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"Le débat parle très peu des injustices en matière d’éducation", Tribune de Roger-François Gauthier dans Le Monde

20 février Version imprimable de cet article Version imprimable

« Le débat parle très peu des injustices en matière d’éducation »
TRIBUNE
Roger-François Gauthier

L’expert international en éducation et ancien inspecteur général Roger-François Gauthier s’étonne de ne pas voir les questions de justice dans l’éducation au menu des grands débats actuels

Tribune. L’actualité française parle assidûment de « débat » ces dernières semaines, et ce débat tourne souvent autour de questions de justice : on parle d’injustice fiscale, d’injustice de redistribution des revenus de l’économie, d’injustice entre les rémunérations des uns et des autres, d’injustices entre les conditions de vie et les chances de s’en sortir, selon la situation qui est la sienne, d’injustices entre les territoires etc. Force est de reconnaître qu’on parle très peu d’éducation, dans ce débat, et très peu de justice à propos d’éducation.

Etonnant, car il semblerait que l’éducation nationale, même si elle n’a pas été expressément constituée pour cela, est bien un domaine dont la fonction de redistribution et de contribution potentielle à un objectif de justice peut être importante. De deux façons, sur chacune de ses deux missions de fait, instruire et évaluer.

Dans les discours au moins, l’école contribue en théorie à la justice quand elle diffuse des savoirs. Si ce ne fut pas historiquement son objectif initial, l’ouverture progressive au XXe siècle du collège, du lycée, puis de l’enseignement supérieur, près d’un siècle après la généralisation de la scolarisation primaire, participa bien d’un projet de justice, c’est-à-dire de diffusion à tous de savoirs qui ne bénéficiaient préalablement qu’à une faible partie de la population.

Mais n’oublions pas non plus que, selon un très long mouvement initié avec les Jésuites au XVIe siècle, diverses compétitions, examens et concours permirent de sélectionner à diverses fonctions les impétrants sur d’autres critères que celui des privilèges de la naissance aristocratique, ou du privilège de la fortune par l’achat des charges.

Inégalités économiques
Toujours est-il que les Français ont été destinataires en date du 13 janvier d’une lettre du président de la République qui se veut en tout point rassurante, sur cette question de la contribution de l’école à la justice, puisqu’il y est dit que « chez nous, l’éducation (…) est accessible à tous indépendamment de la situation et de la fortune ». On est partagé à la lecture entre deux réactions : se demander si on ne se gausse point, et se demander pourquoi on peut se gausser ainsi impunément.

Ne se gausse-t-on pas en effet quand on affirme que l’école de 2019 en France est « accessible à tous indépendamment de la situation et de la fortune » ? Alors que les enquêtes nationales et internationales nous montrent chaque fois que la France est un des pays où le parcours scolaire et les connaissances des élèves sont les plus marqués par les inégalités économiques des familles, un des pays où les élèves issus de l’immigration, comparativement à d’autres pays, ont le plus de difficultés et vont souvent vers des filières perçues comme de relégation.

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Extrait de lemonde.fr du 18.02.19 : « Le débat parle très peu des injustices en matière d’éducation »

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