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Les ZEP dans la nouvelle revue Pollens (ENS)

28 octobre 2005 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait du site de l’Ecole normale supérieure, le 28.10.05 : Note sur les Zones d’Education prioritaire

Entretiens avec Yves Zarka et Karine Marec, article de Francesco Colonna- Romano et Baptiste Villenave
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L’une des réponses possibles au constat que l’école sécrète de l’exclusion, c’est de procéder, en allant à contre-courant de l’un des principes sacro-saints du républicanisme, à un « traitement différentiel » des élèves, par une répartition volontairement inégalitaire des moyens (comme c’est le cas pour les cours de soutien, qui entrent dans le cadre de ce qu’on appelle la « pédagogie différenciée », ou, à plus large échelle, avec le système des ZEP et des REP) ou par l’intégration, dans les programmes, d’éléments de découverte des autres cultures, qui permettraient à beaucoup d’enfants issus de l’immigration de se sentir davantage reconnus, ce qui, peut-être (ce n’est absolument pas garanti, mais peut-être faut-il courir le risque), leur donnerait envie de s’impliquer davantage, et les intégrerait, parce qu’ils auraient le sentiment de ne pas être niés dans leur identité, identité où entre, pour une part, leur culture d’origine.
En fait, depuis le début des années 1980, certaines tentatives ont été faites, en France, de « traitement différentiel » des élèves ; par exemple, « la « pédagogie différenciée » apparaît dans les textes officiels qui créent le collège unique [en 1975] comme la réponse à la question : « comment enseigner à des publics scolaires divers dans le cas où les filières qui séparaient les élèves en difficulté des autres collégiens ont été supprimées, dans le cas où contenus et méthodes sont unifiés, sinon uniques ? ». La solution avancée est de préconiser une pédagogie adaptée aux besoins des élèves en difficulté, en diversifiant les méthodes, les exercices selon les groupes. Pendant que le petit groupe d’élèves en difficulté travaille avec le professeur, les élèves rapides s’adonnent à des activités d’approfondissement » (Francine Best, id.). Mais le projet établi par Louis Legrand en 1982 pour les collèges, malgré quelques expérimentations apparemment plutôt fructueuses, fut abandonné.

[Le paragraphe suivant est presque entièrement repris de L’échec scolaire, Francine Best].

A ces mesures de traitement différentiel à l’échelle d’une classe, s’ajoute un dispositif à une échelle plus large, les ZEP, zones d’éducation prioritaire, qui sont nées en 1982 sous l’impulsion du ministre de l’Education nationale de l’époque, Alain Savary. Il s’agit de lutter, par une répartition inégalitaire des moyens, contre l’échec scolaire, pour mieux assurer l’égalité de tous les enfants devant l’école. Pour cela, ont été créées des zones bien délimitées, correspondant à la localisation d’un échec massif. Ce système n’a pas grand’chose à voir avec ce qu’on appelle les politiques de « compensation » aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Certes, il s’agit de donner des moyens, en postes et en heures d’enseignement, à des établissements scolaires qui ont un grand nombre d’élèves en difficulté, mais ces moyens supplémentaires, loin de mettre à part les élèves risquant de ne pas réussir (ceux qu’on appelle en Grande-Bretagne les « élèves à risque »), sont affectés à des zones où l’hétérogénéité est grande. Bons élèves, élèves moyens, issus de diverses classes sociales, côtoient les enfants des couches défavorisées.
La politique des ZEP a pour objectif de « renforcer l’action éducative dans les zones où les conditions sociales sont telles qu’elles constituent un facteur de risque, voire un obstacle pour la réussite scolaire des enfants et des adolescents qui y vivent et donc, à terme, pour leur insertion sociale » (circulaire n° 90-028 du 1er février 1990).

Cette lutte contre l’échec scolaire englobe, selon un ensemble territorial défini, les écoles, les collèges, parfois les lycées, et fait appel à la mobilisation des agents de l’éducation qui doivent concevoir et mettre en œuvre un « projet de zone » cohérent, centré sur la réduction de l’échec scolaire. Des conseils de zone, des responsables (souvent un inspecteur de l’Education nationale ou un principal de collège), assistés d’un coordonnateur (un directeur d’école, un conseiller pédagogique, voire un professeur de collège) ont été institués.

