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"Les enseignants des écoles publiques et la formation" : une étude ministérielle (octobre 2005) qui traite aussi des ZEP

8 septembre 2006 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait de « L’Expresso » du 31.08.06 : La profession : Une étude ministérielle souligne des lacunes dans la formation des enseignants

"Le premier constat... est la critique fortement exprimée d’une formation jugée insuffisante pour exercer le métier. Si les enseignants en soulignent l’insuffisance, c’est que l’attente exprimée est forte notamment dans l’articulation théorie-pratique et les stages suivis pendant la formation, jugés insuffisamment préparés ou exploités". L’étude sur "les enseignants des écoles publiques et la formation", publiée par le ministère au moment où le ministre va engager une réforme des IUFM, apporte pourtant peu de solutions.

Elle insiste sur "le malaise enseignant" et sur l’insatisfaction tout en reconnaissant que "les reproches adressés aux IUFM sont récurrents depuis leur création".

Soulignons pourtant quelques apports de cette étude. Elle montre que le principal apport reconnu aux formations est " un enrichissement des pratiques pédagogiques individuelles via les échanges d’expériences entre enseignants.... Le soutien des parents est souhaité en premier lieu, avant celui des inspecteurs et des autres collègues de l’école".

C’est avouer que le "malaise enseignant" reflète l’extraordinaire isolement dans lequel sont tenus les professeurs et reconnaître l’impact des réseaux éducatifs. Un effet également souligné par une étude américaine sur les établissements performants. Peut-être parce que la formation d’un enseignant ne doit pas se penser acquise à la sortie d’un institut mais comme une construction humaine c’est à dire sociale.

L’étude

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 Des extraits concernant les ZEP

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Un regard « pragmatique » sur les formations utiles dans la pratique professionnelle au quotidien

À la sortie de l’IUFM, seulement quatre enseignants sur dix disent avoir été informés de la possibilité de compléter leur formation initiale par de la formation continue. Parmi eux, un peu plus de un sur deux a demandé à suivre une formation destinée à compléter ses connaissances et les trois quarts l’ont obtenue. Les enseignants en ZEP sont six sur dix à l’avoir demandée, et près de neuf sur dix à l’avoir obtenue.

L’enquête entendait avant tout analyser le regard que les enseignants portaient sur les domaines proposés en formation initiale dans les IUFM, classés suivant leur degré d’utilité et en premier lieu avec la gestion quotidienne de la classe. Parmi ces formations initiales, les enseignants ont considéré comme les plus utiles dans la pratique au quotidien « la conduite de la classe » (42 %), « apprendre à lire » (le plus utile pour 38 %), particulièrement ceux de ZEP : 42 %), « la construction d’une situation d’apprentissage » (21 %), « les savoirs disciplinaires » (17 %) et enfin« la responsabilité de l’enseignant » (8 %).

Dans une seconde liste de formations proposées, « la maîtrise de la langue française » est jugée comme la plus utile pour la pratique professionnelle au quotidien par près d’un enseignant sur deux, « la prise en compte de la diversité des élèves » par plus d’un sur trois, « l’utilisation des ressources et de la documentation » par un sur sept et « l’analyse des pratiques professionnelles » par un sur dix.

La culture professionnelle, une priorité différente suivant les contextes d’école

En ce qui concerne l’utilité des formations pour la culture professionnelle, le classement opéré par les enseignants traduit à la fois leur souhait d’approfondir des connaissances liées à leur public scolaire et l’enseignement qui lui est dévolu. Les « connaissances en sciences humaines » sont créditées du plus fort capital d’utilité par 34 % des enseignants, « apprendre à lire » par 30 %, « la conduite de la classe » par 26 % et « les savoirs disciplinaires » par 24%.Le classement propre aux enseignants de ZEP révèle une approche encore plus pragmatique puisque « les savoirs disciplinaires » et« apprendre à lire » leur apparaissent plus utiles (respectivement 32 % et 29 %, contre 22 % et 12 % hors ZEP) que « les connaissances en sciences humaines » (27 % contre 35 % hors ZEP).

