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Rapport Thélot : L’école copie sur l’entreprise (Politis)

3 septembre 2004 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait de « Politis » du 02.09.04 : sur le rapport Thélot
L’école copie sur l’entreprise

Le rapport de la commission Thélot est un pas de plus vers l’école néolibérale, sommée d’être rentable et productive.

« Adapter l’école à la société », telle est l’intention déclarée de Jean-Pierre Raffarin. Et celle que développe le premier jet du rapport de la commission Thélot, révélé par le Monde [1]. Ce document a été, selon la commission, inspiré du grand débat national et de sa synthèse, le Miroir des débats. Une matière première fort malléable, qui laissait la place à toutes les interprétations. C’est donc sans surprise que commission et gouvernement se rejoignent dans leur vision de l’école future, vision qui semble valider l’analyse du sociologue Christian Laval, dans L’école n’est pas une entreprise [2], d’une « monopolisation progressive par l’idéologie néolibérale du discours et de la dynamique réformatrice ». Contre la crise de l’éducation, les réformes des dernières décennies, de droite comme de gauche, ont surtout en commun d’inscrire l’école dans une logique de marché. Base de la future loi d’orientation, prévue pour le printemps 2005, le rapport Thélot suivrait la même ligne.

En effet, à l’exception de quelques propositions ­ un exemple : les nouveaux titulaires n’enseigneraient pas en ZEP ­, le rapport Thélot est une nouvelle étape dans la mutation de l’école, telle que Christian Laval la constate. Si l’institution scolaire n’est pas encore une entreprise, elle est de plus en plus sommée de s’en inspirer. Oubliées stabilité et autonomie, même relative, l’école doit être flexible et productive. C’est ainsi que la commission suggère de renforcer la marge de manoeuvre financière et économique des établissements ainsi que le pouvoir des « chefs », proviseurs et principaux. Ceux qui dirigent des établissements difficiles pourraient donner leur avis sur la nomination du personnel. Et pourtant, paradoxe de cette école hybride mi-républicaine, mi-libérale, les réformes pédagogiques seraient imposées par le haut avec la création d’un Conseil national des programmes, et leur efficacité étudiée par un Haut Conseil de l’évaluation de l’école.
Oubliés également émancipation politique et épanouissement personnel, l’école a de plus en plus comme objectifs l’efficacité et l’insertion professionnelle. Ce n’est pas encore la version toute berlusconienne du savoir de base (« Anglais, Internet, entreprise »). Mais l’introduction dans le « socle commun de l’indispensable » de l’« anglais international » et des nouvelles technologies, aux côtés du français et des mathématiques, prouve bien la prédominance de l’utilitarisme. Malgré « l’éducation à la vie en commun », il ne s’agit pas tant de former des citoyens que de futurs salariés... Voire de renforcer plus encore le lien entre éducation et économie en permettant à des salariés d’enseigner, via la validation des acquis de l’expérience. Ou mieux, en rémunérant le « lycéen professionnel » pour son travail en entreprise (serait-ce là l’apparition d’une main-d’oeuvre très bon marché ?).
Enfin, productrice d’un « capital humain », l’école est de plus en plus soumise à la demande des familles. Au premier abord, cette évolution peut sembler positive. Mais, comme le constate Christian Laval, « les différentes formes de consommation éducative accomplissent de façon décentralisée et "souple" une reproduction des inégalités sociales [...]. Le nouveau modèle d’école fonctionne à la "diversité", à la "différenciation", en fonction des publics et des "demandes". » Pour ce faire, le rapport Thélot distingue le « socle commun de l’indispensable » des enseignements obligatoires mais non indispensables (sciences, EPS, art...) et enfin de l’optionnel (langues anciennes...). Suivant son niveau, un élève pourra se concentrer sur le socle commun ou diversifier son apprentissage. En fait, tout comme l’abandon des 80 % d’une classe d’âge au baccalauréat, il s’agit là de s’adapter à la diversité des niveaux et non de vouloir y remédier. Cette démarche a une conséquence à l’échelle des établissements, la « ghettoïsation ». Et que propose le rapport Thélot aux établissements où la mixité sociale ferait le plus cruellement défaut ? Leur fermeture !
Face à ce « nouvel ordre éducatif », tout aussi mondial que son cousin, d’autres propositions se dressent. Mais elles n’ont pas l’heur de plaire aux gouvernements libéraux, de gauche comme de droite. Pour des raisons idéologiques et surtout... économiques.

Marion Dumand

Notes

[1Le Monde du jeudi 26 août et Le Monde de l’éducation de septembre

[2Éditions La Découverte, réédition 2004

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