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Parlons des élèves. Et si on les écoutait ? (Dossier d’Administration & Education, octobre 2022).
Présentation du Café pédagogique

10 octobre 2022

Parlons des élèves… Et si on les écoutait ?
Administration & Education
N°175 – 2022/3

Il peut sembler incongru de soutenir que l’élève, « usager » et acteur majeur du système éducatif, soit largement invisible dans les débats portant sur l’École et plus spécifiquement sur les réformes, tant il en est constamment question, qu’il s’agisse des acquisitions scolaires, de l’orientation ou encore du climat dans les établissements. Par ailleurs, la loi du 10 juillet 1989 a marqué un tournant, sur fond de controverses idéologiques, en affichant la volonté politique de « placer l’élève au centre du système », ce qui peut apparaître comme une réelle avancée. Dès lors, comment soutenir que l’élève, les élèves, restent invisibles ou à tout le moins minorés ? Prendre toute la mesure de la place des élèves, au sein et en dehors du système éducatif invite à les considérer autrement, en proposant une lecture qui les réhabilite tels qu’ils sont et non tels que l’institution scolaire les définit eu égard à des normes, dont celle de la réussite académique. Le défi est ambitieux car il soulève de nombreuses questions, à commencer par les enseignements pratiques d’une telle ambition : quelles place et légitimité accorder à l’expérience des élèves, qui sont plus que des élèves, pour en faire des alliés, en appui à leur réussite, à leur parcours ? Jusqu’à quel point l’institution scolaire serait‐elle prête à « déplacer les lignes » pour leur accorder une réelle place, au sein de la classe, de l’établissement, à l’interface de l’École et de la vie ? Et si, au lieu de parler des élèves, on apprenait à les écouter ? C’est à cette condition que l’on peut mieux saisir leur expérience, ce qu’ils pensent, leurs besoins, leurs aspirations, les épreuves qu’ils vivent... Écouter les élèves, c’est aussi s’intéresser à leurs sphères de vie qui ont pu, par nécessité, être mieux regardées durant le confinement où les professionnels de l’École ont pu se rendre compte, de manière concrète, de l’épaisseur des inégalités et de la distance entre leurs représentations et les conditions de vie des jeunes. C’est enfin réaliser que les élèves appartiennent à des univers sociaux et culturels qui sont partie prenante de leur rapport à l’École, au savoir, au monde et à l’avenir. C’est à ces questions et à tant d’autres, qui ont toutes la particularité de partir de l’expérience et de la vie des élèves, des jeunes à l’épreuve de l’institution scolaire dans le monde d’aujourd’hui, que le colloque a tenté de répondre.
Aziz Jellab (Président du conseil scientifique du colloque national de l’AFAE 2022)

Sommaire

Éditorial
Lydie KLUCIK

Partie 1 : PROBLÉMATIQUE, CONTEXTUALISATION

Élève au singulier, élèves au pluriel : le pari éducatif d’une école qui écoute ses publics
Aziz JELLAB

Élève au singulier, élèves au pluriel : de qui parlons-nous ?
Gérald CHAIX

Retrouver la parole des élèves. Un défi pour l’historien de l’éducation ? (xixe-xxe siècles)
Jean‐François CONDETTE

Table ronde : Et si on écoutait les élèves ?
Extraits de la table ronde animée par Claude BISSON-VAIVRE

Retranscription par Isabelle KLÉPAL

 

AFAE : Parlons des élèves...

" On est élève, on fait tourner l’établissement, mais on a l’impression de ne pas exister". Ce constat ouvre ce numéro 175 d’Administration & éducation, la revue de l’AFAE. Reprenant le thème du colloque 2022 de l’association, il interroge la place des élèves dans l’institution scolaire. Des élèves ou des professeurs ? Car, au final, le numéro se clôt sur un appel à réglementer davantage le travail enseignant et à intervenir sur leurs pratiques pédagogiques. Entre temps ; JP Delahaye et MA Grard auront rappelé la place des élèves pauvres dans une institution qui semble ne pas les voir.

Ecouter les élèves pour quoi faire ?

" Alors que l’école n’existe que parce qu’elle a pour public des élèves à éduquer, instruire et former, ces derniers restent globalement invisibles, sans doute parce qu’ils ont longtemps été considérés comme destinataires d’enseignements, de consignes faisant la part belle aux règles et à la « discipline », et moins comme porteurs d’aspirations, de projets et de propositions, y compris pour repenser l’organisation et le fonctionnement de l’institution scolaire". En introduction à ce numéro, Aziz Jellab fait un état des lieux de la place des élèves dans le système éducatif. " La loi du 10 juillet 1989 a marqué un tournant, sur fond de débats passionnels et de controverses idéologiques, en affichant la volonté politique de « placer l’élève au centre du système », ce qui peut apparaître comme une réelle avancée réhabilitant les publics scolaires. Dès lors, comment soutenir que l’élève, les élèves, restent invisibles ou à tout le moins minorés ? Répondre à cette question exige d’abord de préciser ce que signifierait leur visibilité, notamment à partir de la place qui leur est reconnue, de la prise en compte de leurs aspirations, et de les mettre en perspective à l’aune de l’invention historique de la catégorie d’élève durant le processus de scolarisation". Car "écouter les élèves", rappelle t-il "c’est s’interroger sur la prise en compte effective de leur parole".

Or, comme le rappellent C Monnin et Y Zarka, " En dépit des avancées encore assez maigres qui ont été faites, surtout sur le plan formel, réglementaire, la démocratie scolaire peine à trouver son souffle et son rythme sur le terrain. Parmi les facteurs qui peuvent expliquer ce constat partagé par les participants de l’atelier, indéniablement figure une certaine frilosité des professionnels à s’en emparer pleinement, traduisant la cristallisation d’une tradition séculaire qui l’avait ignorée".

