous les avons rassurées, nous les avons accompagnées, nous leur avons montré qu’elles étaient capables. En cette fin d’année, elles osaient, c’est donc une réussite. Je crains que tout ce qui a été construit cette année se perde, alors j’ai discuté avec chacune d’entre elles. Je leur ai dit que quand on essaie, on peut échouer mais en continuant d’essayer on y arrive forcément. Finalement, on s’inquiète de savoir comment ça va se passer, comment ils vont évoluer. On s’interroge plus pour certains que d’autres et on ressent une sorte d’impuissance. Ce n’est pas facile de dire au revoir… »

Pour Marianne, « chaque fin d’année, c’est compliqué de laisser ses élèves particulièrement lorsqu’ils sont en fin de cycle car on sait qu’on ne les reverra plus au sein de l’école. Être prof c’est une histoire d’affect, on passe des heures, des journées avec nos élèves enfermés dans notre classe à partager des moments collectifs forts et à apprendre tous ensemble. Une complicité se développe au sein du groupe et il est difficile de se détacher. Il est difficile de quitter ses élèves, particulièrement en réseau d’éducation prioritaire car on sait que pour la plupart d’entre eux, l’école est une échappatoire. Certains m’ont dit "maîtresse, je veux rester à l’école avec toi, je vais m’ennuyer pendant les vacances" ». « La dernière sortie de classe est éprouvante » ajoute Marianne. « Les enfants courent dans nos bras, nous font des câlins, nous offrent de petits cadeaux pour nous remercier. J’ai le souvenir d’une élève collée à moi qui ne voulait pas partir avec sa maman car elle avait bien conscience qu’elle vivait ses derniers instants avec moi. Les parents nous remercient pour cette année partagée et pour tout ce qu’on a appris à leurs enfants. Certains versent même leur petite larme et nous font pleurer par la même occasion ».

« La sensation de les laisser partir dans un monde moins bienveillant certains bien armés, d’autres moins »

Pour Monique Ducroux et Pauline Laborde qui ont longtemps enseigné en Cm2, la fin d’année et les « au revoir » ont toujours été difficiles. « Les Cm2, c’était il y a longtemps, à Vénissieux » se souvient Monique. « Mais je me souviens des fins d’année déchirantes pour les élèves comme pour moi. J’avais la sensation de les laisser partir dans un monde moins bienveillant certains bien armés, d’autres moins. Mais j’étais aussi fière de les avoir accompagnés dans leur entrée dans l’adolescence, comme si je les laissais devant la porte de leur avenir ».

Pour Pauline, l’affect, on ne peut pas l’éviter. « Quand je suis arrivée dans mon école, des collègues chevronnées m’ont souvent reprises en m’expliquant que ce ne sont pas mes enfants mais les élèves. Je pensais alors que je réagissais ainsi car je n’étais pas encore mère. Il s’avère que non. Je ne sais pas comment certains enseignants font pour ne pas s’impliquer émotionnellement. Nous accompagnons les enfants au quotidien, partageons leur fierté, leurs réussites. Nous les soutenons également dans des moments plus difficiles. Certes, nous ne sommes pas leur père ou leur mère, mais les liens que nous créons dépassent ce stade. Les « au revoir », les adieux sont à chaque fois déchirants. Laisser partir des cm2 est encore plus complexe car nous ne pouvons même pas caresser l’idée de pouvoir être là, quasi dans l’immédiateté, si le besoin s’en fait ressentir. Voir s’envoler ses élèves avec qui tu as partagé des moments forts durant toute une année est une étape à laquelle, personnellement, je n’ai toujours pas réussi à m’habituer - malgré 20 ans de maison ! Certes, nous ne sommes pas là pour aimer les enfants ni faire qu’ils nous aiment... Mais peut-être pourrait-on considérer ce verbe autrement et se dire que nous sommes quand même là pour leur apporter sérénité, confiance, bien être et sécurité affective… »

« Le dernier jour est toujours un moment émouvant pour eux et pour moi » explique Fréderic Sergent qui est quant à lui enseignant en Cm2 à l’école Christian Charbonnier de Pithiviers -le-Veil (45). « Ils sont anxieux, nous le sommes aussi car on espère que tout se passera bien pour eux. Certains pleurent beaucoup. Pour ma part, je prends toujours un petit temps pour leur souhaiter le meilleur au collège – pas uniquement – et pour leur rappeler que les résultats scolaires sont une chose mais que le civisme et l’honnêteté les surpassent. Car je crois que l’école est d’abord la fabrique des citoyens bien avant d’être celles des futurs salariés… »

Quoiqu’on en dise, il semble que l’affect soit un trait de la relation entre enseignant•es et élèves. Un affect fondé sur la reconnaissance de l’enfant derrière l’élève mais aussi un affect basé sur l’exigence. Et pour nous, la relation que nous avons avec nos lecteurs et lectrices revêt cette dimension. La reconnaissance de nos lecteurs nourrit notre volonté d’exigence, notre volonté de toujours mieux et plus vous informer… Alors disons-nous au revoir le temps de quelques semaines…

Lilia Ben Hamouda

Extrait de cafepedagogique.net du 13.07.22

 

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