Les recteurs et les inspecteurs d’académie doivent veiller personnellement à la conduite de cette politique qui varie d’une académie à l’autre. Certains parents ont cru, au début de cette politique, qu’être élève de ZEP était un stigmate, que leur quartier et leurs enfants s’en trouvaient dévalorisés. Mais les concertations entre les conseils de zone et les parents, les municipalités et les autorités académiques ont eu raison de ces premières appréhensions.

Les familles, très sollicitées pour participer, s’attachent aujourd’hui à ce que « leur » ZEP fonctionne bien et ait les moyens de poursuivre sa progression : les ZEP fonctionnent en effet en système de réseau, les écoles, collèges et lycées formant un réseau d’acteurs qui se sentent responsables de la réussite scolaire de l’ensemble des enfants de la zone. Les concertations y sont plus fréquentes, entre collèges, écoles élémentaires, écoles maternelles, que dans le reste du système éducatif, ce qui facilite le passage en sixième et la cohérence des cursus. De fait, les ZEP sont une construction sociale autant que scolaire, puisque sont établis des partenariats multiples. Aussi, la politique des ZEP engendre une nouvelle relation entre le niveau central des décisions (gouvernement, ministères) et le niveau local : on tient là un exemple de démocratie locale s’appuyant sur une décentralisation et une déconcentration progressives, décidées et encadrées par l’Etat.

Cela est sans doute souhaitable, car il est plus simple, à un niveau local, de repérer et d’évaluer les facteurs d’échec scolaire pour leur apporter des réponses appropriées, ce qui ne signifie nullement que l’Etat doive abandonner une fonction de répartition globale, de péréquation, au contraire.

Un autre partenariat capital est celui qui est établi avec les parents : des réunions sont organisées autour de thèmes socio-éducatifs comme « parler avec les enfants », « lire à la maison », « l’éducation à la santé », etc., mais cela demande une organisation difficile à mettre en place et la mobilisation des parents reste imprévisible. Des partenariats existent aussi, dans les ZEP, entre les établissements et les services publics de la santé, ainsi qu’avec les institutions culturelles. La politique des ZEP est relativement récente : des malentendus entre partenaires, des conflits de compétence restent à dépasser. L’accompagnement scolaire, le partenariat sont encore désordonnés ou trop peu régulés par le conseil de zone (conseil composé des principaux partenaires : maire, travailleurs sociaux, inspecteur, directeurs d’écoles, chefs d’établissements secondaires).

Mais ces défauts ne doivent pas conduire à l’arrêt de cette politique qui, malgré des lacunes qu’il faut espérer provisoires, porte ses fruits, ne serait-ce que parce qu’elle a le mérite de ne plus opposer la problématique scolaire (comme lieu d’égalité formelle des chances) à la problématique sociale (comme lieu d’inégalités bien réelles). La politique des ZEP a été évaluée à plusieurs reprises, par l’Inspection générale de l’Education nationale notamment : les conclusions auxquelles on arrive sont que, même si, en moyenne, les élèves scolarisés en ZEP maîtrisent moins bien le français et les mathématiques que les autres, les écarts entre les ZEP et les autres établissements scolaires ne se sont pas creusés, alors que les ZEP accueillent, de plus en plus, des élèves qui sont, a priori, susceptibles de se retrouver en situation d’échec scolaire.

Si la politique des ZEP n’avait pas existé, il y a tout lieu de penser que l’écart entre les résultats des élèves de ces milieux et ceux des autres aurait augmenté d’année en année. Il reste que l’échec scolaire est souvent vécu sur le mode individuel. « Peut-on vraiment résoudre un problème social, culturel, éducatif aussi complexe que l’échec scolaire ? Jusqu’au particulier et à l’individuel, certainement non [...] Tout mettre en œuvre pour que régresse l’échec scolaire est de l’ordre du politique et des stratégies culturelles et sociales. Il n’en demeure pas moins que les histoires singulières des élèves en grande difficulté relèvent du rapport qu’une personne particulière entretient avec l’école et le savoir » (Francine Best, id.).

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Note rédigée par Baptiste Villenave.

Revue « POLLENS », Ecole normale supérieure.

La troisième partie du premier numéro :

« Chantier éducatif : les zones d’éducation prioritaires », avec :

-  Les ZEP, un instrument de lutte efficace contre les inégalités scolaires ? par Francesco Colonna-Romano et Baptiste Villenave.

-  Entretien avec Yves Zarka, par Fanny Jaffray.

-  Entretien avec Karine Marec, coordonnatrice de ZEP, par Fanny Jaffray et Francesco Colonna-Romano.

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