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Evaluations nationales : des résultats stables en début de CP et des performances en hausse en début de CE1 avec réduction des écarts en faveur de l’éducation prioritaire (Depp) - Le commentaire critique du Café

5 mars Version imprimable de cet article Version imprimable

Évaluations repères 2019 de début de CP : des résultats stables

En français, les élèves présentent le niveau de maîtrise le plus élevé dans le domaine de la compréhension orale et le plus faible dans celui de la connaissance des lettres. En mathématiques, les résultats pointent des difficultés en résolution de problèmes mais un bon niveau de maîtrise des nombres.
Comme cela a déjà été observé dans d’autres dispositifs d’évaluation et dans de nombreuses études, les écoles
n’accueillent pas les mêmes profils scolaires d’élèves selon le secteur de scolarisation. Ainsi, le secteur privé accueille des élèves ayant déjà une maîtrise plus élevée que ceux accueillis dans le secteur public. Au sein du secteur public, les élèves accueillis dans des écoles de REP et de REP+ sont plus souvent en difficulté.
En français et en mathématiques, en début de CP, les filles présentent de meilleures performances que les garçons.
Enfin, pour les exercices directement comparables entre les éditions 2018 et 2019, les performances des élèves évoluent très peu.

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[...] Des profils scolaires initiaux contrastés selon les secteurs d’enseignement
Des différences importantes sont constatées dans le profi l des élèves accueillis en fonction du secteur de scolarisation des élèves (écoles REP+, REP, publiques ou privées). En général les élèves entrant en CP dans le secteur privé ont déjà une meilleure maîtrise que les élèves entrant dans le secteur public. Ceci confi rme d’autres études qui montrent que le secteur privé accueille des élèves ayant de meilleurs résultats scolaires.
Les élèves entrant dans les écoles d’éducation prioritaire ont une maîtrise moins affi rmée des différents domaines  fi gure 3. Les écarts en français les plus marqués sont constatés en compréhension orale (de 19 à 33 points de différence entre REP+ et public hors EP selon les exercices), et les moins importants dans le domaine de la connaissance des lettres (de 13 à 15 points) et pour les compétences phonologiques (de 11 à 18 points). Ceci confirme d’autres études sur les difficultés scolaires initiales des élèves entrant en éducation prioritaire.

En mathématiques, les écarts les plus marqués sont constatés pour l’utilisation des nombres (de 8 à 25 points de différence entre REP+ et public hors EP selon les exercices), en particulier pour la résolution de problèmes, et les moins importants dans le domaine de la connaissance des nombres (de 7 à 9 points)

Extrait de education.gouv.fr de mars 2020

 

Évaluations repères 2019 de début de CE1 : des performances en hausse

Les performances sont en hausse en début de CE1 entre 2018 et 2019 et l’on observe une réduction des écarts entre les élèves de l’éducation prioritaire et ceux scolarisés hors éducation prioritaire.
En français, les élèves rencontrent des difficultés marquées dans le domaine de la lecture et de la dictée de mots.
En mathématiques, les résultats pointent un bon niveau de maîtrise des nombres mais des difficultés en résolution de problèmes.
Les filles présentent des performances plus assurées dans les différents domaines évalués en français. Ce n’est pas le cas en mathématiques, où les garçons affichent de meilleurs résultats.

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[...] Des résultats contrastés selon les secteurs d’enseignement
Des différences importantes sont constatées en fonction des compétences évaluées et du secteur de scolarisation des élèves (écoles REP+, REP, publiques hors EP ou privées).

Ainsi, les élèves entrant en CE1 dans le secteur public dans les écoles d’éducation prioritaire ont une maîtrise moins affi rmée. Cela concerne l’ensemble des domaines évalués en français, où les écarts les plus marqués sont constatés en compréhension orale : l’écart atteint 32 points pour la compréhension de mots lus par l’enseignant entre REP+ et public hors EP entre les proportions d’élèves présentant une maîtrise satisfaisante (au-dessus du seuil 2)  fi gure 3. Les écarts sont les moins importants dans le domaine de l’écriture de syllabes ou de mots (respectivement 11 et 12 points).

En mathématiques, au sein du secteur public, c’est en résolution de problème que les écarts sont les plus marqués entre les performances des élèves de REP+ et ceux scolarisés hors éducation prioritaire : écart de 21 points entre les proportions d’élèves présentant une maîtrise satisfaisante (au-dessus du seuil 2). On observe aussi des différences importantes dans les domaines « additionner » et « soustraire » (environ 16 points).
En géométrie et en calcul mental, les écarts sont moins marqués : environ 11 points
d’écart pour chacun de ces domaines.

Extrait de education.gouv.fr de mars 2020

 

Evaluations de CP - CE1 : Entrée dans le productivisme
A quoi servent les évaluations nationales ? Très critiquées dans leur conception dès 2018, puis sur leur utilisation par l’Inspection en 2020, les évaluations nationales de CP et CE1 font l’objet de deux Notes de la Depp. Toutes deux illustrent les finalités de ces évaluations : une excellente machine à imposer des pratiques pédagogiques et un bel outil pour soigner une popularité politique.

