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Olivier Galland : En matière de participation sociale et politique, la jeunesse française est profondément divisée en fonction du capital culturel familial (site Telos, entretiens avec le Monde, L’Express et ouvrage récent)

20 avril

Les deux jeunesses
Olivier Galland
Le scrutin d’hier le confirme : en matière de participation sociale et politique, la jeunesse française est profondément divisée en fonction du capital culturel familial. Réduire ce clivage est un enjeu démocratique d’importance.

Pierre Bourdieu a construit la notion de capital culturel en partant de l’idée, simple mais forte, que les classements sociaux, objectifs et subjectifs, ne se fondaient pas uniquement sur le capital économique – les revenus, le patrimoine – mais également sur un ensemble de dispositions culturelles liées au diplôme, mais plus largement à l’éducation reçue dans sa famille, qui permettent, tout autant que la richesse, de se « distinguer »[1], d’afficher un rang et de déterminer sa place dans l’échelle sociale. Certaines catégories sociales sont riches en capital économique mais pauvres en capital culturel – certaines catégories de commerçants par exemple – d’autres sont riches en capital culturel mais pauvres en capital économique, l’exemple emblématique étant celui des professeurs.

Dans les études sociologiques, cette notion a pris de plus en plus d’importance et dans bien des domaines – notamment celui des attitudes sociales et politiques – la variable du niveau d’étude semble plus discriminante que celle du revenu. L’enquête sur la jeunesse de l’Institut Montaigne[2] en offre une illustration assez frappante.

Dans cette enquête le capital culturel a été mesuré de deux façons : par le niveau de diplôme des jeunes interrogés, mais également en interrogeant les jeunes sur le nombre de livres possédés dans le foyer de leurs parents. Cette mesure est, comme disent les statisticiens, un proxy du capital culturel hérité. Le nombre de livres possédés au foyer permet d’en avoir une approximation.

[...] L’école ne réduit pas le clivage culturel
L’école ne parvient pas vraiment à abattre ces barrières comme le montre la figure 2 : les non bacheliers sont quatre fois plus représentés parmi les jeunes issus de familles au plus faible capital culturel que parmi celles qui sont le mieux dotées. Il y a donc plus de chances que l’école renforce le clivage culturel initial plutôt qu’elle ne le réduise.

Figure 2. % de non bacheliers en fonction du capital culturel familial

Le clivage entre les jeunesses est donc aussi, et peut-être avant tout, social et culturel. La reproduction sociale fonctionne également et fortement dans la capacité à participer au débat démocratique et elle en exclut une grande partie des jeunes qui ne disposent pas de ces atouts culturels. Ce clivage, pourtant essentiel, est très peu présent dans le débat public. La société renvoie une image faussée de la jeunesse – révoltée, mobilisée, engagée, prête à se mobiliser toute entière pour les causes environnementales – alors que cette image ne correspond qu’à une fraction de la jeunesse, certes conséquente, mais spécifique, plus diplômée et plus souvent issue de familles à fort capital culturel. Une autre partie de la jeunesse reste à l’écart de ces engagements. L’atonie démocratique dont on se plaint ne tient pas qu’à ce clivage mais il est certain qu’il l’alimente pour une bonne part. Le réduire est donc un enjeu démocratique important.

L’école de la République devrait y jouer un grand rôle, qu’elle ne tient pas aujourd’hui. Donner aux jeunes le goût du débat, aiguiser leur sens critique, les former à argumenter, leur apprendre à décrypter les informations foisonnantes qui circulent sur internet, tout ceci devrait faire partie de la formation d’un collégien ou d’un lycéen, de la formation d’un futur citoyen. Si l’école ne le fait pas, qui le fera ? S’en remettre aux familles comme on le considère habituellement en France (familles qui ont la tâche d’éduquer leurs enfants) est une facilité, et presque une lâcheté, car on l’a vu avec cette étude, certaines d’entre elles ont peu de moyens pour y parvenir. La puissance publique devrait prendre le relai et s’atteler à cette tâche.

Extrait de telos-eu.com du 11.04.22

 

Sur le site OZP : Recherche sur le mot telos

 

Olivier Galland : "Les étudiants qui manifestent appartiennent à une certaine élite"
Le sociologue Olivier Galland décrypte le mouvement étudiant de cet entre deux tours... très loin de représenter l’ensemble de la jeunesse.

"Ni Macron, ni Le Pen". La journée du jeudi 14 avril a été marquée par des blocages et des manifestations dans plusieurs établissements d’enseignement supérieur ou universités de France. Notamment à Paris, où des étudiants de Sciences Po ont barré l’entrée de la rue Saint Guillaume toute la journée. Un rassemblement a également été organisé devant les locaux de Paris-I-Panthéon-Sorbonne en soutien aux "camarades" qui occupaient la fac depuis la veille.

