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Augmenter le nombre d’heures des apprentissages fondamentaux est-il la solution ? (tribune d’un enseignant dans Le Monde)

24 mars

« L’apprentissage des savoirs fondamentaux doit être pensé de manière systémique et porté par l’ensemble du collectif enseignant »
TRIBUNE
Maxime Scotti
professeur d’EPS en collège

Les savoirs dits « fondamentaux », qui ont leur place dans les programmes avancés par chacun des candidats à l’Elysée, « transcendent » l’ensemble des situations vécues par les élèves et doivent être portés, non pas par certains professeurs, mais par tout le « collectif », défend, dans cette tribune au « Monde », Maxime Scotti, lui-même enseignant.

Tribune. Lire, écrire, compter. Si les résultats des élèves dans la maîtrise de ces compétences sont loin des performances que l’on pourrait attendre d’un système éducatif comme celui de la France, les perspectives des candidats à l’élection présidentielle ne semblent pas non plus à la hauteur. La logique d’« accumulation » par l’augmentation des heures allouées à la construction de ces compétences est-elle la solution la plus pertinente ?

Si les différences de maîtrise des savoirs fondamentaux sont une source d’inégalités scolaires, il semblerait, au regard des évaluations de 6e, que les inégalités sociales en soient également la cause. Une note de la DEPP (le service statistique du ministère de l’éducation) de janvier 2021 portant sur l’analyse des résultats de 800 000 élèves de 6e en français et en mathématiques montre, en effet, que « les différences de distribution sont très marquées selon le profil social de l’établissement ». Un constat que l’on retrouve lors du test de fluence : dans les collèges les plus favorisés socialement, la proportion d’élèves atteignant un score de 120 mots s’élève à 68,4 %, alors qu’elle est de 40,2 % dans les collèges accueillant les élèves les moins favorisés.

Au regard de ces résultats, bâtir une politique éducative sur la base de la constitution de groupes de niveaux afin de répondre aux besoins de chacun reviendrait à opérer une ségrégation sociale contre-productive. D’une part car les recherches en sciences de l’éducation ont montré que les classes de niveau ne présentaient aucun intérêt d’un point de vue pédagogique. D’autre part car un tel modèle viendrait rompre avec les valeurs républicaines d’égalité et de fraternité que l’école a pour mission de transmettre et de faire vivre aux élèves.

Augmenter les heures, une solution séduisante ?
Si l’on s’appuie sur les programmes, un élève, à son arrivée en 6e, a déjà suivi, au sein de l’école élémentaire, mille six cent cinquante-six heures de français et neuf cents de mathématiques. Autant d’heures pour construire les compétences liées aux savoirs fondamentaux, auxquelles s’ajoutent celles passées à faire leurs devoirs à la maison. Face à ces données, peut-on raisonnablement penser que c’est en rajoutant toujours plus d’heures d’enseignement que nous parviendrons à surmonter les obstacles rencontrés par les élèves les plus en difficulté ?

Extrait de lemonde.fr du 22.03.22

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