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Entretien avec un « prof référent » dans un RAR normand

9 novembre 2006 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait de « Ouest-France » du 08.11.06 : Ce prof qui veut aider les élèves fâchés avec l’école

Alexis Béchet fait partie du millier de professeurs qui, depuis la rentrée, se sont portés volontaires pour travailler dans les collèges des zones d’enseignement prioritaire, ces « ZEP » comme on les appelle. Sa mission : lutter contre le décrochage scolaire. Il enseigne au collège Jacquard dans le quartier du Chemin-Vert, à Caen.

« Récemment, une collègue m’a dit : « Tu luttes contre le décrochage scolaire. Mais tu sais, en maternelle, certains de mes élèves ne sont même pas ’ accrochés », Alexis Béchet, 46 ans, est prévenu : il faudra qu’il travaille avec les plus petits s’il veut réconcilier les élèves avec l’école qui lui tournent le dos. Depuis la rentrée, cet enseignant de SEGPA, section d’enseignement adapté, est devenu « prof référent ». Il consacre désormais la moitié de son temps à aider, dès la maternelle, les élèves en difficulté.

Alexis Béchet est en poste au collège Jacquard de Caen. Situé au Chemin-Vert, un quartier qui compte 1 200 familles vivant sous le seuil de pauvreté, l’établissement encadré par de hautes tours HLM, compte 65 % d’élèves boursiers, l’un des plus forts taux de l’académie. Le retard scolaire y est important : la moitié des moins de 16 ans a déjà redoublé. Ce qui vaut au collège et aux onze écoles de son secteur d’être classés depuis la rentrée « Ambition réussite ».

« Rien qu’au collège, entre 60 et 80 élèves sont en difficulté », constate Thierry Macé, le principal adjoint. Qui avoue que, jusque-là, il se battait « avec les moyens du bord. Maintenant, nous travaillons en réseau avec les écoles des alentours. Et nous avons une vraie concentration de moyens. » Dont trois enseignants « référents », un coordonnateur du réseau, neuf assistants pédagogiques, une infirmière à plein temps.

Malgré la précipitation (« nous n’avons obtenu les textes de la réforme qu’au mois d’août ») et le fait que la réforme se fasse « sans moyens supplémentaires », grâce à des heures reprises aux autres collèges, « une véritable dynamique s’est mise en place », se réjouit Alexis Béchet. Premier constat : « Nous nous sommes rendu compte qu’en CE2, les enfants ne bénéficiaient d’aucun dispositif d’aide. »

Enseignant chevronné, d’un naturel discret, Alexis Béchet a accepté le poste de prof référent parce qu’il s’intéresse, depuis plusieurs années, aux élèves en difficulté. « Désormais, je vais pouvoir les suivre dès la maternelle. » Lui qui a démarré sa carrière il y a 23 ans, auprès des enfants des gens du voyage, « un choix personnel », est déjà interpellé par ceux qui ont du mal à lire ou à écrire. « Je ne sais pas pourquoi je suis venu naturellement vers ces enfants-là. En me demandant ce qu’on pouvait faire pour les aider. » Il enchaîne ensuite les remplacements en classes de perfectionnement. Ce qui le conforte dans son intérêt pour les élèves en difficulté.

De son expérience, il tire un enseignement : il sait que rien n’est inéluctable. Comment procédera-t-il cette fois-ci ? « D’abord, en repérant ceux qui se trouvent en difficulté. Grâce à plusieurs critères qui peuvent aller de l’absentéisme à répétition, aux retards réguliers, en passant par des enfants souvent malades, qui n’ont pas leur matériel, pas de copains ou une baisse de résultats scolaires. »

Ensuite, pour les aider à se remettre à flot, « nous travaillerons au cas par cas ». Comme au sein de « classes d’inclusion », qui au lieu d’exclure les élèves, accueilleront des jeunes en rupture totale. Tout en suivant son programme scolaire, l’élève rencontre psychologue ou assistante sociale, le temps de retrouver confiance. L’une des clés de la réussite.

« Les élèves en difficulté ont souvent une mauvaise image d’eux-mêmes. Il faut leur faire comprendre qu’ils ne se réduisent pas à une note. On doit recréer un lien affectif, leur faire accepter de changer. Dès qu’un sourire réapparaît sur un visage, que l’estime et l’envie d’apprendre reviennent, on a gagné. » A condition d’accompagner l’élève jusqu’à « ce qu’il y arrive seul ». Quel bonheur alors quand il vient « vous voir, tout fier, avec un 14 en maths ».

Isabelle LÊ.

Le ministère avait parié sur des enseignants chevronnés, comme Alexis Béchet, pour occuper ces postes. En fait, peu ont accepté d’aller en ZEP. L’Éducation nationale a dû accueillir des débutants, parfois attirés par une mutation à la clé vers leur région d’origine.

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