Le sociologue Olivier Galland, auteur d’un tout récent ouvrage, 20 ans, le bel âge ? Radiographie de la jeunesse française d’aujourd’hui (éd. Nathan), basé sur une vaste enquête Harris Interactive pour l’institut Montaigne, décrypte ce mouvement pour L’Express.

L’Express : Les médias parlent beaucoup de la "mobilisation étudiante" en cours. Ce mouvement est-il représentatif de la jeunesse actuelle ?

Olivier Galland : Je ne crois pas. Il faut se méfier de l’effet loupe ! Au lieu d’employer le terme "révolte étudiante", il serait d’ailleurs plus juste de parler de "révolte d’une partie des étudiants". A mon avis, il s’agit d’une minorité très politisée, voire probablement assez radicalisée, plutôt tentée par le vote Mélenchon au premier tour de cette présidentielle. Les modes de protestation mis en oeuvre aujourd’hui, qui vont parfois jusqu’à bloquer les facs, peuvent avoir un effet trompeur. On évoque 300 à 400 étudiants présents hier à la Sorbonne, ce qui est un petit nombre. Donc il faut faire attention à ne pas généraliser. Ce mouvement-là est loin de représenter la jeunesse dans sa globalité. Je pense, au contraire, que la majorité des étudiants est assez largement dépolitisée et assez peu intéressée par ces enjeux.

Il est cocasse de constater que cette minorité active appartient plutôt à une certaine élite universitaire comme l’Ecole normale supérieure, Sciences Po ou la Sorbonne. Ces manifestants semblent issus de milieux assez

Extrait de lexpress.fr du 15.04.22

 

20 ans, le bel âge ? - Essai "Radiographie de la jeunesse française"
de Olivier Galland

Livre broché
14,90 €

Une enquête exceptionnelle menée auprès de 8 000 jeunes 18-24 ans. Emmanuel Macron l’a martelé « c’est dur d’avoir 20 ans en 2020 ». Mais qui sont vraiment les jeunes de France et qu’ont-ils à nous dire ? Espoir ou résignation ? confiance ou défiance en l’avenir ? en ceux qui nous gouvernent ?

Egalité - droits - climat - vie amoureuse - racisme - sexisme - question de genres. Entre impatience et résilience, rêves et désillusions, une radiographie unique des 18/24 ans à partir des résultats d’une enquête exclusive menée avec l’Institut Montaigne auprès de 8 000 jeunes fin 2021.
A l’aube des élections présidentielles, alors que beaucoup vont voter pour la première fois, écoutons-les vraiment.

L’auteur : Olivier Galland, le sociologue spécialiste de la jeunesse.

Extrait de site.nathan.fr du 07.04.22

 

« Dans le refus des jeunes de choisir, il y a bien une remise en cause de la démocratie participative »
Les 18-24 ans s’intéressent aux faits de société, mais leur abstention massive lors des élections traduit leur incompréhension et leur rejet du fonctionnement de la prise de décision politique, explique, dans un entretien au « Monde », le sociologue Olivier Galland.

[...] Justement, quand on parle de l’extrême droite, on se souvient que, en 2002, la génération d’avant – celle des parents – était descendue dans la rue pour manifester son opposition. Cela n’est pas le cas, vingt ans plus tard. Faut-il y voir une mutation politique, une dédiabolisation achevée de l’extrême droite ? Une rupture générationnelle ?
Attention à ne pas réduire la mobilisation des jeunes à la manifestation de rue : ils se mobilisent aussi sous d’autres formes, notamment sur les nouveaux médias. Le sentiment d’une absence de réaction des jeunes est diffus et, pourtant, ils sont bien moins nombreux que dans la génération de leurs parents à se sentir proches du parti de Marine Le Pen – soit 8 % (12 % en zone rurale), selon notre enquête, contre 15 % des quadragénaires.

[...] Les jeunes qui se sentent proches du Rassemblement national se distinguent surtout par leur adhésion au programme de ce parti quant à la fermeture de la société : arrêt de l’immigration, arrêt des délocalisations et même sortie de l’Union européenne. Si le Rassemblement national est le deuxième parti dont les jeunes disent se sentir les plus proches, il est néanmoins systématiquement cité après Europe Ecologie-Les Verts.

Extrait de lemonde.fr du 20.04.22

 

Voir aussi : Une jeunesse plurielle. Enquête auprès des 18-24 ans, par Olivier Galand et Marc Lazar, rapport de l’Institut Montaigne, février 2022

Voir la sous-rubrique : Jeunes des quartiers (Généralités)

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