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22/04 - L’éducation prioritaire dans le rapport Hirsch

22 avril 2005 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait de « L’Expresso » du 22.04.05 : le rapport Hisrch interroge l’Ecole

Le rapport de la Commission Familles, vulnérabilités, pauvreté pour le ministre des solidarités aboutit à 15 résolutions. Certaines concernent directement l’Ecole. En effet le rapport fixe comme premier objectif l’éradication de la pauvreté des enfants en 2020, ce qui suppose un redéploiement des aides.

Mais le rapport relève également que "les familles françaises ayant des enfants de moins de trois ans sont d’autant plus aidées que leurs revenus sont élevés". Il demande donc la création d’un service public de la petite enfance qui permettrait aux familles pauvres d’avoir une solution de garde pour leurs enfants.

Enfin, le rapport Hirsch s’attaque aux discriminations dans l’éducation. Pour cela il fait plusieurs propositions concrètes. D’abord il demande une politique en faveur de la mixité scolaire accompagnée d’une d’aide massive pour les établissements ZEP. Il suit en cela les recommandations de T. Piketty qu a lié faible effectif et réussite scolaires. Ensuite, relevant qu’un tiers des enfants qui n’ont pas une pièce pour faire leurs devoirs au calme sortent sans diplôme du système éducatif, il souhaite une politique de lutte contre le surpeuplement des logements. Ce qui peut aussi passer par des internats de réussite éducative. Il dénonce l’échec du redoublement au primaire et demande sa réduction. Enfin le rapport Hirsch souhaite voir mises en place des incitations financières au maintien dans le système éducatif. Une politique que le gouvernement Blair a mise en place en Angleterre.

Plusieurs de ces recommandations avaient été retenues par la Commission Thélot avant d’être écartées de la loi d’orientation sur l’école. Sensée lutter contre l’échec scolaire, celle-ci privilégie le redoublement, évacue toute question sociale et analyse l’échec en terme de mérite individuel. On mesure le décalage.

Extraits du rapport :

« Au possible, nous sommes tenus »
La nouvelle équation sociale
15 résolutions pour combattre la pauvreté des enfants
Commission Familles, vulnérabilité, pauvreté
Avril 2005

(...) Santé
Une autre conclusion des études sur le cumul entre inégalités sociales et inégalités de santé est le poids du capital social des individus. Cette dimension apparaît au moins de 3 façons :

- Un effet statut matrimonial : l’étude précitée de l’IRDES montre en effet une surmortalité des célibataires.

- Un effet statut parental : les enfants dont un des parents a une consommation excessive d’alcool ont un risque 7 fois plus grand de devenir dépendant à l’alcool que les enfants de parents non consommateurs ; les enfants dont les deux parents fumaient quand ils étaient jeunes, ont 4 fois plus de risque de devenir fumeur pendant l’adolescence et 2 fois plus si un seul fumait.

- Un effet quartier : un récent rapport montre que la proportion d’enfants en surcharge pondérale atteint 17,2% en Zone d’Education Prioritaire contre 13,3% dans les autres zones ; les enfants scolarisés en ZEP présentent 2 fois plus de dents cariées que les enfants hors ZEP.

Ces conclusions sont essentielles car elles mettent en évidence les déterminants sociaux de l’état de santé. Il est à ce titre frappant que la première proposition du rapport Acheson (1998) sur les inégalités de santé au Royaume-Uni consiste à redistribuer le revenu. Plus généralement, nous insistons sur le caractère nécessairement interministériel des programmes de réduction des inégalités de santé. (...)

(...) Restauration scolaire

Etendre La modulation selon les revenus des prix des repas en restauration scolaire

On sait que la fréquentation de la restauration scolaire est globalement favorable d’un point de vue nutritionnel en particulier à l’école primaire, sans parler de son rôle d’intégration sociale (Lafay, 2002). On sait également que la fréquentation de la restauration scolaire par les enfants des familles pauvres est plus faible quand il n’y a pas de modulation des prix des repas (étude des 3 départements Feur et Michaud en 1997-98).

