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Vincent Peillon devant le Sénat. En éducation prioritaire, "une gestion plus individualisée des établissements" ne pourra pas intervenir avant 2014. Le commentaire du Quotidien des ZEP

3 novembre 2012 Version imprimable de cet article Version imprimable

COMPTES RENDUS DE LA COMMISSION DE LA CULTURE, DE L’EDUCATION ET DE LA COMMUNICATION
Mardi 30 octobre 2012
Loi de finances pour 2013 - Audition de M. Vincent Peillon, ministre de l’éducation nationale, et de Mme George Pau-Langevin, ministre déléguée auprès du ministre de l’éducation nationale, chargée de la réussite éducative

EXTRAITS

M. Vincent Peillon, ministre de l’éducation nationale.
[...] Pour la rentrée 2013, en dehors de la reconstitution de la formation des professeurs, les créations de postes seront ciblées selon les priorités affichées depuis le début et partagées par tous : d’une part, sur l’accueil des enfants de moins de 3 ans, pour lequel une attention particulière sera portée aux zones urbaines ou rurales connaissant les tensions les plus vives ; d’autre part, sur la transformation pédagogique, qui consiste à disposer de plus de maîtres que de classes. Ce principe, mis en place dès la rentrée en fonction des moyens disponibles, sera également ciblé sur les zones en difficulté.

Nous allons fixer nos priorités d’allocations de moyens. Elles concernent d’abord les remplacements : vous connaissez les nouvelles difficultés que connaît la Seine-Saint-Denis actuellement, où le vivier de remplacement pour plusieurs centaines de postes est déjà entièrement consommé. Y remédier est un impératif pour garantir la continuité du service public et répondre aux soucis majeurs des familles et des enfants. Il s’agit également de l’accueil des tout petits, en vertu du principe « plus de maîtres que de classes ». Dans le second degré, nous mettrons les moyens dont nous disposons en priorité dans les établissements les plus défavorisés et professionnels, au front de la difficulté sociale et scolaire.

 

Mme George Pau-Langevin, ministre déléguée à la réussite éducative.
Ce budget maintient, malgré les difficultés que nous connaissons dans la période actuelle, la priorité donnée à l’éducation nationale. En particulier, les moyens nécessaires sont alloués à l’éducation prioritaire, même s’il conviendra sans doute de modifier à la marge certains dispositifs n’ayant pas fait la preuve de leur efficacité.

Enfin, nous savons que beaucoup d’efforts sont faits par les collectivités locales, notamment dans le cadre de la politique de la ville, pour améliorer les dispositifs de réussite éducative. Nous aurons à faire le point avec nos partenaires sur ces sujets, et sur la manière qui nous permettra d’évaluer des dispositifs dont l’empilement ne contribue pas toujours à améliorer le service rendu aux jeunes. Ce travail sera sans doute à mener en dehors de la discussion budgétaire.

 

Après les interventions des sénateurs

M. Vincent Peillon, ministre de l’éducation nationale.
[...] La première priorité, c’est la formation des enseignants, que l’ensemble des études internationales - et sans doute aussi votre expérience - identifie comme le facteur majeur de réussite des élèves.

[...] Les étudiants sont pauvres aujourd’hui, les études sont devenues difficiles d’accès, le métier de professeur encore plus : nous entendons favoriser l’accès à ces concours. Dès la deuxième année de faculté, un boursier de la République pourra poursuivre des études pour devenir professeur. Les professeurs ressembleront ainsi davantage à ceux auxquels ils enseigneront, ce qui est aussi l’un des facteurs majeurs de la réussite d’un système éducatif. Si les jeunes ne présentent plus les concours, c’est parce que les conditions sont devenues beaucoup plus dures [...]

Nous entendons aussi mieux articuler le temps scolaire et le temps éducatif, ce qui comporte une dimension de décentralisation. Les enseignants apprendront désormais à travailler avec des acteurs extérieurs à l’école, issus du monde économique bien sûr mais aussi des collectivités locales, ainsi qu’avec les parents. La recherche sur ces questions sera conduite dans ces Écoles. Le conseil de l’innovation va être recréé ; Mme Pau-Langevin y travaille. Pour diffuser les bonnes pratiques, nous créerons un service public de l’éducation numérique qui comprendra une plateforme d’échange entre enseignants. L’expérimentation sera présente dans la loi, notamment pour l’articulation entre l’école élémentaire et les collèges. Nous ne reviendrons pas sur l’école du socle, mais nous permettrons d’organiser des réseaux entre écoles et collèges.

