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06/12 - Gérard Aschieri, le projet de loi et les ZEP (L’Humanité)

7 décembre 2004 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait de « L’Humanité » du 06.12.04 : Gérard Aschieri, le projet de loi et les ZEP

Fillon tire vite mais vise mal

Pressé, pressé, je suis pressé...Ce n’est pas le lapin d’Alice qui le dit, mais François Filon qui l’a fait comprendre, en activant la publication du projet de loi d’orientation pour l’école. Le texte, présenté hâtivement aux médias vendredi, sera, de toute évidence, celui soumis aux parlementaires en 2005 pour qu’ils le discutent et le votent. Il doit encore passer, c’est vrai, devant le Conseil supérieur de l’éducation, instance consultative dont l’avis, on l’a vu récemment, vaut peu de choses aux yeux du ministre de l’Éducation (le CSE s’est prononcé contre la suppression des travaux personnels encadré en terminale, projet auquel le ministre est loin d’avoir renoncé).

Sa présentation en Conseil des ministres ne devrait être, là aussi, que pure formalité. Les modifications qui pourraient être apportées s’annoncent donc mineures, tout comme l’ont été celles ajoutées depuis le 18 novembre. Ce soir-là, François Fillon déroulait, via le tube cathodique, un projet qu’il devait par la suite discuter avec les « partenaires sociaux » (l’Humanité du 19 novembre). Le tour de table a été bref et le débat vite conclu. En ressort un texte dans lequel seules quelques précisions ont été apportées (lire notre décryptage ci-dessous).

Certaines introduisent un brin de douceur dans un monde de procédures.

Le CIRE - contrat individuel de réussite éducative, mesure chérie du ministre consistant en des heures de soutien - sera ratifié par l’élève, en même temps que par ses parents et l’école. Les enseignants auront toujours obligation d’assurer les remplacements de courte durée, « mais dans leur champ disciplinaire en priorité ». Chaque élève de terminale bénéficiera d’un mois d’abonnement gratuit à un quotidien d’actualité générale de son choix, et le bac nouvelle génération sera préparé par un collectif où parents et lycéens auront leur place.

Des bourses au mérite

Car le bac sera « modernisé », c’est maintenant confirmé. À partir de juin 2007 - même si François Fillon fait pression pour avancer la date à juin 2006 -, une partie des épreuves se fera sous contrôle continu (une possibilité qu’envisageait déjà la loi de 1989). Autre ajout : une note de « discipline » comptera pour l’obtention du brevet des collèges. Enfin, des bourses au mérite seront attribuées aux élèves « doués mais de conditions modestes ».

Tout le reste, ou peu s’en faut, était déjà établi. À commencer par le socle commun de connaissances que doit couvrir la scolarité obligatoire. Le texte affirme ainsi le principe, défendu par beaucoup, selon lequel aucun élève ne doit être abandonné tant qu’il ne maîtrise pas ces connaissances de bases. Mais le modère immédiatement, en prévoyant un dispositif de délestage à l’attention de ceux qui n’y seraient pas parvenu à l’issu de la 3e. De même, s’il ne parle plus de diversification des parcours dès la 5e, et semble préserver le principe d’une même scolarité pour tous les collégiens, le projet ouvre la voie à un enseignement à « géométrie variable ». Ainsi, les élèves pourront-ils choisir plusieurs des matières qu’ils passeront en contrôle continu au brevet. Les heures de soutien pourront s’effectuer à la place d’autres enseignements. Les classes relais seront multipliées afin d’accueillir, dans un système parallèle, les élèves en situation de décrochage. Pour finir, l’option découverte professionnelle en 3e sera généralisée, de même que l’alternance dès la classe de 4ème.

Les syndicats guère convaincus

Tantôt tièdes, souvent froides, jamais chaudes, les réactions des syndicats sont plutôt mitigées. Luc Bérille, secrétaire général de l’UNSA éducation, note la non-évolution de « l’esprit général connu depuis maintenant quinze jours ». La réforme du bac est « une révolution de velours », estime-t-il, derrière laquelle se cache peut-être « un réflexe élitiste ». Côtés lycéens, la FIDL s’y « oppose fermement », tandis que l’UNL la juge « plutôt intéressante ».

Plus critique, Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, lit dans ce projet « une conception individualiste négligeant le collectif » et exprime sa crainte de voir le soutien individuel se faire au détriment de la politique des ZEP. Enfin, franchement véhément, le SNES - majoritaire dans le second degré - vilipende un projet qui supprime toute possibilité de dédoublement de cours au lycée (en dehors de ceux consacrés aux langues) et qui n’écarte pas le risque « d’un collège à plusieurs vitesses ». L’écueil est effectivement contendant. Il pourrait peser dangereusement sur les politiques éducatives des dix prochaines années.

Marie-Noëlle Bertrand.

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