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Les dérives du travail en groupe pour les élèves de milieux populaires. Intervention de Sylvain Connac à l’UDA du SNUipp (le Café)

28 octobre 2019 Version imprimable de cet article Version imprimable

UDA : Sylvain Connac : Du travail en groupe pour faire naître le désir d’apprendre

Des enseignantes et enseignants aguerris, de jeunes lauréates et lauréats du concours de professeur des écoles mais aussi des étudiantes et étudiants étaient présents à la conférence de Sylvain Connac le 19 octobre à l’Université d’Automne (UDA) du SNUipp-FSU. Leurs attentes sont différentes mais la volonté est la même : mieux appréhender le travail en groupe. Quel est l’intérêt de la coopération ? Qu’est-ce que le travail en groupe ? Des questions que se posent beaucoup d’enseignants, in fine. Lors de sa conférence, sylvain Connac définit la coopération et en détaille les bienfaits mais aussi les dérives. Dérives qu’il a constaté lors de ses différentes recherches.

Le travail en groupe, pour mettre à mal les représentations des élèves

Nathalie a assisté à cette conférence sans trop savoir ce qui se cachait derrière le titre, « À quoi sert le travail en groupe ? ». Comme de nombreux enseignants dans la salle, elle voulait comprendre ce qui se jouait lors de cette organisation pédagogique. Et elle a eu sa réponse. Après avoir définit la coopération Sylvain Connac a fait réagir son public en le questionnant sur ses représentations. « La coopération fait-elle apprendre ? ». Après trois minutes de réflexion, individuelle, dans un premier temps, puis en binôme, 80% des enseignants sont d’accord avec cette affirmation, Sylvain Connac crée la surprise en répondant que non, la coopération ne permet pas, en elle-même, d’apprendre mais elle pose les conditions de l’apprentissage. « Pour apprendre, l’enfant doit se confronter à son « incompétence » afin qu’il y ait conflit sociocognitif, conflit qui permet de faire émerger le désir d’apprendre pour susciter le conflit cognitif ». Ainsi, l’objectif du travail en groupe n’est pas de construire un savoir mais la confrontation des représentations des élèves pour installer le doute dans celles-ci. C’est là l’enjeu de tout apprentissage, déconstruire pour reconstruire.

L’enjeu de la coopération ? La prise en compte de la diversité des élèves

La coopération se caractérisent par trois éléments selon le chercheur. Elle doit être une action combinée, tous les élèves sont engagés et aucun d’entre eux n’est inactif. Elle est intentionnelle. Et, il faut qu’il y ait des intérêts réciproques, qui ne sont ni forcément les mêmes ni nécessairement égaux en intensité. L’enjeu de la coopération n’est pas anodin, il répond à celui majeur de l’école : la prise en compte de la diversité des élèves. Mais pas que. La construction du citoyen en devenir est aussi au centre de cette modalité pédagogique puisqu’elle développe des compétences prosociales et encourage des comportements fraternels.

Mais il existe des dérives non négligeables. Elle se situent au niveau de l’attention des élèves, le bruit généré par le travail en groupe peut rajouter de la difficulté aux élèves les plus en difficulté. La difficulté peut être aussi fusionnelle, les élèves ayant tendance à confondre le conflit relationnel au conflit d’idées ou ayant peur de dire à l’autre qu’ils ne sont pas d’accord. Elle est aussi productiviste, les enfants accordant plus d’attention à la tâche qu’à l’objectif. Et pour finir, elle est différenciatrice, et c’est là le risque le plus élevé. Les enfants qui se débrouillent le mieux, travaillent le plus et les autres se reposent sur eux, « là où on voulait que tous apprennent, ce sont ceux qui n’ont pas besoin de l’école qui y gagnent le plus, les élèves de milieux populaires osant trop peu imposer leur opinion »., alors que l’objectif de cette organisation pédagogique est de mettre les élèves face à leur manque de connaissance ou de leurs représentations erronées. Face à ce constat, les élèves ressentent une frustration qui génère un désir d’apprendre. Ce vide, l’enseignant doit le combler, non en apportant le savoir dans un premier temps mais en facilitant l’échange en groupe classe. Et lorsqu’enfin, il donnera la bonne réponse, l’élève se l’appropriera plus facilement car le fait de résister à un problème auquel nous sommes soumis résiste mieux à la force de l’oubli.

Le savoir n’étant autre que l’appropriation singulière d’un savoir, et ce conflit intérieur étant généré par ces différentes étapes.

Lilia Ben Hamouda

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2019/10/26102019Article637076787497902914.aspx

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