Le Président de la République a annoncé qu’il souhaitait que nous revenions sur la politique d’éducation prioritaire, en développant une gestion plus individualisée des établissements dans des contrats pluriannuels. Ce travail très précis ne pourra guère être fait avant la rentrée 2014. Comme avec les internats d’excellence, que nous n’allons pas développer car ils sont onéreux et leur efficacité est douteuse, il faut veiller à ne pas déstabiliser des équipes pleines de bonne volonté, mais à leur permettre d’accompagner les changements.

[...] Les collectivités locales doivent participer au pilotage des politiques éducatives, de concert avec les établissements et avec le rectorat. Il en va de même des cartes de formation professionnelle. Régions et État doivent désormais se concerter pour établir ces cartes. Le service public de l’orientation est aujourd’hui une des causes importantes de l’échec massif de nos élèves : il faut donc changer les choses. Les régions proches des bassins d’emploi doivent collaborer à ce service public. De même, les plateformes de décrochage passeront des préfets aux régions.

 

Mme George Pau-Langevin, ministre déléguée auprès du ministre de l’éducation nationale, chargée de la réussite éducative.
[...] Nous avons également installé un groupe de travail, cette fois avec ma collègue Mme Bertinotti, ministre déléguée auprès de la ministre des affaires sociales et de la santé, chargée de la famille, sur la pauvreté et la réussite scolaire. Animé notamment par M. Madignier, président d’ATD Quart Monde, et par Mme Versini, il nous remettra une analyse des situations et quelques pistes pour améliorer la situation actuelle, car il y a une corrélation parfaite entre niveau social de la famille et la réussite scolaire de l’élève, ce que nous ne pouvons pas accepter.

Sur la santé à l’école, nous souhaitons recruter, mais il n’y a pas de vivier. Nous devons donc réfléchir à l’attractivité de ces métiers.

Nous recréons le Conseil de l’innovation, qui sera aussi un Conseil de la réussite éducative, puisque l’éducation nationale n’est plus le seul intervenant dans la réussite des enfants. Là où la pédagogie classique est en difficulté, l’innovation peut nous procurer des solutions. Mais ce Conseil ne devra pas être hors-sol, comme le précédent : il sera solidement arrimé à la direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO) afin que son travail irrigue l’éducation nationale.

[...] La réussite éducative est un travail de partenariat entre de nombreux acteurs.

Lire le compte rendu intégral sur senat.fr du 30.10.12 : Loi des finances 2013

 

Note du Quotidien des ZEP :
Un certain flou continue à régner dans les déclarations ministérielles sur l’éducation prioritaire, en particulier en ce qui concerne les périmètres ciblés : établissements, zones, réseaux...
Ainsi, le recentrage sur "une gestion plus individualisée des établissements [ce qui semble exclure les écoles] dans des contrats pluriannuels" reprend en filigrane les déclarations précédentes sur la distribution proportionnelle des moyens selon les caractéristiques sociales des établissements et sur la fin des zonages. Rappelons ici que le dispositif CLAIR avait lui aussi laissé de côté les écoles, avant de les réintroduire ensuite dans ECLAIR.
Mais, par ailleurs, le ministre insiste (hors éducation prioritaire, il est vrai) sur l’articulation entre l’école élémentaire et le collège et veut expérimenter et "organiser des réseaux entre écoles et collèges". Rappelons là aussi que les "réseaux" RAR et RRS existent depuis 2006...
Enfin, à propos du zonage, le ministre semble faire une distinction entre primaire et secondaire : dans le primaire, les principes de scolarisation précoce et de "plus de maîtres que d’élèves" cibleront "les zones en difficulté", alors que, dans le secondaire, les moyens seront attribués en priorité "aux établissements les plus en difficulté et professionnels". L’idée d’articuler le nouveau zonage avec celui de la politique de la Ville (qui devrait être connu en 2013) n’a pas été reprise devant le Sénat.

Mais, comme il est question dans le même temps, on l’a vu, d’"organiser des réseaux entre écoles et collèges", on comprend pourquoi, comme le dit le ministre, "ce travail très précis [de gestion plus individualisée des établissements] ne pourra guère être fait avant la rentrée 2014"...

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