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Une action de la mairie de Grigny (Essonne) pour rapprocher les parents de l’école en partenariat avec l’Education nationale, ATD Quart Monde et plusieurs associations (Chronique de Véronique Soulé dans le Café)

20 novembre 2017 Version imprimable de cet article Version imprimable

La chronique de Véronique Soulé : Les pauvres toujours oubliés de l’école ?

Les riches, ça va bien ! On va parler des pauvres, des enfants qui arrivent à l’école avec un déficit de mots, qui ne peuvent pas être aidés chez eux et qui n’ont pas d’endroit pour travailler, qui se retrouvent perdus en fin de primaire et qui n’auront pas la chance d’intégrer l’un de ces « internats d’excellence » chers au ministre Jean-Michel Blanquer parce qu’ils ne sont pas assez prometteurs ou méritants. Récit d’une action initiée par la mairie de Grigny (Essonne) pour renforcer le lien parents école et donner ainsi plus de chances aux enfants de réussir en classe.

Grigny est une ville pauvre de l’Essonne. Elle compte quelque 28 500 habitants dont 44 % sont sous le seuil de pauvreté, selon les chiffres de l’INSEE 2014. Le taux de chômage y est de 24 % mais il atteint la moitié de la population en âge de travailler dans certains quartiers.

Grigny abrite cinq grands quartiers Politique de la ville, dont la Grande Borne et Grigny 2. La ville, qui accueille la population la plus jeune de l’Essonne, compte 3 collèges et 27 écoles primaires et maternelles, toutes classées en REP + (les réseaux d’éducation prioritaire renforcés). La population y est peu diplômée - 75 % sont sans diplôme ou avec un diplôme en dessous du bac - dans les quartiers sensibles.

Rapprocher
La municipalité dirigée par Philippe Rio (PCF) a décidé de miser sur l’école, convaincue que les habitants multiplieront leurs chances de s’en sortir s’ils sont mieux formés. Elle mène pour cela de nombreuses actions inscrites dans son Plan de réussite éducative (PRE).

Parmi celles-ci, une action pour rapprocher l’école des parents, en partenariat avec l’Education nationale, ATD Quart Monde et plusieurs associations implantées localement - comme l’Université populaire des parents ou l’AFASE (association des femmes pour l’action, la solidarité et l’entraide).

Échec
L’idée est simple. Les parents les plus démunis et l’école sont trop éloignés et cet éloignement nuit à la réussite des enfants. Les parents ont peur d’entrer dans les établissements, craignant de se voir reprocher l’échec de leur enfant, y voyant un lieu hostile qui n’est pas pour eux.

Les enseignants souvent se sentent désarmés face à des élèves qu’ils ont du mal à faire progresser et à des parents invisibles. Ils connaissent mal ce monde. Généralement, ils ne vivent pas sur place. La distance s’est accrue avec la réforme de « la masterisation », les cinq ans d’études désormais nécessaires pour devenir profs, qui a rendu le métier encore plus homogène socialement.

Loyauté
« Dans certaines écoles, 95 % des parents vivent sous le seuil de pauvreté, explique Clotilde Granado, formatrice en Greta et la référente d’ATD Quart Monde pour ce projet. Leur culture est totalement décalée par rapport à l’école et les enfants se retrouvent dans un conflit de loyauté qui les empêche d’apprendre. S’ils adoptent la culture de l’école, ils vivent une sorte de coupure avec la culture familiale ».

Le projet a débuté l’année scolaire 2015-2016. Il est mené selon la méthode du « Croisement des savoirs et des pratiques » développée par ATD Quart Monde. Il s’agit de « croiser », ou de confronter, les savoirs des personnes en situation de pauvreté - les « savoirs de vie » - avec ceux des professionnels, en l’occurence les enseignants, et ceux des experts ou des chercheurs.

Croisement
« Lors de croisement, on apprend aux enseignants que les parents ont aussi quelque chose à leur apporter, leur force de vie malgré les difficultés, le fait qu’ils arrivent à envoyer leur enfant à l’école, explique Clotilde Granado. Si les parents s’investissent, si les enseignants les valorisent et qu’ils se parlent sur un pied d’égalité, l’enfant ne ressent plus ce conflit de loyauté car ses parents sont reconnus par l’école. Et cela permet de le débloquer dans ses apprentissages. »

L’école élémentaire L’Autruche, à la Grande Borne, s’est portée candidate. Les enseignants ont formé un groupe. Parallèlement, un groupe de parents - dont les enfants sont scolarisés à la Grande Borne - a été constitué. Chacun s’est réuni durant l’année pour réfléchir à comment améliorer le lien école-parents.

Codes
En mai 2016, parents et enseignants se sont retrouvés durant une journée et demie de « croisement ». Ils ont d’abord discuté de deux questions : « Que signifie la réussite pour vous ? » et « Que vous dit le mot communication ? ». Ils ont travaillé sur leurs représentations respectives par le biais notamment de photo langage et de jeux de rôles où les uns se mettent à la place des autres.

Puis ils ont débattu de deux thèmes ressortis durant l’année : « Nous n’avons pas les mêmes codes, quand et comment en parler ? » et « Que faire pour que l’entretien parents professeurs se passe au mieux ? » Parents et enseignants ont enfin dégagé des idées communes et des actions possibles à construire ensemble.

À la rentrée 2016, les enseignants de L’Autruche ont ainsi organisé leur réunion de rentrée autour d’un « brunch parents, profs ». D’autres rencontres devaient suivre pendant l’année, notamment afin que les entretiens parents-professeur soient mieux vécus.

Egalité des chances
L’année 2016-2017, trois autres écoles ont rejoint le projet. L’une s’est lancée dans le « croisement ». Les deux autres voulaient être accompagnées pour mettre en place des projets comme un Espace parents.

Cette année, sept écoles sont impliquées, dont des maternelles. Pour cette raison, on a constitué en plus un groupe d’Atsem, les personnes qui aident les enseignants.e.s de maternelle. Si l’on fait le bilan, le vrai enjeu reste d’atteindre les parents les plus éloignés de l’école.

On eu envie d’écrire cette chronique car le sujet de la pauvreté à l’école n’est plus guère abordé. Or 2,8 millions d’enfants vivent dans des familles pauvres, soit près de 20 %. Et brandir la division par deux des effectifs de CP en REP+ - et d’ici deux ans, de tous les CP et les CE1 en éducation prioritaire - comme « la » solution semble un peu court pour parler de réelle égalité des chances à l’école.
Véronique Soulé

Extrait de cafepedagogique.net du 20.11.17 : La chronique de Véronique Soulé : Les pauvres toujours oubliés de l’école ?

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