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En France, l’écart de discipline entre écoles favorisées et défavorisées est un des plus élevés de l’OCDE. La France est mal placée également pour la relation aux parents et dans une moindre mesure pour le soutien des enseignants aux élèves

3 avril Version imprimable de cet article Version imprimable

N°2 - MARS 2017
LES NOTES
DU CONSEIL SCIENTIFIQUE
La mauvaise discipline dans les classes françaises et quelques autres résultats
de PISA 2015
Denis MEURET, professeur émérite en sciences de l’éducation, université de Bourgogne-Franche Comté, IREDU

Extrait
[...] En 2015, la France est le pays où ce climat est le plus dégradé, non seulement au sein de l’OCDE, mais dans l’ensemble des 72 pays PISA, à la seule exception de la Tunisie. L’indice y est de -0,27 contre, comme on l’a vu 0 de moyenne OCDE et +0,83 au Japon, le pays où le climat de discipline est le meilleur (OCDE1, 2016, PISA 2015 results, vol2, p.310).

PISA calcule en outre cet indice pour chacun des quatre quarts des écoles classées selon le milieu social moyen de leurs élèves. Dans tous les pays, le climat est plus dégradé dans le quart le plus « défavorisé » des écoles. Mais l’écart de discipline entre écoles favorisées et défavorisées en France est un des plus élevés des pays de l’OCDE (0,48 contre 0,24 de moyenne OCDE). Le climat est le plus dégradé de l’OCDE non seulement en moyenne, mais aussi pour les deux quarts les plus défavorisés, alors que, pour les quarts les plus favorisés on trouve tout de même un ou deux pays où il est pire. Aucune catégorie sociale d’établissement n’est donc épargnée par ce phénomène, mais le quart le plus défavorisé des établissements est particulièrement touché ( pour ce quart là, l’indice est en France de -0,55, contre -0,11 en moyenne OCDE, soit 0,44 de moins alors que, pour les trois autres quarts, l’écart avec l’OCDE est autour de 0,20).
Par ailleurs, la discipline est meilleure dans l’enseignement privé (-0,12) que dans l’enseignement public (-0,31), dans les écoles où les élèves sont meilleurs que dans celles où ils sont faibles, en lycée qu’en collège. En revanche, il n’y a pas de différence significative de discipline en classe entre établissements ruraux et urbains.

[...] Le soutien aux élèves
En 2015, les élèves (en France, mais c’est aussi le cas en moyenne dans l’OCDE) déclarent recevoir un soutien plus fort de leurs enseignants dans les écoles « favorisées » que dans les écoles « défavorisées » – en France – c’était déjà le cas en 2012, mais c’était l’inverse en 2003 et cette évolution est préoccupante pour l’équité du système aussi bien dans l’enseignement privé que dans l’enseignement public, dans les établissements ruraux que dans
les établissements urbains.
Pour cet indice, le rapport de l’OCDE contient les réponses à chacune des questions qui le composent (PISA 2015 results, vol2, pp. 320, 321, 322)

. On peut constater que les fréquences des réponses des élèves en France sont à peu près les mêmes pour les différentes questions de l’indice, autrement dit
pour les différents aspects du soutien. En gros, 35% des élèves disent que leur professeur a une attitude aidante à chaque cours, 35 % pendant beaucoup de
cours, 25 % dans certains cours et 10 %, jamais ou presque jamais. Bref, 70 % des élèves donnent une réponse positive, contre à peu près 75 % en
moyenne dans l’OCDE.
L’idée qu’une certaine indifférence des profs à l’apprentissage de leurs élèves pourrait expliquer le mauvais comportement en classe de ces derniers n’est donc pas vraiment confirmée par les données PISA puisque notre situation sur l’échelle PISA est tout de même moins catastrophique pour le soutien des enseignants que pour le climat de discipline.

[…] Les relations parents-enseignants
Il résulte de ce qui précède que nous ne savons pas (par PISA, mais je ne connais pas d’autre recherche qui proposerait une réponse) pourquoi les élèves français se comportent si mal en classe. Si on ne sait pas l’origine de ce phénomène, on peut en tirer la recommandation de bon sens qu’élèves, parents et enseignants devraient s’en parler.
Cela semble d’autant plus opportun que parents et enseignants se parlent moins en France que dans les autres pays de l’OCDE, du moins selon un questionnaire rempli par les parents des élèves de l’échantillon PISA dans 12 pays.
Les chefs des établissements PISA ont aussi répondu à des questions sur les relations avec les parents (L’établissement procure une atmosphère accueillante pour impliquer les parents, l’établissement met en place des formes efficaces de communication avec les parents sur les programmes ou sur les progrès des élèves, etc.) mais les données pour la France sont indiquées « manquantes »

Quant aux parents (id., p. 326), selon leurs réponses, au cours de l’année scolaire précédente :
41 % d’entre eux ont discuté du comportement de leur enfant avec un enseignant à leur propre initiative, contre 50 % en moyenne des 12 pays. Ce pourcentage est plus bas dans 3 pays sur les 12. 28% d’entre eux ont discuté du comportement de leur enfant avec un enseignant à l’initiative de ce dernier, contre 46% en moyenne des 12 pays. Ce pourcentage est plus bas dans seulement 2 pays sur les 12. La faiblesse de ce pourcentage, compte tenu de la mauvaise discipline dans les classes en France, semble indiquer que les enseignants estiment moins souvent que dans les autres pays que les parents peuvent les aider à améliorer le comportement en classe de leur enfant.
41 % d’entre eux ont discuté des progrès de leur enfant à leur propre initiative, contre 53 % en moyenne des 12 pays. Ce pourcentage est plus bas dans 4 pays sur les 12.
31 % d’entre eux ont discuté des progrès de leur enfant à l’initiative d’un enseignant, contre 47 % en moyenne des 12 pays. Ce pourcentage est plus bas dans 3 pays sur les 12.
35 % ont parlé avec un enseignant de la façon de soutenir à la maison l’apprentissage de leur enfant, contre 56 % en moyenne des 12 pays. Ce pourcentage est plus bas dans 1 pays sur les 12.
19 % ont échangé des idées avec un des enseignants de leur enfant sur l’éducation parentale, le soutien que peut apporter la famille, le développement de l’enfant, contre 41% en moyenne des 12 pays. Ce pourcentage n’est plus bas dans aucun des 12 pays. Ce qu’on observe ici n’est donc pas une absence de relations entre parents et enseignants, mais, tout de même, des relations nettement moins fréquentes qu’ailleurs, alors, encore une fois, qu’on pourrait s’attendre à ce que parents et enseignants fassent front commun contre l’indiscipline des élèves en classe. Un tel front commun, dont les effets ne seraient sans doute pas miraculeux, aurait quelques chances d’être plus efficace que le recours massif à l’exclusion temporaire.

Extrait de fcpe.asso.fr de mars 2017 : La mauvaise discipline dans les classes
françaises et quelques autres résultats
de PISA 2015

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