Dans une seconde liste de formations à classer selon leur utilité pour la culture professionnelle, là encore le classement des enseignants révèle leur pragmatisme généré par les difficultés quotidiennes comme« la maîtrise de la langue française » formation jugée la plus utile par 36 % des enseignants et « l’utilisation des ressources et de la documentation » par 24 %. Sensibilisés à des contextes d’école un peu différents, les enseignants de ZEP créditent« la prise en compte de la diversité des élèves » du plus fort degré d’utilité (31 % contre 26 % hors ZEP) ainsi que « les apports de la recherche » (24%contre 19 % hors ZEP).

Des formations à la carte au bon moment

Les enseignants ont des besoins de formation qui dépendent de la période de leur cursus professionnel. Ainsi, avant le concours d’enseignement, il semblerait extrêmement utile à 48 % des enseignants de suivre une formation sur « la psychologie de l’enfant », formation qui devance« la connaissance des différents cycles et degrés de l’enseignement » (39 %), « la difficulté scolaire » (20 %) et« la connaissance de la diversité des publics scolaires » (15 %), ce qui semble pointer les lacunes qu’ils ont pu ressentir au moment de passer le concours, ou de s’engager véritablement dans l’exercice de leur métier.

Pour le début de carrière, ce sont des formations plus « utilitaires » comme « la psychologie de l’enfant » (34 %), « la difficulté scolaire » (31 %), « la connaissance des différents cycles et degrés de l’enseignement » (29%),« la pose de la voix et l’attitude
corporelle dans la classe » (28 %),« l’évaluation » (25 %), qui sont jugées les plus utiles et aussi fortement citées, et peuvent rappeler aux enseignants les difficultés qu’ils ont eues à surmonter lors de leurs premières années de vie professionnelle.

En cours de carrière, les enseignants désignent comme les plus utiles des formations récurrentes comme « l’évaluation » (31 %), « la difficulté scolaire » (30 %), et encore « la psychologie de l’enfant » (29 %). D’autres formations émergent, sans doute révélatrices de problèmes ou de sensibilisations particulières allant de pair avec l’expérience professionnelle, comme « l’école face à l’illettrisme » (35%en ZEP et 22%ailleurs), « la remédiation » (16 %) ou « la prévention de la maltraitance » jugée très utile par seulement 10 % des enseignants hors ZEP mais par 20 % en ZEP.

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Majoritairement satisfaits malgré un métier difficile

L’expression de la satisfaction professionnelle au regard de l’exercice du métier ne faiblit pas : 89 % en 2005, contre 90 % en 2000 et 2004, et 88 % en 2001. La part des enseignants très satisfaits baisse cependant, de 29 % en 2000 à 23 % en 2005.

Ces enseignants sont plutôt des hommes (26 % de très satisfaits contre 22 % de femmes), des enseignants de ZEP (29 % contre 21 % hors ZEP), des enseignants formés à l’IUFM après avoir enseigné (28 % contre 20 % formés à l’IUFM juste après le concours), des enseignants débutants ou en fin de carrière (27 % contre 18 % en milieu de carrière). Interrogés sur la perception de la difficulté dans l’exercice du métier, la proportion d’enseignants qui le trouvent de moins en moins difficile progresse (13 %, contre 9 % en 2004), alors que diminue la proportion de ceux qui partagent le sentiment inverse (48 % contre 53 % en 2004). Il est délicat de se prononcer sur un changement de tendance, dans la mesure où les interrogations de 2004 avaient eu lieu en fin d’année scolaire (mai-juin), période à laquelle les enseignants manifestent une plus grande fatigue qu’en début d’année, date de l’enquête de 2005 (octobre). Il existe un lien fort entre l’ancienneté et le sentiment de difficulté : ainsi, 63 % de ceux qui exercent depuis vingt et un à trente ans trouvent le métier de plus en plus difficile contre 19 % de ceux qui ont moins de cinq ans d’ancienneté. La satisfaction face au métier et le sentiment qu’il est difficile sont également liés. Ainsi, 30 % de ceux qui trouvent le métier moins difficile sont très satisfaits (voir le tableau).

Le contact avec les enfants, valeur refuge du métier

Devant la vision volontiers médiatisée, voire déformée, de la difficulté des publics et contextes scolaires, les enseignants affirment avec une conviction encore plus nette qu’en 2004, à quel point « le contact avec les enfants » constitue la première source de satisfaction du métier : à 84 % contre 69 % en 2004, sur la base de trois choix, et
58 % en premier choix contre37%en2004. Ce résultat reste vrai quels que soient l’ancienneté et la formation des enseignants. Il varie quelque peu suivant le type d’école, un peu plus affirmé en maternelle (64 %) qu’en élémentaire (56 %), et reste plus prononcé chez les femmes (61 %) que chez les hommes (46 %) qui avancent davantage « la transmission des savoirs » comme source de satisfaction.