Une enquête de l’Inspection Générale de l’Education Nationale sur la fréquentation de la restauration scolaire réalisée en 1998-1999 constatait de fortes disparités de fréquentation de la cantine selon la situation socioprofessionnelle des parents des collégiens. L’étude montrait par ailleurs que dans les zones d’éducation prioritaire, le niveau de fréquentation n’est que de 31,3 %, alors qu’il dépasse les 60 % en dehors des ZEP.

(...)

Promouvoir la mixité sociale

Les travaux récents d’Eric Maurin montrent un fort effet quartier dans la reproduction de l’inégalité scolaire :

- les adolescents dont l’un des parents est diplômé du supérieur vivent dans des quartiers où la proportion d’adultes diplômés du supérieur est en moyenne de 3,5 à 4 fois plus forte que celle des quartiers où grandissent les adolescents n’ayant pas de diplômé du supérieur dans leur familles.

- les adolescents dont l’un des parents au moins est diplômé du supérieur vivent en moyenne dans des voisinages où le taux de retard à 15 ans est d’environ 13% ; à l’opposé les adolescents dont l’un des proches est sans diplôme vivent dans des voisinages où le taux de retard à 15 ans est plus de quatre fois plus élevé (56%).

- la proportion d’enfants de classe modeste varie de 1 à 3 entre les 10% de collèges les moins populaires et les 10% de collèges les plus populaires. Ils représentent en moyenne 20% des effectifs dans le premier cas et 70% dans le second.

Notre première orientation, peu débattue dans son principe mais jamais mise en oeuvre, consister à redéployer massivement les moyens des Zones d’Education Prioritaires, non seulement pour la conforter mais pour dégager des moyens supplémentaires en moyenne par élève bénéficiaire : plutôt que de saupoudrer les moyens sous forme d’indemnités de sujétion pour les enseignants en ZEP, il faudrait fixer le principe que les élèves de ces quartiers qui cumulent les difficultés devraient bénéficier de moyens de plus de 20% puis 30% (contre 11% aujourd’hui) supérieurs à ceux des quartiers plus favorisés.

Orientation n°1 : Investir en faveur des ZEP, y compris en révisant les conditions de détermination de la carte scolaire

Nous proposons aussi de sortir de la logique de carte scolaire pour déterminer le zonage des ZEP et basculer vers des critères fondés sur le niveau de ressources et les résultats scolaires des élèves réellement accueillis dans les établissements (et non pas comme aujourd’hui sur ceux de la population du quartier considéré).

Un investissement dans les ZEP permettrait de réduire substantiellement la taille des classes et d’exploiter ainsi les résultats d’une étude particulièrement concluante de T Piketty sur l’impact scolaire de cette réduction. Car il ne faut pas considérer les résultats mitigés des premières expériences de CP aménagés avec défaitisme : l’idée est bonne, mais l’accompagnement auprès des enseignants est déficient. Au total, on peut se demander s’il ne faut pas véritablement généraliser le système des ZEP et allouer les moyens aux établissements plus seulement sur des critères de volume mais sur la base d’une évaluation de leurs résultats en fonction des caractéristiques sociales de leurs élèves.

Le redéploiement des ZEP doit par ailleurs donner lieu à une politique plus active qu’actuellement de la promotion de la mixité sociale. Plusieurs pistes peuvent à ce titre être rappelées :

- l’idée du rapport Thélot de jumelages, par dérogation à la carte scolaire, entre établissements favorisés et défavorisés pourrait donner lieu à un programme de développement dans tous les rectorats ;

- son autre idée d’une fermeture brutale des établissements les plus dégradés et d’une réaffectation des élèves dans les établissements de centre ville a également attiré notre attention : nous pensons que, plus modestement, il est nécessaire de redessiner la carte scolaire dont les effets secondaires sont régulièrement dénoncés ; plutôt que de la concevoir à une logique de proximité géographique pour les élèves, le dessin de zones en forme de « camembert », réalisant un véritable liaison entre les centres villes et les périphéries des villes, serait une évolution positive.

(...)

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