Deux Notes de la Depp

En CP, "en français, les élèves présentent le niveau de maîtrise le plus élevé dans le domaine de la compréhension orale et le plus faible dans celui de la connaissance des lettres. En mathématiques, les résultats pointent des difficultés en résolution de problèmes mais un bon niveau de maîtrise des nombres", note la Depp dans une nouvelle Note sur les évaluations. Au CE1, la Depp titre sur " des performances en hausse.. Les performances sont en hausse en début de CE1 entre 2018 et 2019 et l’on observe une réduction des écarts entre les élèves de l’éducation prioritaire et ceux scolarisés hors éducation prioritaire. En français, les élèves rencontrent des difficultés marquées dans le domaine de la lecture et de la dictée de mots. En mathématiques, les résultats pointent un bon niveau de maîtrise des nombres mais des difficultés en résolution de problèmes".

Le scepticisme de R Goigoux et de l’Inspection

En mai 2019, dans une longue analyse, Roland Goigoux s’était livré a un savant démontage des évaluations nationales. Il avait mis en question les repères choisis pour les évaluations et la méthodologie qui les sous tend. Début 2020 c’est l’Inspection générale qui souligne des problèmes avec les évaluations. Bien que dirigée de très près vers les "bonnes écoles", au final l’Inspection ne trouve pas d’utilisation satisfaisante de ces évaluations. Les finalités des évaluations lui semblent tout sauf évidentes.

Pourtant c’est sur ces finalités que titre la Depp. En CP "des résultats stables". Au Ce1 : "des performances en hausse". On comprend que ces évaluations ont pour but de faire progresser les élèves. Elles sont l’outil qui pousse le système éducatif vers un meilleur "rendement". Après tout pourquoi pas ? Si les évaluations permettent vraiment des progrès scolaires.

Un outil pour aligner les pratiques...

Mais y regarder de plus près c’est prendre conscience qu’autre chose est en jeu. Ainsi que veut dire la mention "des résultats stables" d’une année sur l’autre en début de CP ? Chaque année de nouveaux élèves arrivent à l’école élémentaire pour apprendre à lire et à écrire. A moins d’une mutation génétique de l’espèce, on se demande comment les résultats pourraient ne pas être stables d’une année sur l’autre.

En fait en lisant les items évalués (avec toutes les réserves émises par R Goigoux sur elles et les seuils définis), on se rend compte de choses intéressantes. On évalue en septembre en CP la capacité à connaitre le nom des lettres , à manipuler des phonèmes, à comparer des suites de lettres. C’est à dire que l’utilité de l’évaluation de début de CP ne vise pas les enseignants de CP mais les pratiques pédagogiques de maternelle. Ce qu’évalue la Note CP c’est la prise en compte en maternelle de l’évaluation de début de CP.

On entre là dans les effets bien connus de ces évaluations, déjà largement installées dans les pays anglo saxons. Elles servent à imposer des pratiques et surtout à apprendre aux élève ce qui sera évalué plus tard.

... sur la communication ministérielle

C’est encore plus net avec la Note de CE1. Forcément on a "des performances en hausse". Imaginez si ça baissait ! Il faut que ça monte et R Goigoux a montré comment on obtient ce résultat. Effectivement d’année en année, au fur et à mesure que les tests seront enseignés en CP, on verra le niveau des CE1 monter. Du moins tant que la pression politique sera là.

Ces effets des évaluations nationales sont déjà bien documentées dans les pays anglo saxons. On en connait les limites mais cela n’empêche pas de les importer en France.

Coté limites, rappelons ce que Christian Maroy disait au Café pédagogique à propos des évaluations au Québec. "Du coté des résultats, en apparence il y en a. Le taux de diplomation augmente un peu. Mais ce n’est pas très clair notamment parce qu’on crée de nouveaux diplômes qui permettent de diplômer les élèves ayant des qualifications semi professionnelles. Par exemple un professeur d’histoire me dit que les résultats s’améliorent en cours de citoyenneté. Mais il ne peut plus emmener les élèves à l’Assemblée nationale car il doit consacrer tout son temps à l’examen ministériel. Donc la finalité de l’éducation à la citoyenneté est affectée. Cela montre que même quand les résultats évoluent favorablement certains apprentissages pâtissent de ce pilotage. Toutes ces politiques aboutissent à des réductions curriculaires... Au Québec on voit un net alignement entre les commissions scolaires locales et le ministère central grâce au suivi statistique. On voit une forme de coordination s’installer avec un alignement des pratiques pédagogiques en fonction des plans ministériels". Cet alignement vient d’ailleurs de prendre la forme de la suppression des commissions scolaires autonomes.

Les risques de ces évaluations sont connus. Il sera de plus en plus difficile de savoir exactement ce que savent les élèves. Par contre on aura une bonne évaluation de leur capacité à répondre aux évaluations. L’Ecole entre dans un système où la communication politique dirige les pratiques pédagogiques. Il "faut" que les performances soient en hausse d’année en année...
F Jarraud

Le rapport d’inspection

Le démontage de Roland Goigoux

Extrait de cafepedagogique.net du 05.03.20

 

Voir aussi la tribune de Roland Goigoux sur Médiapart du 05.11.19

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