Un sentiment de malaise un peu moins affirmé qu’en 2004

Le sentiment d’un malaise enseignant perdure en 2005, mais évolue dans le même sens que celui de la difficulté du métier. Interrogés sur le sentiment « qu’un malaise enseignant véhiculé par la presse ou les médias existe réellement », un peu moins de neuf enseignants sur dix partagent cette idée, contre neuf sur dix en 2004. En revanche, à la question « vous sentez-vous personnellement concernés par ce malaise », seulement 54%des enseignants répondent par l’affirmative en 2005 contre 63%en 2004.

Les enseignants de moins de 32 ans se sentent moins concernés (38 %) que les 41-48 ans (65 %), et les enseignants de ZEP un peu moins que les autres (48 % contre 54 %). Comme pour la satisfaction, il est difficile de savoir si cette évolution annonce un changement durable de tendance. Encore plus fortement qu’en 2004, les principales causes de ce sentiment de malaise seraient, sur la base du cumul de trois choix, « la non-prise en compte des difficultés concrètes du métier » (72 % contre 68 % en 2004).

Les enseignants de ZEP la ressentent plus fortement que les autres (77 %) alors que le sentiment d’une « dégradation de l’image des enseignants dans la société » les atteint moins (52 %) que ceux de hors ZEP (60 %), à la fois, sans doute, à cause d’un sentiment d’utilité plus fort mais aussi de l’enthousiasme de leur âge et en dépit d’une augmentation du sentiment général d’une dégradation en 2005 (59 % contre 50 % en 2004). Le « sentiment d’impuissance face à l’idéal de réussite de tous » est stable par rapport à 2004 et éprouvé indépendamment du contexte de zones ou non prioritaires.

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Notons que 15% des enseignants en ZEP ont moins de 5 ans d’ancienneté (en tant que titulaires ou non
titulaires), contre 7% en moyenne.

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44% des enseignants ont du mal à s’adapter au niveau des élèves

Les avis sont relativement contrastés face à l’adaptation au niveau des élèves :

• Adaptation plutôt difficile, pour 44% des enseignants. Le taux monte à 47% pour les enseignants en REP. En revanche,, il n’existe aucune différence de perception entre les enseignants qui exercent en ZEP et les autres ;

• Adaptation plutôt facile pour 55%, voire même très facile pour 29% de répondants. Les enseignants les plus à l’aise sont ceux de moins de 5 ans d’ancienneté (39% de "difficile") mais également ceux de plus de 35 ans (31%), de 31 à 35 ans (38%) et de 21 à 25 ans d’ancienneté (34%).

Inversement, les enseignants de 5 à 20 ans d’ancienneté ont plus de mal que les autres (± 51%). Les classes les plus délicates en termes d’adaptation au niveau des élèves sont les cours préparatoires (51% "difficile" contre 44% en moyenne) et les CE1 (57%), ainsi que les classes d’initiation (62%).

Principale difficulté mise en avant par les enseignants concernés : l’hétérogénéité des élèves d’une même classe, sur le plan des acquis scolaires et en termes de milieux socio-culturels. Le manque d’investissement de certains élèves semble contribuer également à renforcer la difficulté du travail de l’enseignant.

Les raisons qui expliquent les difficultés d’adaptation des enseignants au niveau des élèves évoluent en fonction des classes :

• L’hétérogénéité des milieux socio-culturels est le premier obstacle mentionné en maternelle. Son poids décroît au fil des années, jusqu’à devenir presque secondaire en CM1, CM2 ;

• Le manque d’investissement des élèves suit une courbe inverse : son poids double dans les niveaux primaires, par rapport aux classes de maternelle ;

• L’hétérogénéité des acquis scolaires ressort principalement en CE1 (76%), grande section maternelle, cours préparatoire et CE2 (68%) ainsi qu’en classe d’initiation (83%).

Les enseignants qui ont du mal à s’adapter au niveau de leurs élèves sont plus nombreux que les autres à estimer rencontrer des difficultés dans l’enseignement du français et des mathématiques.

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