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Mesurer le niveau de vie et la pauvreté des jeunes adultes de 18 à 24 ans Une population particulièrement confrontée à la vulnérabilité économique (Drees, février 2023)

21 février 2023

Les dossiers de la Drees, n° 106, février 2023, 52 p.
Mesurer le niveau de vie et la pauvreté des jeunes adultes de 18 à 24 ans Une population particulièrement confrontée à la vulnérabilité économique

Extrait de drees.gouv.fr de février 2023

 

EXTRAIT de la synthèse

La mesure du niveau de vie des jeunes adultes est un défi récurrent pour la statistique publique. Son enjeu est important : il s’agit notamment de pouvoir cerner les caractéristiques des populations juvéniles les plus vulnérables et d’éclairer ainsi l’élaboration des stratégies de lutte contre la pauvreté. Or les sources statistiques habituellement utilisées pour estimer le niveau de vie de la population appréhendent difficilement l’hétérogénéité des ressources des jeunes adultes, en particulier lorsqu’il s’agit des transferts monétaires des parents vers leurs enfants. Les champs de population couverts par ces sources tendent également à sous-estimer le nombre de jeunes adultes pauvres.
Utilisée pour analyser le niveau de vie et la pauvreté monétaire des individus, l’enquête Revenus fiscaux et sociaux (ERFS) de l’Insee n’interroge ni les jeunes qui résident en communauté (résidence étudiante, foyer de jeunes travailleurs…) ni ceux qui résident dans les départements et régions d’outre-mer (DROM). Par ailleurs, du fait de l’absence d’information sur les transferts parentaux, essentiels pour les étudiants en logement autonome, les statistiques publiées à partir de l’ERFS excluent les ménages dont la personne de référence est étudiante. En 2014, afin de combler ces manques de connaissance sur une partie de la population de jeunes adultes, la DREES et l’Insee ont conduit l’enquête nationale sur les ressources des jeunes (ENRJ). Des jeunes de 18 à 24 ans ont été interrogés, en logement ordinaire et en logement collectif, en France métropolitaine et dans les DROM, afin de décrire le plus finement possible la diversité des ressources financières et matérielles dont ils disposent.

Ce Dossier de la DREES propose, à partir de l’ENRJ 2014, une nouvelle approche du niveau de vie et de la pauvreté monétaire des jeunes de 18 à 24 ans sur un champ quasi complet de cette population, ainsi qu’une analyse de la pauvreté des jeunes adultes selon trois dimensions : monétaire, en conditions de vie, et subjective. L’enjeu est de dégager des enseignements structurels sur les populations de jeunes adultes les plus fragiles.
Tout d’abord, ce Dossier de la DREES revient sur la définition du niveau de vie des jeunes. Celui-ci est estimé à l’échelle du ménage. Or les jeunes sont particulièrement mobiles et peuvent résider chez leurs parents ou dans un logement autonome.
Dans ce dossier, le ménage du jeune adulte comprend les habitants de son logement autonome lorsqu’il en dispose d’un et, dans le cas contraire, les habitants du logement parental. Les jeunes sont considérés comme décohabitants dès lors qu’ils résident une partie de l’année dans un logement autonome, cohabitants lorsqu’ils résident exclusivement dans le logement parental. L’estimation du revenu disponible du ménage comprend des revenus qui ne sont pas comptabilisés habituellement dans les dispositifs statistiques : les bourses d’études, les revenus d’activité non imposables, les aides financières ou en nature des parents.
Selon cette approche, en 2014, en France, le niveau de vie médian des 18-24 ans est estimé à 16 183 euros par an et 1 400 000 jeunes vivent sous le seuil de pauvreté. Le taux de pauvreté monétaire des 18-24 ans est donc estimé à 26,0 % (tableau A). En France métropolitaine pour la même année, le niveau de vie médian des 18-24 ans est estimé à 16 375 euros par an et le taux de pauvreté monétaire à 24,9 % (soit près de 1 300 000 jeunes) [tableau A]. Ce taux de pauvreté fait de la tranche d’âge des 18-24 ans la population la plus touchée par la pauvreté monétaire.
Les jeunes qui disposent d’un logement autonome (43 % des 18-24 ans sont décohabitants) sont plus fragiles économiquement que les jeunes qui résident exclusivement chez leurs parents (57 % des 18-24 ans sont cohabitants). En France métropolitaine, le taux de pauvreté monétaire de l’ensemble des décohabitants est de 34 %, tandis qu’il est de 18 % pour les cohabitants. Bien que le taux de pauvreté des jeunes cohabitants soit deux fois moins élevé que celui des jeunes décohabitants, une partie des jeunes résidant chez leurs parents ne peuvent pas quitter le domicile parental en raison de ressources
trop faibles pour assumer un logement autonome. Dès lors, ces jeunes – en particulier ceux ne disposant pas d’un emploi durable – restent au domicile parental le temps de réunir davantage de ressources, avant de le quitter plus tard lorsque leur situation professionnelle se stabilise.
Parmi les jeunes habitant dans un logement autonome, les étudiants et les jeunes sans emploi sont les publics les plus vulnérables : 40 % des étudiants décohabitants et 55 % des jeunes décohabitants sortis d’études et sans emploi sont en situation de pauvreté monétaire, en France métropolitaine. Les étudiants décohabitants font face à de faibles ressources propres et à une forte dépendance aux aides familiales. Les décohabitants sans emploi disposent de peu d’aides sociales et de revenus d’activité inconstants durant l’année, rendant leurs ressources particulièrement précaires. Les risques d’exposition à la pauvreté monétaire des décohabitants s’amplifient pour les jeunes qui ne vivent pas en couple ou qui sont issus d’un milieu social modeste.
Parmi les jeunes résidant toute l’année chez leurs parents, ceux sans emploi et sortis d’études ont des taux de pauvreté bien plus élevés que les autres, d’environ 31 %. Pour les cohabitants, le risque de pauvreté monétaire est également plus marqué lorsque les parents sont de milieu modeste. Les familles nombreuses sont également davantage touchées par des difficultés financières. Enfin, les jeunes qui vivent dans le ménage d’un parent séparé sont plus fragiles économiquement que les jeunes qui vivent chez leurs deux parents. Dès lors, l’effet globalement réducteur de l’exposition à la pauvreté monétaire lorsque le jeune est cohabitant est à nuancer selon les caractéristiques familiales du ménage.

