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Ce qui fait notamment la plus-value d’un lycée : l’intérêt porté à tous les élèves et le travail d’équipe autour d’un projet (rapport des inspections générales)

11 décembre 2015 Version imprimable de cet article Version imprimable

Paru dans Scolaire le jeudi 10 décembre 2015.

Quels sont les facteurs qui font qu’un lycée est meilleur qu’un autre ? Les deux inspections générales de l’Education nationale n’ont pas "dégagé un facteur qui l’emporterait sur tous les autres. L’idée même d’un facteur clé ouvrant à la réussite ne (leur) parait pas pertinente." Elles le disent dans un rapport que vient de publier le ministère. Très riche car il dresse un panorama saisissant de la diversité des modes de fonctionnement des lycées généraux et technologiques, professionnels, publics et privés sous contrat, il ne remet pas en cause, mais affine et précise la notion de "valeur ajoutée" utilisée par la Depp (le service statistique de l’Education nationale).

Voici un florilège des constats des inspecteurs généraux :

"Les lycées à forte valeur ajoutée sont ceux qui réussissent à conjuguer, dans leur action propre, des facteurs de réussite dans plusieurs grands domaines. Ces lycées parviennent d’abord à se construire en tant qu’ensemble uni autour d’un projet pédagogique (...) La valeur ajoutée y résulte d’une volonté affirmée de prendre en compte les difficultés des élèves et d’y apporter concrètement des réponses par le recours à une variété de formes d’accompagnement des lycéens."

"Parmi les (71) établissements visités (par les inspecteurs), quelques-uns, à valeur ajoutée positive, ont clairement un chef d’établissement qui ’porte’ l’établissement (...) À l’inverse, d’autres établissements à valeur ajoutée négative se remettent lentement d’un pilotage antérieur inadapté, par manque d’impulsion et surtout par un management non participatif, n’instaurant pas de relation de confiance et ne créant pas d’envie d’aller de l’avant ni d’effet d’entraînement." Toutefois, certains lycées vivent "sur un élan porteur impulsé par le chef d’établissement précédent" et "pour quelque temps au moins, la situation positive (peut) perdurer."

"Des marges de manœuvre sont désormais inscrites dans les grilles horaires résultant de la réforme du lycée et la répartition d’une partie de la dotation horaire globale relève de façon plus affirmée de la responsabilité et des choix de l’établissement. La mission a pu constater combien cette part de décision revenant aux lycées était diversement utilisée et se traduisait par des organisations très variées. Nombre des lycées à fortes valeurs ajoutées savent faire de tels choix dans la gestion optimale des moyens et l’organisation des enseignements : choix de donner une forte priorité à la classe de seconde (...), choix d’organiser des dispositifs d’aide, de tutorat, de remise à niveau, choix d’avoir une division supplémentaire de seconde quitte à réduire l’offre d’options, acceptation de limiter les dédoublements pour pouvoir renforcer l’accompagnement personnalisé (...)"

La mission s’est intéresssée au fonctionnement du conseil pédagogique, ici "particulièrement actif et là "très formel", mais elle a pu y rencontrer "une équipe de professeurs très impliquée. Ce sont la forte cohésion des équipes et une forte réactivité qui sont déterminantes plus que l’application formelle des textes. À l’inverse, dans d’autres lycées, tous les dispositifs prévus institutionnellement peuvent exister et, cependant, tourner à vide comme c’est le cas notamment avec le conseil pédagogique."

"Force est de constater que l’innovation pédagogique est peu présente et très rarement mentionnée comme levier de réussite. En règle générale, la mission a plutôt observé que l’accompagnement et le suivi des élèves primaient sur le côté novateur des pratiques pédagogiques."

"La qualité architecturale d’un lycée, surtout si celui-ci est neuf, peut être facteur de fierté pour une communauté scolaire, mais il est difficile d’apporter la preuve de son incidence sur la valeur ajoutée : la mission a visité des locaux peu avenants dans lesquels les élèves se sentaient bien et progressaient de manière significative et, à l’inverse, de ’beaux’ bâtiments dans lesquels les progrès se faisaient sévèrement attendre."

