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A l’école, un faisceau d’indices dessine des inégalités selon l’origine ethnique (un dossier du Monde)

23 avril Version imprimable de cet article Version imprimable

A l’école, un faisceau d’indices dessine des inégalités selon l’origine ethnique
La sociologie scolaire parvient à démontrer une série de petites inégalités qui affectent les parcours des enfants issus de l’immigration. Mais les chercheurs insistent sur le fait que l’origine sociale est toujours le premier facteur en matière de trajectoires scolaires.

« Ce n’est pas parce qu’on a cassé le thermomètre que le problème n’existe pas », résume Benjamin Moignard, professeur à CY Cergy Paris Université. L’image traduit le sentiment de nombre de spécialistes de l’école à l’égard du « tabou » entourant la question de l’origine ethnique dans le système scolaire. « Les seules informations disponibles sont les nationalités des élèves et de leurs parents, et encore, elles ne sont pas toujours précisées, abonde Maïtena Armagnague, professeure de sciences de l’éducation à l’université de Genève. Dès qu’un élève a la binationalité, il disparaît des statistiques en tant qu’étranger. » Comment l’école peut-elle, alors, évaluer le rôle des origines dans les trajectoires des élèves, et, partant, dans la construction d’éventuelles inégalités ?

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La sociologie scolaire a démontré, de longue date, la surreprésentation des enfants issus des classes moyennes et aisées dans les filières générales du lycée, puis dans les études supérieures. Elle a plus de mal, en revanche, à mesurer l’effet des origines, de même que celui d’une ségrégation socio-ethnique « visible à l’œil nu » dans certains établissements, défend Françoise Lorcerie, directrice de recherche émérite au CNRS. De nombreux spécialistes font état d’une « crispation » du ministère de l’éducation nationale – qui n’a pas souhaité répondre au Monde – à ce sujet. « Pour eux, ça n’existe pas, s’agace Benjamin Moignard. Quand on demande des données, on nous répond que l’école républicaine n’a pas à s’en préoccuper. » [...]

Combinaison de facteurs
La littérature scientifique est sans appel : les enfants d’immigrés ont moins de chances d’obtenir un baccalauréat général que le reste de leur cohorte, ils sont concentrés sur les filières post-bac les moins prestigieuses et les plus courtes et ont, en moyenne, plus de risques de sortir sans diplôme du système scolaire. Dans le détail, l’origine sociale reste première dans l’explication des différents parcours.

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« Avec d’autres facteurs, c’est ce qui explique la majeure partie des écarts entre enfants de différentes origines », insiste Yaël Brinbaum, maîtresse de conférences en sociologie au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), qui a démontré que les enfants d’immigrés turcs avaient des résultats au bac inférieurs aux élèves du même milieu social, alors que les enfants d’immigrés d’Asie du Sud-Est et de Chine bénéficient de meilleurs résultats. « Pour comprendre ces différences, il faut s’intéresser aux origines sociales des parents, détaille Mathieu Ichou, auteur de Les Enfants d’immigrés à l’école (PUF, 2018). L’immigration turque est plutôt rurale et pauvre, tandis que les immigrés d’Asie du Sud-Est possèdent souvent un capital culturel et scolaire supérieur. »

La combinaison de plusieurs facteurs à l’origine des inégalités scolaires rend ainsi difficile « l’isolement » du paramètre culturel ou ethnique. Pour certains spécialistes, sa prise en compte est même dangereuse. « Le mot “ethnique” ne peut pas être l’arbre qui cache la forêt de la grande pauvreté », insiste Choukri Ben Ayed, professeur de sociologie à l’université de Limoges. « Le système scolaire français est l’un des plus inégalitaires de l’OCDE. [...]

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Extrait de lemonde.fr du 22.04.21

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