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E. Gentaz (revue ANAE) dénonce "les idées à la mode" issues des neurosciences et de Montessori. La revue N’Autre école ajoute à la critique une dimension politique (Touteduc)

5 décembre 2018 Version imprimable de cet article Version imprimable

E. Gentaz (revue ANAE) dénonce "les idées à la mode" issues des neurosciences et de Montessori. La revue N’Autre école ajoute à la critique une dimension politique.

"Affirmer que les neurosciences valident la pédagogie Montessori est un abus de langage (...). Il n’existe pas, à ma connaissance, de recherche publiée montrant chez des enfants une signature cérébrale spécifique due aux effets de la pédagogie Montessori", d’autant que certaines études "ne rapportent pas de différence avec des enfants scolarisés dans des écoles traditionnelles", écrit Edouard Gentaz dans l’éditorial du dernier numéro de la revue ANAE (approche neuropsychologique des apprentissages chez l’enfant). Le chercheur (CNRS et université de Genève) ajoute que "des principes de précaution et d’humilité devraient se trouver mis en oeuvre actuellement pour tous les programmes et interventions destinées à favoriser le langage oral chez les enfants dans les crèches". Bien qu’il ne désigne pas explicitement le programme "Parler bambin", contrairement à ce qu’il fait pour la pédagogie Montessori et pour les "interventions basées sur la pleine conscience", l’allusion est claire.

Il dénonce dans le même élan les programmes destinés à favoriser "l’apprentissage de la lecture ou des mathématiques avec ou sans tablette" et plus globalement "ces idées à la mode, traduites en programmes d’intervention chez les enfants et les adolescents". La modestie des chercheurs est "une des conditions pour que les effets de mode ne dévaluent pas ces ’idées’ prometteuses pour les prochaines années. Il en va de la responsabilité des chercheurs véritablement engagés dans ce champ des recherches interventionnelles."

L’argumentation développée dans le dernier numéro de la revue N’Autre école, titré "De Montessori aux neurosciences, offensives contre l’école du commun", est de même inspiration, même si elle est davantage politique. Les rédacteurs, Alain Chevarin et Grégory Chambat, reviennent sur la personnalité même de Maria Montessori, sa foi catholique, sa fascination pour la force que promeut Mussolini, sa conception de l’enfant comparé à une plante qui se développerait naturellement, une notion qui se retrouve chez Céline Alvarez : "une espèce de rousseauisme mal digéré défendant la conception d’un enfant ’naturellement’ pourvu de toutes les potentialités affectives et cognitives". Elle se retrouve aussi chez Stanislas Dehaene et les auteurs parlent à son sujet d’une "conception innéiste qui ignore ou rejette toute la part de l’environnement social". Et pour la revue, c’est bien là le noeud du problème. C’est au nom des neurosciences que "les principales figures qui s’en revendiquent appellent, comme le faisait Nadia Montessori, à ’dépolitiser’ l’éducation". Et ils rappellent les mots de Jean-Michel Blanquer, "l’éducation n’est ni de droite, ni de gauche". Pour eux, cet usage dévoyé des neurosciences (dont ils ne remettent pas en cause la scientificité) "vise, sous couvert de respecter des ’lois naturelles’ largement fantasmées à légitimer et imposer un ordre social néo-libéral et individualiste".

A noter que la revue, dans un troisième temps, dénonce les prétentions d’une ONG internationale, Ashoka, à présenter une vision dynamique de l’école qui verrait le privé "remplir la mission du public", et dans un dernier article, s’inquiète du développement du "hors contrat" aux dépens d’une "école du commun", une école publique qui serait "fondée sur les notions d’égalité et de coopération" et qui mettrait "en avant le collectif et le mutuel".

ANAE, n° 156 (le dossier est consacré à "l’arithmétique cognitive") (ici)

N’Autre école (n° spécial), édité par "Questions de classe", 107 p., 10 € (ici)

Extrait de touteduc.fr du02.11.18 : E. Gentaz (revue ANAE) dénonce "les idées à la mode" issues des neurosciences et de Montessori. La revue N’Autre école ajoute à la critique une dimension politique

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