"La mission a constaté un clivage assez net entre d’une part les établissements que l’on pourrait qualifier de ’nostalgiques’, qui regrettent une époque parée rétrospectivement de bien des attraits et rejettent les mauvais résultats sur des causes extérieures (...) et d’autre part, les établissements qui, au contraire, accueillent les élèves comme ils sont, sans jugement de valeur, et mettent tout en œuvre pour faire réussir chacun au maximum de ses capacités tout en développant son ambition et sa confiance."

"Les établissements polyvalents (LEGT et lycée professionnel, ndlr) à valeur ajoutée positive ont, en règle générale, une seule salle des professeurs, un seul conseil pédagogique (...) Les professeurs travaillent ensemble, certains intervenant dans la voie professionnelle comme dans la voie générale et technologique. Une forme de cohésion s’instaure et peut se développer."

"La vie lycéenne n’est que rarement totalement prise en charge par les élèves. Ils ont besoin du soutien des adultes (CPE, professeurs) (...). Il n’en reste pas moins que les élèves prennent des initiatives, mais en utilisant plutôt des moyens qui leur sont familiers. Dans un établissement aux valeurs ajoutées négatives par exemple, les élèves ont créé des pages sur un réseau social, par classe, dont l’objectif est constituer un réseau d’entraide mis à disposition de tous. Nous retrouvons ici une caractéristique déjà soulignée pour les enseignants : l’informel prend souvent le pas sur le formel. Sans doute faudrait-il réinterroger le rôle des différentes structures au regard des nouveaux modes de communication largement privilégiés par les jeunes générations d’enseignants et les élèves."

"Il existe des cas (d’établissements) assez nombreux dans lesquels le travail donné aux élèves est relativement faible, de l’aveu même des élèves. Un élève a déclaré à la mission : ’On n’a jamais de travail. Cette année, je n’ai même pas acheté d’agenda.’ (...) La réduction des travaux à faire chez soi devrait avoir au moins pour contrepartie l’organisation de devoirs réalisés au lycée. Cependant, là encore, lorsque la cohérence des actions au sein de l’établissement est faible, ces devoirs sont organisés de façon variable. (...) Cette question du travail donné aux élèves parait donc à la mission très révélatrice de la cohésion des équipes enseignantes certes et, bien au-delà, de l’ensemble d’un établissement."

Le rapport étudie aussi l’apport des CPE et de la vie scolaire à la "valeur ajoutée" des établissements. Il est téléchargeable ici (Des facteurs de valeur ajoutée des lycées)

Extrait de touteduc.fr du : Qu’est-ce qui fait un bon ou un mauvais lycée ? (rapport IGEN-IGAENR)

 

Lire le rapport intégral (81 p.)

EXTRAITS

[page 20] L’innovation
L’innovation pédagogique est souvent présentée comme un levier de fort renouvellement des pratiques favorisant de meilleurs apprentissages.
Cela se trouve‐t‐il vérifié dans les établissements à forte valeur ajoutée positive ?
Force est de constater que l’innovation pédagogique est peu présente et très rarement
mentionnée comme levier de réussite.
En règle générale, la mission a plutôt observé que l’accompagnement et le suivi des élèves primaient sur le côté novateur des pratiques pédagogiques.
Cependant, dans les établissements où les valeurs ajoutées sont élevées, c’est peut‐être justement dans la qualité et la cohérence du suivi et de l’accompagnement
qu’il faut chercher l’innovation.

[page 67] Extrait de la conclusion
[...] L’ensemble de ses travaux permet à la mission de tirer une double série d’enseignements.
D’une part, il ne semble pas possible, ni souhaitable, d’établir une liste type des facteurs qui caractériseraient les lycées à forte valeur ajoutée positive et seraient
gages de résultats.
Ce serait simplifier à l’excès une réalité qui est multiple et risquerait d’aboutir à des schémas uniformes là où, au contraire, des réponses adaptées et non standardisées doivent se développer et être encouragées.
Pour autant, il ressort des observations réalisées que certains facteurs ont plus que
d’autres un rôle déterminant, à commencer par l’attention portée à tous les élèves ainsi qu’une nécessaire cohésion des équipes œuvrant au sein d’un lycée. La réussite
d’un lycée n’est pas celle d’une entité abstraite ni celle d’individualités juxtaposées, mais celle d’une équipe et d’un projet pédagogique dont les orientations sont partagées par le plus grand nombre.

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