Tableau A • Taux de pauvreté monétaire des 18-24 ans selon leur statut résidentiel et professionnel, en 2014 (en %)
France entière (hors Mayotte) France métropolitaine

Lecture > En 2014, le taux de pauvreté monétaire des jeunes de 18 à 24 ans, résidant dans un logement autonome (décohabitant) et en études est de 39,9 % en France métropolitaine.

Le champ plus large de la population couvert par l’ENRJ révèle les vulnérabilités financières de certaines catégories de jeunes adultes habituellement peu visibles dans les dispositifs statistiques. Ainsi, le taux de pauvreté monétaire des jeunes (étudiants ou non) en logement collectif est de 56 %, tandis que le taux de pauvreté monétaire des jeunes en ménage ordinaire est d’environ 23 % en France métropolitaine.
La pauvreté est multidimensionnelle : dans la dernière partie de ce dossier, l’approche monétaire est complétée par une approche en conditions de vie, qui appréhende les privations matérielles ou sociales des jeunes, et une approche subjective, où les jeunes expriment directement leur opinion vis-à-vis de leur situation financière. Ces approches de la pauvreté recouvrent des populations juvéniles diverses.
Quatre jeunes sur dix se trouvent dans au moins une situation de pauvreté monétaire et/ou de pauvreté en conditions de vie. Un jeune sur dix cumule les deux formes de pauvreté. Alors que les étudiants sont nettement plus souvent en situation de pauvreté monétaire que les jeunes en emploi, ils sont quasiment autant confrontés à des privations matérielles ou sociales : 24 % des étudiants sont pauvres en conditions de vie contre 21 % des jeunes en emploi.

Pour autant, les étudiants ont tendance à relativiser les difficultés liées à leur situation économique, en la percevant comme transitoire et en comptant sur le soutien parental en cas de fracture dans leur parcours. Comparés aux autres jeunes, ils sont moins nombreux à déclarer des difficultés financières alors même qu’ils se trouvent en situation de pauvreté monétaire, ce qui ne signifie pas que ce signal de vulnérabilité doit être ignoré, notamment en cas d’aléas dans leur parcours. À l’inverse, la perception des difficultés financières et le sentiment de privation s’accentuent pour les jeunes qui sont sortis d’études, en particulier lorsque leur situation professionnelle ne leur garantit pas des revenus stables et lorsque le soutien parental s’estompe : 39 % des jeunes sans emploi et sortis d’études sont pauvres en conditions de vie (56 % parmi les jeunes décohabitants sans emploi) et 43 % déclarent directement avoir des problèmes financiers (47 % parmi les décohabitants sans emploi).

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