L’Ecole et les enfants pauvres

Mais de quels élèves s’agit-il ? Jean-Paul Delahaye et Marie Aleth Grard, rappellent l’inadaptation de l’Ecole aux enfants pauvres. " Les personnels de l’Éducation nationale n’ont pas toujours une exacte mesure de la diversité sociale au sein de nos établissements", écrit JP Delahaye. " C’est d’autant plus dommageable que la population scolaire de nos établissements est beaucoup plus populaire en moyenne qu’on ne le pense. Tous nos élèves ne sont pas des enfants de cadres ou d’enseignants ! Stéphane Bonnéry, dans l’ouvrage Comprendre l’échec scolaire, Élèves en difficultés et dispositifs pédagogiques documente le fait que l’écart entre les cultures rencontrées par les enfants et adolescents à la maison d’une part, et d’autre part à l’école, reste important pour beaucoup d’entre eux". Et de rappeler le peu d’intérêt pour ces enfants si on le mesure à l’aune des réactions sur le budget social des établissements et sur les programmes du bac général. " On peut supprimer des dizaines d’heures d’enseignement général en baccalauréat professionnel, où l’on rencontre assez peu d’enfants de bourgeois et d’intellectuels, dans un silence médiatique absolu. La fraternité n’est pas vraiment mise en oeuvre dans ces situations qui sont défavorables à la jeunesse populaire. Mais si l’on touche à un cheveu du programme de terminale générale où sont les enfants des cadres, on est assuré de faire l’ouverture de tous les journaux télévisés de 20 heures". Il rappelle l’importance de l’aide au travail personnel des élèves et du lien avec leurs familles.

Ecouter les élèves un problème pédagogique ?

D’autres contributions se détachent. Elisabeth Schneider évoque la culture juvénile et ses effets sur la réussite scolaire. Elle invite à " prendre en compte les pratiques pour les questionner, les secondariser, pour mettre à distance les dérives industrielles dans ces domaines ; déterminer les priorités et aider à distinguer le savoir jetable proposé par les industries qui surstimule et appauvrit, et le savoir pérenne qui fait grandir proposé par l’École. Repérer les inégalités et les problèmes de santé".

Benoît Galand invite les enseignants à revoir leurs pratiques en s’appuyant sur "des résultats évalués par d’autres scientifiques.. répliqués dans plusieurs contextes". Il en déduit des règles pour l’engagement des élèves qui sont des règles pour les enseignants : "veiller à la progressivité des apprentissages ; mettre en place un apprentissage guidé..., organiser des activités collectives conviviales ; se montrer disponible ; valoriser les comportements attendus" etc. Une intervention canadienne clôt le numéro en montrant qu’il faut changer les obligations des enseignants pour prendre en charge les élèves.

Fort intéressant sur bien des points, ce numéro s’accompagne de glissements. Doit-on parler des élèves ou de démocratie lycéenne ? Car celle-ci doit tout à des circonstances politiques. Ce n’est pas le souci de démocratiser l’Ecole ou des réflexions pédagogiques qui ont ouvert la démocratie lycéenne mais les émeutes de 1968 ou celles de 2005. Cette perspective politique est totalement omise du numéro alors qu’elle est le moteur de la démocratie lycéenne.

Cela amène à un autre glissement. Si les jeunes ne sont pas porteurs de projets et de revendications institutionnelles, les remèdes sont entièrement à trouver dans la pédagogie et chez les enseignants. S’opère là un autre glissement sur le front interne aux adultes entre l’administration et les enseignants.

François Jarraud

Partie 2 : ENTENDRE LES ÉLÈVES ET LES ÉTUDIANTS, UN ENJEU DE BIEN-ÊTRE SCOLAIRE

Les représentants des élèves : une démocratie à réinventer ?
Christine MONNIN, Yves ZARKA

Nouveaux modes de communication : jusqu’où peut-on écouter les élèves ?
Fabrice PELLETIER, Héléna PRUDHON

Accueillir la parole des élèves dans la classe : discussion, coopération, responsabilisation
Émeline PORTHÉ, Sarra DRIDI

Table ronde :
Bien-être et mal-être des élèves : quelles réalités ? Quelles solutions ?

Animation de la table ronde et présentation des interventions écrites : Philippe CLAUS

Écouter et prendre en considération l’élève pour développer son bien‐être
Line NUMA‐BOCAGE

Des élèves fragiles : quels besoins ? Quelles réponses ?
Christophe MARSOLLIER

Les laboratoires de la persévérance scolaire
Stéphanie DEBLAERE

La mixité à l’école doit-elle être (re)questionnée ?
Antoine BRÉAU

Devenir étudiant à l’Université en 2022
Isabelle DEMACHY, Françoise MOULIN CIVIL

École, élèves des milieux populaires et conflits de loyauté
Jean‐Paul DELAHAYE

Grande pauvreté et réussite scolaire. Les possibles !
Marie‐Aleth GRARD

Partie 3 : APPRENDRE DES APPRENANTS, UN ATOUT D’EFFICIENCE PÉDAGOGIQUE

Comment soutenir l’engagement des élèves dans leurs apprentissages ?
Benoît GALAND

Retranscription par Annie TOBATY

Culture juvénile, culture scolaire
Élisabeth SCHNEIDER

Retranscription par Claude BISSON‐VAIVRE

L’avis scolaire des élèves : un atout indispensable dans l’évolution du système éducatif
Frédéric MIQUEL

Apprendre de l’expérience scolaire des apprenants
Nadia ROUSSEAU

Notes de lecture

Extrait de afae.fr d’octobre 2022

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